Accueil | Editorial par Clémentine Autain | 5 octobre 2012

L’Islam, la République et nous

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L’affaire du foulard avait en son temps cristallisé un malaise, suscitant des clivages
violents. Elle a laissé des traces au sein des différentes familles politiques et la gauche
radicale ne fut pas épargnée. La construction de mosquées, le commerce du hallal,
l’interdiction de la burqa : autant de polémiques qui ravivent la flamme d’un conflit qui
touche à l’idée que l’on se fait de la laïcité et de la République mais aussi – surtout ?
– à la conception de l’émancipation humaine, au rapport à l’ordre, au rôle de l’État, à
l’appréhension des rapports de force internationaux. Un mauvais film américain et la
Une de Charlie Hebdo ont déchaîné les passions.

Deux camps sont mis en scène et s’affrontent dans une radicalisation stérile et dangereuse : d’un côté, le repli identitaire et le fanatisme islamique ; de l’autre, le républicanisme
étroit et une laïcité qui, mal comprise, se révèle porteuse d’exclusion. La raison
appelle à sortir de ce face-à-face mortifère. L’enjeu est stratégique. Car ce qui provoque
de la crispation, c’est d’abord la discrimination, la stigmatisation et l’imbrication
de la dimension identitaire et de la question sociale. On ne peut pas faire comme si
le monde arabe n’était pas une dimension du monde des dominés, soumis au déni de
reconnaissance et de dignité, déchiré par les intérêts économiques et les stratégies
de puissance. Dans une société qui ne permet pas de vivre dignement et qui produit
des amalgames – entre Arabes et musulmans, entre musulmans et intégristes –, la
religion et le ghetto peuvent apparaître comme des refuges. Or ce n’est pas l’horizon
d’une société fondée sur l’égalité et la liberté. Il faut donc casser cette mécanique
infernale et enrayer les ressorts de ce malaise contemporain.

Dans ce contexte, le recul du ministre de l’Intérieur sur le récépissé dans le cadre des
contrôles d’identité est un mauvais signe. La police et ceux qui se sentent contrôlés
par délit de faciès auraient tout à gagner de cet élément rationnel d’évaluation.
Quand la gauche gouvernementale tergiverse sur le droit de vote des étrangers, elle
ne renvoie pas de message d’ouverture propice à l’apaisement. Autre exemple, avec
l’inauguration du département au Louvre sur les « Arts de l’Islam », quand l’État produit lui-même des amalgames entre le monde arabe et les musulmans, il contribue au trouble du regard social. Sortir du régime de l’insulte, de l’ère de la « racaille », n’est pas suffisant. Et toute la gauche est devant ce défi : avoir les idées claires sur ce qui se joue vraiment derrière cette peur de l’Islam.

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