Accueil > Monde | Par Nicolas Kssis | 7 novembre 2012

Présidentielle US. Ce sont les séries télés qui en parlent le mieux !

L’immense show de l’élection présidentielle américaine
relayé sur Fox ou CNN occulte de profonds enjeux de société.
Pour anticiper le résultat du 6 novembre, mieux vaut se
tourner vers les séries télé, filiation balzacienne du feuilleton.

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Dans un épisode fameux
de West Wing, série
racontant l’odyssée un
tantinet homérique d’une
administration démocrate
(pendant que Bush Jr était dans
« la vraie vie » aux affaires), le Président
Bartlet, campé par Martin Sheen
répliquait à son adversaire républicain :
« Trouvez-moi un slogan qui résume la
politique en dix mots et j’abandonne ! »

Voilà un condensé de ce que nous vivons
depuis le début de la campagne :
Obama ou Roomey à la recherche de
la phrase qui tue. La formule qui fait
mouche plutôt que le débat de fond.

Pourtant l’Amérique a bien changé depuis
la diffusion en 1999 de ce feuilleton
tourné dans les couloirs et les
bureaux obscurs de la maison blanche,
décrivant les coulisses de la politique
« haut du panier ». Comme il paraît loin
ce temps où les droits individuels préoccupaient
encore les héros de la série
télé. Mais depuis, le11 septembre et
le Patriot Act sont passés par là, et la
défense antiterroriste à damer le pion
à celle des individus. Dans Person of
interest
, deux héros improbables (un
milliardaire parano et un ex-agent de la
CIA) détournent un logiciel d’espionnage
généralisé des citoyens, au nom
de la menace terroriste, pour prévenir
des crimes ordinaires. Nulle question
ici de condamner un environnement
quasi-totalitaire ; au contraire, il est
fait reproche au gouvernement de ne
pas utiliser tous les moyens à sa disposition
pour protéger le brave citoyen
lambda. Même point de vue défendu
dans l’anecdotique Blue Blood où se
distingue une dynastie de flics New Yorkais – les Reagans (no comment !).

Les networks US regorgent de cette
idéologie, apparemment paradoxale,
combinant une pulsion sécuritaire anxiogène
et une défiance viscérale envers un gouvernement fédéral jugé incompétent
ou indifférent aux sorts des « vrais
américains ». Le tout dans des dramas
formellement parfaits, ayant intégré
les nouveaux codes narratifs et visuels
de l’« iconoclaste » chaîne télé HBO.
Cette nouvelle idéologie mise en scène
dans les séries éclaire en partie les difficultés
d’Obama. Si l’ancienne vague
des séries policières avaient à coeur
de disséquer le mal qui rongeait l’Amérique,
aujourd’hui les scénarios mettent
l’accent sur « le danger vient de l’extérieur
 ». Autrefois, les Experts de Las
Vegas
, NYPD ou encore 911 pointaient
la violence consubstantielle aux relations
sociales (du couple aux tensions intercommunautaires).
Désormais, il s’agit
d’affronter un mal étranger qui s’immisce
jusque dans les paisibles banlieues des
classes moyennes. La version Miami
des Experts recycle les clichés éculés
des vilains castristes et de l’inquiétante
mafia russe. La surcôtée série Homeland,
dernière sensation outre-Atlantique
(inspirée d’une série israélienne),
détaille la traque par une agente américaine
d’un ancien de la guerre d’Irak
enrôlé par Al Quaida (qui se substitue au
machiavélique KGB d’antan).

Car l’Amérique est en guerre. Et si les
deux candidats flattent sans vergogne
le patriotisme de leurs compatriotes ils
évitent soigneusement d’aborder de
front cette réalité. Les séries n’ont pas
cette fausse pudeur. Pour elles, nul
doute sur le bien fondé de cette guerre,
ni sur le « visage » de l’ennemi. Elles offrent une grande séance de psychanalyse
nationale sur les traumas collectifs
et confortent l’affirmation permanente
d’être victime de la « violence » des
autres et de l’ingratitude des « nôtres »
(libéraux, gouvernement, etc). La très
familiale American Wives (six saisons
quand même) sur les épouses ou époux
de soldats partis en Irak ou en Afghanistan
en est l’archétype, lissant et euphémisant
les situations.

Heureusement, on compte encore
quelques productions télévisuelles pour
décrire ce que personne ne veut plus
voir, à savoir le « réalisme social ». La
« Untold america », l’Amérique cachée,
celle qui ne vote pas et dont les problèmes
sont trop vulgairement « matérialistes
 » tient le premier rôle dans
The Wire ou Treme. La première nous
plonge dans les bas-fonds de Baltimore,
ville où les noirs sont majoritaires
(64 %) et où la police et les trafiquants
de drogues se livrent une guerre sans
fin. Écrite par un des scénariste de The
Wire,
Treme zoome sur la nouvelle Orléans
post-Katerina, le cataclysme jetant
une lumière crue sur la réalité du pays,
sur sa difficulté à se réunir, à croire à ses
idéaux, à dépasser les clivages. Comme
un boomerang, Treme rappelle toutes les
promesses non-tenues de Barak Obama
pour la construction d’une société postraciale
qui s’attaquerait enfin aux vrais
maux du peuple. Mais comme dirait Dr
House, le héros cynique de la série éponyme
 : « Tout le monde ment ! »

The West Wing (À la maison blanche) sept saisons en DVD chez
Warner Bros. La série suit les deux
mandats du Président démocrate
Bartlet, et met en scène l’exercice
du pouvoir. On y découvre un
Président devant trancher sur
les questions des armes à feu, de
l’assurance-maladie ou du Moyen-
Orient. Très réaliste mais pas
franchement rassurant.

Homeland sur Canal Plus (saison
1) et chez Fox/Pathé. Un soldat
américain de retour au pays après
de nombreuses années de captivité
en Irak. Un agent de la CIA est persuadé
qu’il a été renvoyé sur le sol
américain pour perpétrer
un attentat.

The Wire – complète saison 1-5 »
(Warner) La ville de Baltimore et
ses ghettos comme laboratoire de
des drames sociaux de l’Amérique,
avec en toile de fond la guerre
urbaine (absurde) qui oppose policiers
et trafiquants de drogue.

Treme , sur France ô (saison 1 en
DVD chez Warner Bros) À travers
le destin contrarié d’un groupe de
musciens, la série fait un gros plan
sur la ville de New Orleans abandonnée
par les autorités après le
passage de Katerina.

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