Ingérable ingérence (1)

Monde | Par Karine Gantin | 1er mars 2004

Les Etats-Unis ont notamment justifié leur entrée en guerre contre l’Irak par un devoir moral de renversement d’une dictature. En amont de son intervention militaire, l’administration de George W. Bush avait même invité les organisations humanitaires internationales à rallier la Coalition pour préparer ensemble l’opération « Liberté en Irak ». Sur la scène française, entre autres voix, Bernard Kouchner, l’ancien cofondateur de Médecins Sans Frontières (MSF) puis de Médecins du Monde (MDM), également ancien ministre de la Santé et de l’Action humanitaire, réutilisait un argumentaire moral pour approuver l’action américaine. Divers conflits déjà, menés par des Occidentaux en Afghanistan, au Timor, au Sierra Leone ou au Kosovo contre des régimes de terreur, avaient associé des ONG humanitaires sous l’étendard de « guerres justes ». S’agit-il d’une évolution du fameux concept de « droit d’ingérence », né dans les années 70 sous la plume de Jean-François Revel et d’André Glucksman, concept popularisé par Bernard Kouchner ? La crédibilité de l’action humanitaire en a-t-elle au contraire été atteinte ? Eléments de réponse avec Rony Brauman, membre de MSF, qui vient de contribuer à l’ouvrage collectif A l’ombre des guerres justes : l’ordre international cannibale et l’action humanitaire (1).