Accueil > Société | Par Marc Endeweld | 6 octobre 2011

Marcela Iacub, l’avocate de DSK

La chercheuse Marcela Iacub est une habituée des médias. Mais depuis
l’affaire DSK, on la retrouve partout. Ou comment une postféministe
peut aider à délégitimer… le féminisme.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Depuis quelques mois, c’est un
festival. Avec l’affaire DSK,
la chercheuse-juriste-intellectuelle-
écrivaine-chroniqueuse
est invitée partout. Devenant
la meilleure avocate de l’ancien directeur du
FMI, elle jouit de sa posture d’« intellectuelle »
pour mettre en pièces la parole féministe et
venir en aide aux mâles dominants au prétexte
de combattre le puritanisme. Jouant la carte du
postféminisme aux accents sexy et subversifs,
elle séduit au coeur même de la pensée dominante,
qui n’en demandait pas tant… Depuis la
rentrée médiatique, Marcela Iacub réussit le tour
de force d’être désormais à la fois chroniqueuse
hebdomadaire pour Libération et… chroniqueuse
ponctuelle pour Le Monde des Livres.

La police de la pensée

Les deux quotidiens nationaux en recherche
de lecteurs n’hésitent donc pas à nous proposer
le même contenu. Bien sûr, ce n’est pas
la première fois… Mais là, tout de même, les
noms de ces « rendez-vous » se ressemblent :
« À contresens » pour Libération et « Non-dit »
dans Le Monde des Livres. Aucun scrupule à
se présenter luttant contre les vents dominants
tout en écrivant dans deux « grands » quotidiens.
Chapeau !

Libé présente ainsi sa nouvelle collaboratrice
comme une « spécialiste de l’observation des
moeurs humaines et des lois qui les gouvernent
 »,
chargée, rien de moins, d’ausculter « la police
de la pensée
 ». Dans sa première chronique,
Iacub s’en prend aux journalistes « qui n’ont fait
preuve d’aucune autonomie intellectuelle, cherchant
surtout à ne pas se distinguer les uns
des autres et à montrer à quel point ils étaient
moraux, féministes…
 ». Chacun a pu mesurer
en effet le caractère non sexiste et le traitement
équitable des médias dans l’affaire DSK…

À peine cinq jours après l’arrestation de Dominique
Strauss-Kahn, cette chercheuse au CNRS
a volé à son secours, en attaquant le système
médiatique et la moralisation de la société : « Il est
triste et regrettable qu’un individu devienne victime
et symbole des transformations historiques
qui le dépassent.
 » Dans cette tribune intitulée
« DSK, le signe d’un changement » – on dirait
presque un slogan de campagne présidentielle
– l’intellectuelle prend donc la défense du leader
socialiste, et le transforme en quelques phrases
en « victime », le mot est lâché, d’une époque.

DSK, une victime

À l’origine, Marcela Iacub est avocate. À Buenos
Aires, où elle est née, elle est même devenue à
21 ans la benjamine du barreau, spécialisée en
droit du travail… Peut-être, à l’époque, pour défendre
« la veuve et l’orphelin » ? Avec le parti pris
pro-DSK, on est bien loin de la « veuve et de l’orphelin ». Elle le fait sans même attendre les suites judiciaires des événements le concernant. Sans
prendre la peine de se pencher plus précisément
sur les faits qui lui étaient reprochés alors.
Sans avoir une seule parole pour la plaignante,
Nafissatou Diallo. La juriste préfère disserter sur
la libido « impérieuse » de DSK et affirmer que
« le non-lieu de DSK fait penser à tous ceux qui
se trouvent en prison à tort
 ». Qu’importe les flopées
de violeurs qui dorment tranquilles faute de
plaintes ou de preuves lors des procès. Marcela
Iacub semble avoir choisi son camp. Pour le plus
grand plaisir de tous les commentateurs qui ont
défendu une caste et un genre dans cette affaire :
si c’est une femme qui le dit…

Une bonne cliente

Elle voudrait « faire du sexe une liberté comme
la liberté du commerce
 ». Avec une comparaison
pareille, guère étonnant que certains voient
en elle l’expression d’un ultralibéralisme du sexe.
Bref, Iacub détonne. Elle aime ça. Les médias,
aussi. De quoi faire d’elle une « bonne cliente »,
comme disent les journalistes.

Dès le début des années 2000, de juriste, elle
accède au statut de « spécialiste » des questions
sexuelles, célébrée sur tous les supports médiatiques
(presse, radio, télé). Dans la presse, la
mode est effectivement à l’intimité et aux questions
existentielles. Libération en fait (déjà) une
chroniqueuse régulière de ses pages Rebonds.
Iacub va vendre son ouvrage Qu’avez vous fait
de la libération sexuelle ?
sur le plateau d’Ardisson,
sous le regard concupiscent de l’animateur
en veste noire.

Consécration suprême, Technikart réalise son
portrait en 2004, se demandant si elle est « une
libérale sauvage
 » ou une « kapo de l’ordre patriarcal
 », selon la sociologue Christine Delphy,
tandis que Psychologies Magazine explique
que « Marcela Iacub présente tous les attributs
typiques de “l’intellectuel à la française” : prise
de positions tonitruantes, passes d’armes avec
des hommes politiques ou des chercheurs, chroniques
régulières dans les journaux, production
littéraire riche et surprenante…
 » Iacub, BHL,
même combat ?

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?