Accueil | Par Hamé-La Rumeur | 10 décembre 2012

Ça fait quoi d’être le problème ?

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Questions liminaires en vrac comme
l’humeur de ce billet inaugural :
jusqu’à quel point la viande humaine
musulmane peur-elle supporter le
feu des médias sans virer au charbon ?
Combien faut-il encore de ces
Unes hebdomadaires inspirées, de
ces paires d’yeux noirs terrifiants à
travers le bonnet d’une burka, de
ces têtes enturbannées, aux dents
salivant sur la lame d’un couteau, tracées
de mains de caricaturistes, pour
qu’une expédition punitive anti-islam
bien réelle passe pour légitime ou
du moins compréhensible ?

De quoi faut-il le plus s’inquiéter ?
Des vingt centimètres de la barbe
d’un banlieusard au chômage dans
le hall de son Pôle emploi, ou du
chantier d’un minaret à Poiriers envahi
par la fine fleur du Renouveau
français ? Des linéaires de viandes
hallal tout au fond à gauche après
le fromage, ou des pains au chocolat
du désormais très démocrate
Jean-François Copé ? Des prières endeuillées
de la nuit du destin à Clichy-sous-Bois un soir d’automne 2005,
ou de la grenade de gaz policier qui
explosa au milieu des fidèles ?

De quelle hauteur jeter le corps d’un
Arabe pour que, se relevant malgré
un fémur cassé et la mâchoire enfoncée,
il admette tout de même qu’il l’a
bien cherché ? Cet Arabe, bien connu,
à l’ADN programmé qui, le moment
venu, prendra le parti de l’anti-France,
du djihad liberticide, de la lapidation
de la République impure, à l’appel
viral des imams de la 5° colonne. La
messe est dite : la menace « vient de plus
en plus de l’intérieur »
, nous rappelait
récemment le prenlier flic du pays,
de façon si tonitruante que personne
n’en perdit une nliette. C’est dire si
l’ennenmi est dans nos vies, c’est dire
si le fruit est pourri.

Allez la compagnie, fabricants de
phobies, vendeurs de peurs, agitez
vos poupées vaudous salafistes ! Plus
de bruit, de vacarme et de fureur ! Je
veux sentir les signaux d’angoisse, les
alertes, la boule au ventre !

Juste assez pour qu’on n’entende plus
le son de la rôle froissée des caisses de
l’État sous les rouleaux compresseurs
des grandes banques privées. Juste
assez pour qu’on suive des yeux les
bombardiers de l’OTAN en mission
prochaine en Afrique ou au Moyen-Orient,
comme s’il s’agissait des
ballets aériens du 14 juillet.

Juste assez enfin pour qu’on n’imagine
pas cette angoisse qui étreint sourdement
les musulmans de France, isolés,
évincés de l’espace politique, contestés
s’ils osent apparaître sans s’excuser
d’être là ni raser les murs. Cette
angoisse, bien particulière, de voir
pleuvoir une fois de plus, les diatribes
racistes et les mises en accusation collectives
si par malheur un nouveau
Merah venait à faire parler de lui.

Alors, chers français-musulmans-d-origine-immigrée, dans la nasse
d’un chaos qui nous dépasse tous,
ça fait quoi d’être LE problème ?
Indistinctement, en bloc, d’un tenant.
« LA menace », « LE spectre », LE danger, LE seul, L’insoluble. Ces
habits pour tous les âges, lourds sur
les épaules. Ces secondes peaux de
plomb. Ces clés qui n’ouvrent rien.
Cette place de choix au milieu du
champ de maïs, celle de l’épouvantail,
avez-vous cessé de l’occuper, ne
serait-ce qu’une semaine, au cours des
trente dernières années ?

Question terminale ouverte à tous les
vents comme les portes d’une mosquée :
quel poids économique les musulmans
de France doivent-ils peser
pour que le lynchage cesse ?

Hamé, auteur, est membre du groupe de rap La Rumeur.


Chronique parue dans le trimestriel Regards - Hiver 2013.

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