Accueil > Société | Par Clémentine Autain | 29 mars 2013

Sacré foulard

C’est reparti ! L’annulation, la semaine dernière, par la cour de cassation du licenciement de la salariée de la crèche Baby-loup, licenciée parce qu’elle avait refusée d’ôter son voile, relance le débat sur voile et laïcité. À l’annonce du jugement, plusieurs personnalités politiques, de la majorité comme de l’opposition, ont exprimé leur souhait d’une loi interdisant le port du voile dans les lieux privés…Décidément, la laïcité à le dos large, il nous a donc semblé opportun de republier l’article de Clémentine Autain sur ce sujet, publié dans le premier numéro de notre trimestriel.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

S’il est un débat qui a enflammé ces
dernières années le pays en général
et la gauche de gauche en particulier,
c’est bien celui sur le foulard, le voile,
la burqa portés par des femmes
musulmanes. J’y ai pris ma part, sans
toujours comprendre pourquoi tant de
haine à ce sujet, avec un double parti
pris : le voile est un signe d’oppression
des femmes ; la stigmatisation et la
répression du voile sont un signe de
la guerre contre les musulmans.
Deux questions me sont toujours
apparues essentielles.

Comment faire en sorte que les
femmes qui le portent n’aient plus
envie de le porter ? Pour ce faire, il
faut comprendre de quoi le foulard
est le nom. Il signe le reliquat d’une
oppression des femmes qui ne passe
pas – et je comprends que toutes celles
et ceux attachés aux droits des femmes
durement acquis ne supportent pas
qu’ils puissent apparaître ainsi remis
en cause. Il indique également qu’un
certain nombre de femmes se sentent
rejetées de la modernité et vivent
comme un refuge le port du voile. Ne
pas le comprendre, c’est prendre le
risque de passer à côté des éléments
de réponse qui permettront de gagner
durablement, de faire en sorte que
ces femmes s’approprient le désir
de ne plus le porter. La question
m’apparaît donc stratégique. C’est le
rapport à l’ordre et à l’émancipation
qui est en jeu. Tendre ce débat, lui
donner une telle importance, menacer,
imposer, c’est prendre le risque de
l’incompréhension, du braquage
de ces femmes vis-à-vis
des valeurs émancipatrices.

Autre question : comment ne pas
tomber dans le piège tendu par
l’instrumentalisation du foulard qui
mène au rejet des arabo-musulmans ?
En voyant toutes ces bonnes âmes,
de droite comme de gauche, qui
n’ont jamais levé le petit doigt pour
défendre l’égalité hommes/femmes,
et qui, soudain, se sentent une âme
féministe, mon coeur se soulève.
Ceux-là sont vent debout contre ce
maudit voile mais ne voient rien des
signes d’oppression et d’aliénation
qui émaillent notre quotidien et qui
imprègnent l’attitude et le corps
féminins dans notre France du
xxie siècle. Deux poids, deux mesures.
Cherchez l’erreur… C’est qu’en
général, ils véhiculent une vision
excluante de la République et de la
laïcité. Les arabo-musulmans sont
au fond pour eux les ennemis de
l’intérieur qui raviveraient des valeurs
barbares. Nous l’avons vu au détour
du viol, avec ce mot inventé pour eux :
les « tournantes », qui ne sont rien
d’autres que des viols collectifs qui se
passent aussi dans les beaux quartiers,
quelle que soit la couleur de peau ou la
culture des agresseurs.

Je n’ai pas envie de prêter mon
féminisme à une attaque en règle
aux relents néocoloniaux contre une
partie de la société. Pas plus que je
ne supporterais que mon féminisme
soit mis sous le boisseau d’un pseudorelativisme
culturel ou d’une nouvelle
hiérarchie des luttes, faisant primer le
combat contre le racisme sur celui de
la libération femmes. L’émancipation
n’a de sens que si elle articule toutes les
facettes à même de libérer le collectif
et les individus de leurs chaînes.


Article paru dans le trimestriel Regards - Hiver 2013. En vente en ligne ici.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?