Accueil | Par Loïc Le Clerc | 7 juillet 2022

À l’Assemblée, Élisabeth Borne annonce à quelle sauce elle va vous manger

La Première ministre en a fait la démonstration en présentant son projet pour la France : entretenir l’instabilité parlementaire, faire des cadeaux aux riches, chasser et punir les méchants pauvres et ménager l’extrême droite sur le thème de la sécurité.

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Pour cette grande première, on a été servi niveau spectacle. Pourtant, la principale actrice aura été d’un piètre niveau oratoire, c’est peu dire. Élisabeth Borne, le charisme d’un parpaing, la verve d’un Minitel. Mais c’est visiblement énorme pour les députés de la majorité qui l’applaudissaient toutes les deux phrases, sans que l’on comprenne toujours ce qui méritait tant d’entrain. Peut-être est-ce parce que le mot qu’ils ont le plus entendu a été « travail », cité à 28 reprises ? En échange, la Première ministre s’est faite chahuter sans aucun filtre par la gauche de l’hémicycle. Les playmobils versus les zadistes, chacun campe bien le rôle que l’adversaire veut bien lui donner. Une ambiance de feu qui augure un quinquennat explosif.

 

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#DÉBRIEF. Discours de politique générale : Borne, droite dans ses bottes !

 

Élisabeth Borne n’est pas une politique, plutôt une technocrate, tout le monde l’aura compris. Mais la cheffe du gouvernement a semblé très fière d’elle, ce mercredi 6 juillet, alors qu’elle dévoilait peu à peu sa feuille de route. Pas besoin de beaucoup de talent pour prendre son pied dans l’exercice du pouvoir. Il faut dire qu’elle n’a pas fait dans la finesse : elle a distillé les provocations, parfois frontales – lorsqu’elle annonce qu’il va falloir travailler plus longtemps, elle lance un grand sourire à la gauche –, parfois plus perverses… Ainsi, Élisabeth Borne a mentionné la quasi-totalité des présidents de groupes. Commençant par Olivier Marleix des Républicains, ce qui aura pour effet de surprendre l’Assemblée.

Subtile comme un gros rouge qui tâche

Élisabeth Borne est donc de ce genre de personne : après avoir reçu chaque président de groupe la semaine dernière, elle balance au grand jour les sujets sur lesquels ils sembleraient en mesure d’accorder leurs violons. Au-delà du fait que cela ne doit pas leur donner envie de s’entretenir en privé avec elle, la Première ministre se faite mauvaise. Comme l’a noté le journaliste à Libé Étienne Baldit, « elle prend un malin plaisir à les mettre en porte-à-faux sur leurs thèmes de prédilection. Mais à part faire plaisir à leurs opposants respectifs et à la majorité, ça traduit une volonté de fragmentation de l’hémicycle plutôt que de rassemblement et de "compromis" tant vantés ». Ainsi aura-t-elle interpellé l’écologiste Julien Bayou pour mieux enchaîner sur le thème du nucléaire…

Le pire, c’est qu’Élisabeth Borne a semblé très contente de son jeu, au fur et à mesure qu’elle égrenait les noms des uns et des autres. Et à la fin – oh surprises ! – elle n’aura pas eu un mot ni pour l’insoumise Mathilde Panot ni pour Marine Le Pen. Car, voyez-vous, la Première ministre voulait tracer un cercle autour d’elle : des LR au communistes, voilà le périmètre de la République. Au-delà, mes « ennemis », des mots de Gérald Darmanin. Le RN et LFI sont mis dans le même sac – ce qui va à l’encontre des nombreuses mains tendues ministérielles vers l’extrême droite de ces derniers jours. Une rhétorique que l’on ne connaît que trop bien, et qui commence à s’installer pérennement dans l’imaginaire politique français. Mais ne nous y trompons pas : Élisabeth Borne ne veut pas travailler avec tout le monde, elle veut diviser un maximum – tant dans le camp des LR qu’au sein de la Nupes –, cliver au possible, pour régner sur un tas de cendres.

Macron 2 sera pire que Macron 1

La Première ministre fait mine de s’inspirer de ses prédécesseurs, d’être sereine car dans l’histoire on a vu des lois majeures être adoptées par des majorités relatives. Quelle audace d’inscrire sa politique de casse sociale, de destruction des services publics, dans la lignée de la création de l’assurance chômage et du RMI ! Élisabeth Borne aura beau eu invoquer par deux fois Michel Rocard, elle ferait passer celui-ci pour un « anarchiste d’extrême gauche » (pour citer Amélie de Montchalin parlant de son adversaire socialiste aux législatives). Élisabeth Borne est droite dans ses bottes.

Sur la réforme des retraites, donc, qui serait indispensable, mais la Première ministre annonce également une réforme de Pôle emploi – « le travail, c’est l’émancipation » –, la renationalisation à 100% d’EDF – parce qu’elle veut faire croire qu’elle est de gauche alors qu’elle veut démanteler –, des cadeaux fiscaux pour les entreprises – parce qu’elle est de droite —, la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés – que les macronistes n’ont eu de cesse d’empêcher jusqu’à présent –, la « révolution écologique » – avec le nucléaire comme fer de lance – et plus de moyens pour la police et la gendarmerie – nous n’avons pas eu des promesses aussi précises concernant la santé ou l’éducation.

Élisabeth Borne n’a pas de majorité, elle sait qu’Emmanuel Macron n’a pas été élu pour son programme, mais tous deux font comme s’ils ne voyaient rien. La Première ministre récite les obsessions élyséennes, et si le vent n’est pas trop mauvais, ça passera – après tout, le premier quinquennat a été empêché par les gilets jaunes et le covid. Du Macron pur sucre. Mais c’est ainsi que la Macronie fait : en force.

 

Loïc Le Clerc

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  • Elisabeth Borne ne va manger personne mais, pour rester dans la métaphore culinaire, elle veut couper l’omelette par les deux bouts. Un bout à l’extrême-gauche avec LFI et un bout à l’extrême-droite avec le RN. L’ennui est que ce sont des gros bouts. On ne peut exclure du jeu politique deux des plus importants groupes parlementaires.

    Son argument fondé sur un label républicain qu’elle distribue à sa guise ne tient pas : elle en prive LFI et le RN mais l’octroie au PCF. Risible, insignifiant. Un signe d’inculture politique. Il est vrai que le nombre de députés communistes est très réduit, insuffisant pour former un groupe homogène. Elle distribue les bons points et les bonnets d’âne comme une maîtresse d’école qui voudrait mener sa classe à la férule et à la caresse. Une gifle, un bisou. Ça marche, et encore, si les bouts de l’omelette sont petits. S’ils sont gros, c’est elle qui se fera taper sur les doigts.

    Glycère BENOIT Le 7 juillet à 23:44
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  • Élisabeth Borne divise mais le pcf et fabien roussel n’ont pas à prouver leur label républicain !
    C’est inscrit dans leur histoire !

    Dropsit Jean Pierre Le 9 juillet à 14:17
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  • @Dropsit Jean Pierre. Ce n’est inscrit ni dans leur histoire ni dans leur gènes. Les communistes sont marxistes-léninistes, jusqu’à preuve du contraire. Or selon les concepts fondamentaux du marxisme-léninisme, l’Etat n’est pas une république, mais une république socialiste. Ce n’est pas du tout la même chose.

    La notion de république renvoie à la forme de l’Etat. Maintenant quid du régime ?

    Le régime est une référence importante, au moins autant que la forme de l’Etat. Celui de notre pays est le régime parlementaire, régime standard des royaumes, que maintes républiques ont adopté. Or, toujours selon les concepts marxistes-léninistes fondamentaux, le régime socialiste n’est pas un régime parlementaire, mais un régime de parti unique où, à la place du parlement, il y a un soviet suprême entièrement composé de membres du parti communiste.

    On peut juger que le socialisme est meilleur ou pire que le parlementarisme, c’est une question d’opinion, mais on ne peut pas dire que les deux régimes se ressemblent, voire peuvent se fondre en un seul qui tiendrait des deux à la fois. Non, ils sont totalement incompatibles. C’est l’un ou c’est l’autre. Il faut choisir.

    Si maintenant le PCF décide d’abandonner le marxisme-léninisme, il devra le dire clairement. On lui demandera alors ce qu’il reste de la validité de son acte fondateur, l’adhésion au Komintern lors du congrès de Tours et le soutien à l’URSS. Rien devra-t-il répondre. Cet acte sera devenu caduc. Pour un parti, autant signer un arrêt de mort. Le PCF ne survivrait plus que par inertie, sans identité, sans légitimité.

    Glycère BENOIT Le 9 juillet à 20:07
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