Accueil | Par Pierre Jacquemain | 9 juin 2022

Faure à gauche toute !

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L’affiche est improbable. Il y a encore quelques semaines, personne n’y aurait cru. Jean-Luc Mélenchon – l’insoumis – et Olivier Faure – le socialiste – partageaient mercredi soir la même estrade pour un meeting commun sur les terres du Calvados. « Personne n’y aurait cru », disais-je parce qu’il y a quelques semaines encore, la cheffe du groupe de la France insoumise, Mathilde Panot, assurait dans le JDD qu’il n’y aurait pas de discussions avec le PS et que ce refus était « définitif ». À ce moment-là, Mélenchon et Faure étaient des frères ennemis. On sortait d’une présidentielle où la candidate socialiste, Anne Hidalgo, n’avait pas de mots assez durs à l’endroit de Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, Olivier Faure l’assure dans un entretien publié hier par Mediapart : « J’ai toujours plaidé pour le rassemblement de la gauche ».

 

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Depuis les accords conclus entre LFI, le PCF, EELV, et le PS, Olivier Faure fait le taf. Il défend bec et ongle l’accord de la NUPES, son programme et même son leader, Jean-Luc Mélenchon, quand il est attaqué. Dernier exemple en date : la police. Après le tweet polémique de Mélenchon, Faure a assumé sur Mediapart : « En 15 jours, vous avez le Stade de France, la gare de l’est où on gaze les passagers, vous avez le pont neuf où on a mort d’homme et vous avez les événements de ce week-end, avec le décès d’une passager et un homme entre la vie et la mort. Il y a des gens dans la police qui malheureusement s’estime en dehors de toute contrainte et s’estime peut-être au-dessus de la loi. Il y a un problème et je ne voudrais pas qu’il y ait une forme de sentiment d’impunité qui conduise à ce que désormais pour un simple contrôle routier on finisse six pieds sous terre. Donc il y a un sujet comme il y a un sujet de racisme dans la police », a-t-il assumé.

Olivier Faure a fait sa mue. On a taclé sa mollesse. On l’a suspecté d’avoir été tenté par le macronisme. Moi-même je reconnais volontiers l’avoir trop vite classé un parmi les vallsistes du PS. Mais il a fait l’inventaire des années Hollande. Tardivement, mais il l’a fait. Réglé ses comptes avec Valls. Il s’est fâché avec beaucoup des historiques de sa famille politique. Il a pris des risques. Et il a eu ce courage de ramener le PS sur sa gauche en s’engageant sincèrement dans cette alliance inédite de la gauche et des écologistes – acceptant que le PS ne soit plus la matrice, la colonne vertébrale, la centre de gravité de la gauche. Faure trace l’avenir du parti socialiste avec humilité et lucidité. Aujourd’hui, loin de se cacher derrière son petit doigt, il est devenu l’un des principaux acteurs de la NUPES quand le communiste Fabien Roussel se montre plus réservé, voire n’hésite pas à taper le camarade Mélenchon.

Si Faure reste très critiqué par ses propres amis – qui l’accusent de se soumettre à Mélenchon, il pourrait pourtant bien être celui à qui ils devront leurs propres survies – de militants, de parlementaires et d’élus. Il va sauver son groupe à l’Assemblée nationale. Voire il va l’étoffer. Et il deviendra difficile pour les socialistes de ne pas lui reconnaître l’audace qui aura été la sienne. Faure est premier secrétaire du Parti socialiste depuis le 7 avril 2018. Et il vient tout juste de prendre ses fonctions. « Mitterrand a fait l’accord avec le PCF en 1972 pour le programme commun quand le PS était à 10% et le PCF était à 20% », a-t-il rappellé à Mediapart. Et on aura bien que Faure s’inscrivait plus que jamais dans ses pas…

 

Pierre Jacquemain

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  • La gauche et l’extrême-gauche savent s’unir quand un enjeu important le justifie. C’est ce qui les distingue de leurs homologues respectifs de droite.

    Glycère BENOIT Le 9 juin à 13:23
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  • Il n’y a pas d’extrême gauche.
    Le parti de Jean Luc Melenchon, c’ est la Gauche, la vrai Gauche.

    Les autres , PS, PCF, etc, eux, c ’est la Gôche .

    C’est une nuance très importante.
    Nous n’avons pas passé tant d’année à traiter le PS de Droite ou de Gôche pour rien. C ’est tout simplement une très incroyable astuce politique de notre leader pour faire en sorte que les gens qui se disent de Gauche, le jour où ils doivent aller voter, se disent : "Moi je suis de Gauche, donc je vais voter à Gauche, et non, je ne peux pas voter PS, car je voterai à Droite, donc je dois voter à Gauche pour Jean Luc Melenchon, car lui, c ’est un parti de Gauche, et non pas de Gôche"

    Et c’est pour cette raison que nous avons gagné ces élections au premier tour avec le score dantesque de 22 % face à un PS à 3%. Nous avons vaincu le PS, et désormais nous sommes "La véritable Gauche" et donc logiquement, tout les gens qui se prétendent de Gauche devront obligatoirement voter pour nous. Même topo pour les législatives. Nous avons gagné ces élections. Et nous serons donc la principale force d’opposition au libéralisme pendant des décennies sur tout les médias, puisque la Gauche, c’est nous, et non plus le PS. C’est une incroyable victoire pour la Gauche, et non pas la Gôche, qui restera dans les livres d’histoires, tout comme l’arrivée des congés payés :) :) :)

    bdpif Le 9 juin à 20:36
  •  
  • @bdpif. S’il n’y a pas d’extrême-gauche, alors il n’y a pas d’extrême-droite.

    Glycère BENOIT Le 9 juin à 21:21
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  • Quand la flicaille ultra violente tue à Paris, sous la houlette nauséabonde du sinistre préfet Lallement, héritier spirituel de feu Papon, on attend au minimum, une autocritique en règle de la part des dirigeants de "gauche" ayant pris part à une manif d extrême droite , avec Zemmour, Darmanin et le Pen, pour défendre le contrôle de la justice par la police. J ai nommé Faure, Jadot et Roussel.
    Les postures politiciennes de ces gens là ne m impressionnent pas. ils nous mènent vers les mêmes désillusions de la gôche au pouvoir après 1981. Un Faure n a en rien renoncé aux accomodements du PS avec le neo libéralisme. Son positionnement actuel ne vise qu à sauver ce qui reste du PS qui , s il n est pas arrimé à la Nupes, se dissoudrait dans le macronisme. il n a d ailleurs pas oublié les leçons de l histoire : "le PS était à 10% en 1972, le PC à 20%". 10 ans plus tard le PS triomphait et installait son hégémonie sur la gauche , pendant que le PC amorçait un déclin sans retour.
    l illusion de la Nupes, c est de faire croire qu elle pourrait mener une politique de rupture avec le néolibéralisme, alors qu elle n obtiendra pas la majorité absolue à l assemblée et qu un éventuel gouvernement de gauche devrait composer, non seulement avec Macron et la droite, mais aussi avec ceux et celles beaucoup moins disposé e s à s engager dans des politiques de rupture, comme le PS ou EELV. Que deviendront la taxation des riches, les nationalisations, la reconquête du service public, la sortie de l Otan pour une politique étrangère non alignée ? Le risque , c est un échec cinglant, à la Tsipras en Grèce ou les énormes difficultés dans lesquelles se débat la gauche du parti démocrate aux USA. Et l échec, ce serait à coup sûr, l installation au pouvoir d une droite encore plus extrême, voire le fascisme, comme c est le cas en Grèce, ou possiblement aux USA, si les Républicains gagnent les élections de mi - mandat.
    On n est jamais si bien trahi e que par les siens. la gauche ramollo est une fausse amie.

    gregory Kotoy Le 10 juin à 11:26
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