Accueil | Par Loïc Le Clerc | 10 janvier 2022

Kärcher, bonnes viandes et emmerdes : mais c’est quoi cette rentrée politique à la con ?

C’est un festival dont on se serait bien passé : celui de la surenchère, de la polémique bidon, de tout bord politique. Et dire qu’on n’est que le 10 janvier !

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C’est toujours pareil depuis qu’Emmanuel Macron est président de la République : à peine a-t-on le temps de célébrer un instant – la victoire des Bleus à la Coupe du monde de football le 15 juillet 2018 – que tout part en sucette – Le Monde publie l’article qui déclenche l’affaire Benalla le 18 juillet 2018.

 

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La rentrée 2022 n’échappe pas à la règle. On était bien, là, à faire des bises à nos proches pour Noël et le Nouvel an, à faire un doigt d’honneur au Covid, à déplorer les incohérences gouvernementales qui sont d’une régularité incroyable depuis le début de la pandémie, etc., etc.

On y avait cru – non – à Emmanuel Macron faisant son autocritique le 15 décembre : « J’ai appris [...] Je pense que dans certains de mes propos, j’ai blessé des gens [...] On peut bouger des choses sans blesser des gens et c’est ça que je ne referai plus », avant de recommander « bienveillance et tolérance » pour la nouvelle année. Et puis on est passé en 2022 !

À vrai dire, en voyant Marlène Schiappa participer à l’émission « Tous en cuisine » le 29 décembre, on aurait dû se douter que tout allait partir en cacahuètes...

Dimanche 2 janvier 2022 à 16h21, Le Parisien publiait un entretien de Jean-Michel Blanquer dans lequel le ministre « dévoile » le nouveau protocole sanitaire pour la rentrée scolaire. Problème : l’article est payant. Les enseignants ont l’après-midi pour trouver comment avoir accès à la parole ministérielle. Guislaine David, porte-parole du SNUIpp-FSU, nous confiait d’ailleurs dans La Midinale qu’elle avait eu beau consulter sa messagerie régulièrement, elle n’avait toujours pas reçu de mail de son administration pour lui communiquer les règles du nouveau protocole sanitaire applicable dans les écoles. S’abonner au Parisien pour sauver des vies ? Et Jean-Mi’ assume sa stratégie.

4 janvier. 17h22. Le ministre délégué aux Transports s’emmerde. Il tweete :

« Il faut sortir du nucléai… WEEEU WEEEU et non je ne suis pas Greenpeace, ceci est une descente de police. Bien joué Joe »

Vous ne comprenez rien ? C’est normal. Jean-Baptiste Djebbari profite d’un buzz comme seul Twitter sait les créer. Tout ça pour se moquer éperdument des gens qui pensent qu’il faut sortir du nucléaire. Une belle pierre à l’édifice du mausolée du débat politique français.

Lundi 3 janvier, Marlène Schiappa – garante des valeurs républicaines de la République en marche vers la République une et indivisible – prend à bras le corps une question de société essentielle : Maître Gims ne veut pas qu’on lui souhaite la bonne année. « Je souhaite bonne année à tout le monde et y compris à Maître Gims », lance Marianne Schiappa. Avant de renchérir : « Quand on est ministre déléguée à la Citoyenneté, on lutte contre la radicalisation, le séparatisme, toute forme de communautarisme ». On est à deux doigts de mettre la main sur le cœur et d’entonner la Marseillaise.

« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie », balance le stratège de l’État dans un entretien au Parisien le 4 janvier. Quelques jours plus tard, une enquête de l’Inserm montre que 40% des non-vaccinés ne le sont pas par difficulté d’accès. Mais le Président s’en fout. Pis, le lendemain, rebelote, il « assume totalement ».

Le 6 janvier, Valérie Pécresse annonce fièrement à La Provence son intention de « ressortir le Kärcher de la cave [...] face à la violence des nouveaux barbares ». Ce même 6 janvier, le PCF commémore l’attentat du 7 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo. En guest-stars à Colonel Fabien : Caroline Fourest et toute la clique des aficionados du Printemps républicain – ceux-là même qui ont fait campagne aux régionales pour Valérie Pécresse afin de faire barrage à la gauche, dont le PCF… Nous vous laissons chercher une quelconque cohérence à tout cela.

Finissons avec cette punchline du candidat communiste Fabien Roussel, dimanche 9 janvier : « Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage : c’est la gastronomie française. Le meilleur moyen de la défendre, c’est de permettre aux Français d’y avoir accès. » Et si on chantait Licence IV à la place de l’Internationale ?

 

Au PCF, on renchérit de la sorte : « Avant on reprochait aux communistes de manger des enfants, maintenant on leur reproche de manger de la viande. Y a du progrès. » Ont-ils le même community manager que Jean-Baptiste Djebbari ? La question est posée.

Que dire de cette rentrée ? Personnellement, ce qu’en dit Guillaume Duval n’est pas loin du vrai. Voire, le propos est juste et lucide :

« On est visiblement rentré dans un monde où faire campagne pour une élection présidentielle, cela consiste désormais uniquement à chercher à faire un tweet de 280 signes qui va faire le buzz pendant 3 jours à coup d’"emmerder", de "karcher" ou de "viande". Comment régler vraiment les difficultés que rencontrent aujourd’hui les Françaises et les Français ? Faut-il ou non augmenter le RSA et l’ouvrir aux moins de 25 ans ? Doit-on rétablir l’ISF et si oui sous quelle forme ? Comment sortir de la crise de l’école et de l’hôpital ? Faut-il ou non une "taxe carbone" pour accélérer la transition écologique ? Comment lutter vraiment contre les discriminations en fonction de l’origine supposée ou de la couleur de la peau ? Qu’est-ce que ça peut être chiant et inintéressant… Grosse fatigue… »

 

Loïc Le Clerc

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  • L’élection présidentielle est un plébiscite, c’est à dire le vote pour un homme, non pour un parlement. C’est de cela qu’il faudrait savoir se passer. Mais les Français sont bonapartistes, ils ont le culte du chef, celui qu’on acclame.

    Glycère BENOIT Le 10 janvier à 21:43
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