Accueil | Par Clément Gros | 5 avril 2022

Présidentielle : pourquoi le vote des jeunes est déterminant

Les jeunes vont s’abstenir, dimanche prochain, lors du premier tour de l’élection présidentielle. Un électorat qui fait grandement défaut. Mais comment retrouver leur confiance en la politique ?

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C’est le vœu pieux formulé par tous les candidats à la présidentielle : obtenir le vote de la jeunesse. Et c’est tout le champ politique et médiatique qui veut mobiliser sur cette question, France Inter et LCI organisant tour à tour un grand échange avec les 15-25 ans puis un débat entre les représentants jeunesse de chaque parti. Et pourtant, l’enquête Ipsos du 3 avril envisage plus de 40% d’abstention chez les moins de 35 ans, alors que ce chiffre pointe à seulement 15% chez les plus de 70 ans. Un niveau historiquement haut, certes corrélé au niveau global de participation – le même chiffre jalonnait à 28% à la même époque en 2017.

 

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Beaucoup veulent y voir une désaffiliation politique des jeunes. L’institut Montaigne a effectivement montré qu’une majorité d’entre eux s’éloigne de la politique traditionnelle. Pour autant, l’étude voit alors quatre types de jeunesses se dessiner : 39% d’entre eux seraient démocrates protestataires, attachés au vote et à la démocratie ; 26% seraient désengagés de la politique, bien en deçà de la grande désaffiliation politique annoncée ; 22% seraient révoltés, favorables à un changement radical de nature révolutionnaire ; 13% seraient intégrés transgressifs, peu attachés à la démocratie et tolérants aux comportements violents ou déviants. Il y a donc différentes jeunesses qui ne peuvent pas être simplement entendu à travers une catégorie unique que serait « les 18-25 ans ».

Cela étant dit, le vote de cette même catégorie est pourtant déterminant à deux égards pour le scrutin de dimanche. D’abord en tant qu’il peut renforcer les pourcentages de voix alloués au camp social. Ensuite, car il permet de mieux saisir l’actuelle crise de la démocratie représentative française.

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]
Participation à l’élection présidentielle en fonction de la proximité politique
(Source : page 34 du sondage de l’Ifop pour l’ANACEJ du 25/03/22)

 

Que veulent les jeunes ?

Il y a en effet une mobilisation différentielle entre jeunes de gauche et jeunes de droite. Les premiers participant bien moins que les seconds. Voilà ce qu’on appelle un réservoir de voix en faveur des candidats de gauche, car les jeunes ne pensent pas en dehors de notre système démocratique. Par exemple, 88% d’entre eux seraient susceptibles d’aller voter si leurs idées étaient présentes dans le programme de l’un des candidats, toujours selon la même étude. Et ce sont le pouvoir d’achat, le coût de la vie, l’emploi qui arrivent en tête des préoccupations de cette population, devant la sécurité. Selon une autre étude, de l’Ipsos cette fois, ce sont également le climat, la santé et les inégalités sociales qui pourraient les inciter à choisir un candidat plutôt qu’un autre devant encore une fois la sécurité.

Cette participation différentielle est aussi corrélée par le niveau social. La participation baisse avec le niveau d’éducation et la profession des parents, de manière comparable avec les autres catégories d’âges. La participation tombe jusqu’à 34% pour les jeunes non-diplômés. Pour comprendre pourquoi la jeunesse participe moins que le reste de la population, le principal problème reste que 60% des 18-30 ans se déclarent anxieux et épuisés, et que 58% ont rencontré des difficultés pour se procurer une alimentation saine et équilibrée durant les douze derniers mois. Et après cela, 78% n’ont pas confiance en les partis politiques, encore très prégnant dans la compétition électorale.

La gauche a besoin de la jeunesse pour gagner et la jeunesse a besoin de la gauche pour voir ses conditions de vie s’améliorer. L’enjeu pour le camp social est de s’en saisir pour cette élection et celles à venir.

Dans une étude Ipsos pour Le Monde, on constate que 26% des 18-24 ans voteraient Jean-Luc Mélenchon – 20% pour Macron, 18% pour Le Pen et 13% pour Zemmour. Si l’on peut dire que la chance de Mélenchon, c’est d’avoir une extrême droite divisée, il faut tenir compte du fait que les jeunes sont la partie de la population la moins sûre d’aller voter. Pile ou face ? Sachant qu’avec la procédure d’inscription d’office, la quasi-totalité des 18-30 ans est inscrite sur les listes électorales...

Finalement, il y a un enjeu paradoxal à la participation des jeunes à la prochaine élection présidentielle. Pour voter, les jeunes doivent pouvoir faire confiance à des politiques publiques favorables à leur égard. Politiques que seuls les candidats de gauche proposent de mettre en place. C’est ainsi que les trois candidats les mieux placés à gauche proposent tous, sous des formes différentes, un revenu d’autonomie pour les jeunes alloué autour de 800 euros. Dans notre Midinale du 10 février dernier, Camille Peugny, auteur de l’ouvrage Pour une politique de la jeunesse, montrait que nous ne pouvons pas lutter contre la défiance sans une politique de la jeunesse. Selon lui, tout en citant son collègue politiste Vincent Tiberj, les jeunes générations ont un rapport plus exigeant à la politique. Les jeunes qui s’abstiennent le font tout en suivant l’actualité politique. Et cela dans un contexte de paupérisation. « Au fil des générations, on a une précarisation de l’emploi : parmi les 18-25 ans, 55% d’entre eux sont dans une forme précaire d’emploi. Une proportion qui a fortement augmenté au cours de cette dernière décennie. La précarité des jeunes grignote les existences », témoignait Camille Peugny.

En tout état de cause, la gauche a besoin de la jeunesse pour gagner les élections, et la jeunesse a besoin de la gauche pour voir ses conditions de vie s’améliorer. Maintenant qu’il est clair que le vote des jeunes est déterminant, l’enjeu pour le camp social est de s’en saisir pour cette élection et celles à venir.

 

Clément Gros

 

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