Accueil | Par Loïc Le Clerc | 17 janvier 2022

Primaire populaire : les dés pipés ?

En finir avec la sclérose démocratique de la Vème République pour faire gagner la gauche. L’idée est bonne. Sur le papier. Reste à survivre à l’épreuve de la réalité. Et là, ça se complique toujours un peu.

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Sur le papier, la Primaire populaire a tout pour plaire : une initiative démocratique, née dans le but de faire face à une catastrophe qui semble inéluctable – la défaite collective de la gauche et des écologistes à la présidentielle. L’enjeu est colossal. Comment faire en sorte que le meilleur de la gauche ne termine pas cinquième de l’élection, derrière la droite et l’extrême droite ? Une situation qui pourrait avoir des conséquences dramatiques à long terme pour la gauche.

 

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Primaire populaire : « La bataille pour le rassemblement de la gauche et des écologistes est loin d’être perdue »

 

Voilà ce à quoi s’attellent les petites mains de la Primaire populaire depuis plus d’un an. Ils interpellent les politiques, font des sittings devant les sièges des partis, font, peu à peu, parler d’eux. L’affaire n’était pas si aisée alors que s’amorce la campagne présidentielle et son rouleau compresseur médiatique.

Pour autant, deux problèmes de taille se posent devant les ambitions de la Primaire populaire. 1/ la complexité du processus – pas aidé par les atermoiements quant à savoir qui sont les politiques en lice ; 2/ la perméabilité entre la Primaire populaire et le « vrai monde » politique.

Une primaire pour qui ?

Fin novembre dernier, à l’issue du processus de désignation au jugement majoritaire, les dix personnalités présélectionnées étaient les suivantes : Anna Agueb-Porterie, Clémentine Autain, Gaël Giraud, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Christiane Taubira. Cinq hommes et cinq femmes. À noter qu’à ce stade, le candidat communiste Fabien Roussel n’avait pas recueilli le nombre de parrainages suffisants pour concourir.

Parmi ces dix « finalistes », certains n’étaient pas franchement consentants au process. Voyez donc :

  • Jean-Luc Mélenchon : « Battez-vous entre vous et laissez-moi tranquille ! »
  • Yannick Jadot : « Je ne suis pas dans la Primaire populaire, je l’ai déjà dit 100 fois, donc je ne vais pas me répéter. »

De leur côté, les députés insoumis Clémentine Autain et François Ruffin ont poliment décliné, faisant campagne derrière Jean-Luc Mélenchon. Anne Hidalgo quant à elle a d’abord été tentée par l’idée d’une primaire – sans que l’on comprenne bien s’il s’agissait ou non de la Primaire populaire –, avant d’abandonner. Motif : personne n’en voulait. Enfin, samedi dernier, le jour de la clôture des candidatures à la Primaire populaire, Christiane Taubira a mis fin au suspense et a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle, en passant par la case Primaire populaire.

Si officiellement il y a bien sept candidats en lice, seules Christiane Taubira, Anna Agueb-Porterie et Charlotte Marchandise sont officiellement en campagne pour l’investiture de la Primaire populaire. De quoi largement alimenter l’idée que la Primaire populaire maintient sa proposition que pour être une rampe de lancement à la candidature de Christiane Taubira. D’ailleurs, les organisateurs veulent faire signer une sorte d’acte d’engagement à la fin du processus. Un document que seule Taubira accepterait. Ainsi, les organisateurs créent les conditions pour ne pas avoir à soutenir Jean-Luc Mélenchon s’il devait gagner. Exactement ce que nous racontait ce lundi dans #LaMidinale Guillaume Lacroix, président du PRG (et soutien de Taubira et de la Primaire populaire) : « Entre Jean-Luc Mélenchon et moi, il n’y a pas d’animosité personnelle mais il y a une distance politique basée sur des projets diamétralement opposés. Je ne vais donc pas vous dire que je vais faire sa campagne, on le sait tous. »

En décembre, les organisateurs de la Primaire populaire ont tenté un « coup », dont personne n’a bien compris les détours. Soudainement, le groupe des dix finalistes a disparu pour ne garder que les candidats officiellement déclarés à la présidentielle – sauf les Roussel, Montebourg, Poutou, Arthaud et Kazib. L’idée n’a pas survécu à elle-même. Qui décide ? Comment ? Pourquoi ? On a connu plus transparent comme mouvement. Quand à la stratégie, comment dire… Telle qu’elle est expliquée par Samuel Grzybowski, un des co-fondateurs de la Primaire populaire, elle peut laisser pantois : de la « data », « empêcher les candidats d’avoir les 500 signatures », critiquer les candidats sur les réseaux sociaux pour dégrader leur image dans les sondages et ainsi rendre plus difficile l’obtention d’un prêt auprès d’une banque pour financer leur campagne. Bonne ambiance.

Prochaine étape : « Un vote inédit aura lieu du 27 au 30 janvier 2022 pour permettre d’identifier le ou la candidate à la présidentielle dont la Primaire Populaire soutiendra la campagne », lit-on sur le site de la primaire. Le suspense est à son comble. Ou pas vraiment…

La primaire populaire, un monde parallèle ?

Le grand gagnant du jeu-concours aura pour légitimité le vote des inscrits : 250.000 personnes ont annoncé les organisateurs ce lundi matin. Ils espèrent plus de 300.000 votants d’ici au 27 janvier. À titre de comparaison, Benoît Hamon avait obtenu 596.647 voix au premier tour de la primaire de 2017.

Et après ? Admettons que Christiane Taubira l’emporte. Hidalgo, Jadot, Mélenchon ou Roussel vont-ils bouger d’un iota ? Vont-ils abandonner en plein vol leur campagne et les millions d’euros déjà investis ? Rien n’est moins sûr.

Au fond, la Primaire populaire restera une belle tentative mais vaine car déconnectée de la « vraie » campagne présidentielle. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Et n’allez pas croire que les militants de cette expérience n’y sont pas allés le cœur en fête ! Faut-il y voir une incapacité quasi constitutionnelle de la Vème République ? Article 4 : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. » Ainsi va la démocratie française…

 

Loïc Le Clerc

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Vos réactions

  • On a absolument besoin de plusieurs candidats à gauche :

    1. pour ratisser large au premier tour
    2. pour prendre autant de voix que possible à Macron au premier tour
    3. pour mobiliser les extrémistes et les abstentionistes
    4. pour rassembler largement au second tour

    L’union des gauches sur un programme flou ne ferait que pousser les extrémistes dans l’abstention et les modérés dans les bras de Macron.

    Si votre soucis principal c’est que la gauche soit présente au second tour, alors votez Mélenchon, tout simplement.

    jojoLePasBobo Le 17 janvier à 18:46
  •  
  • On peut le dire : on a besoin de lisiers candidats de gauche et d’extrême-gauche. Comme dans l’exemple que donne jojolePasBobo Jean-Luc Mélenchon, qui représente, avec le communiste Fabien Roussel, l’extrême-gauche. Toutes les forces de gauche, modérées et extrémistes, peuvent et doivent s’unir dans leur lutte pour le pouvoir.

    On a aussi besoin, pour les mêmes raisons, de candidats de droite et d’extrême-droite. Et toutes les forces de droite doivent s’unir, là aussi modérées et extrémistes. Ce qui est permis aux uns doit être permis aux autres.

    Glycère BENOIT Le 18 janvier à 07:43
       
    • La France Insoumise n’est pas d’extrême gauche. Elle propose un programme de gauche relativement classique.
      Mais vraiment à gauche pour une fois, au contraire de la tambouille socialiste des 20 dernières années.

      Après, monsieur Benoît, en tant que citoyen de droite, vous pouvez souhaiter une alliance de la droite et de l’extrême droite, c’est votre droit.

      À vous de voir avec votre conscience et votre sens de l’histoire...

      Mackno Le 18 janvier à 09:17
  •  
  • Bonjour
    rien que le fait que Roussel soit écarter est significatif.....mais le but c’est d’écarter Mélenchon.pour la primaire populaire c’est oui à un candidat très à droite,centre gauche,mais surtout pas très à gauche.

    bob Le 18 janvier à 09:52
  •  
  • Monsieur Mackno, vous êtes comme moi un citoyen. Comme moi vous avez des idées politiques que vous êtes libre d’exprimer en soutenant tel ou tel parti lors d’une élection au suffrage universel, ou en préconisant telle ou telle ligne politique. Tout cela ressortit au droit de chacun. C’est banal, mais vous avez raison de le rappeler.

    Si la France Insoumise n’est pas d’extrême-gauche, alors le RN n’est pas d’extrême-droite, chacun étant libre de distribuer les étiquettes à sa seule discrétion. On peut même considérer qu’il n’y a plus d’extrêmes du tout, ni d’un bord ni de l’autre.

    Les opinions dont nous nous prévalons ont à voir avec la conscience morale que nous avons tous au cœur de notre personnalité, faute que nous puissions incriminer toute personne d’en être dépourvue, même celle dont nous n’aimons pas les idées.

    Est-il moral ou immoral que tous les partis de droite puissent s’allier ? La question n’est pas absurde. Est-il moral ou immoral que tous les partis de gauche le fasse également ? Là non plus, rien d’absurde à se la demander.

    Jean-Luc Mélenchon n’a pas trouvé problématique vis-à-vis de sa conscience et son sens de l’histoire de s’allier à une époque avec le Parti communiste français. Pourtant, si nous ouvrons l’histoire justement, sans rien nous cacher de crainte d’offenser notre conscience morale, nous trouverions probablement de quoi la questionner. À moins que vous ne rejetiez catégoriquement, comme nombre de citoyens, toute alliance avec le parti communiste, je vous y invite.

    Glycère BENOIT Le 18 janvier à 10:50
       
    • Inutile de faire une dissertation.

      Allez, assumez.
      Vous verrez, ça vous fera un bien fou...

      Mackno Le 25 janvier à 17:23
  •  
  • Quelques erreurs. Pierre Larouturou a également accepté les règles de la primaire, et d’où Christiane Taubira est la seule à accepté le pacte en cas de victoire ? Ou vous oubliez Charlotte Marchandise, Pierre Larouturou et Anna Agueb Porterie. De manière générale la primaire est relativement une bonne idée. Le problème est ce qui sera fait des résultats. C’est dans l’analyse et l’organisation qui en découle qu’il peut surtout y avoir des erreurs. La primaire aurait dû mettre au vote les programmes en plus des personnalités pour plusieurs raisons, et surtout le vote a jugements majoritaire ne garantit pas un vainqueur avec un score enthousiasmant ( 54% de passable ça serait un peu démotivant) et donc l’erreur et de n’a pas avoir théorisé ce cas et les règles de formation d’une équipe.

    pierre Le 18 janvier à 13:37
  •  
  • Fabien roussel

    Dropsit Jean Pierre Le 18 janvier à 21:30
  •  
  • @Mackno. Ce n’est pas une dissertation, je n’ai rien à assumer dont vous seriez exempt et je me sens suffisamment bien pour n’attendre aucun mieux de la politique. Merci de votre sollicitude.

    Glycère BENOIT Le 25 janvier à 21:10
       
    • Personnellement, je n’appelle pas à l’union entre la droite républicaine et l’extrême droite.

      Vous sembliez dire qu’elle n’était pas exclu dans votre schéma de pensée.

      Surprenant, pour quelqu’un qui n’a que le mot démocratie à la bouche.

      Mackno Le 26 janvier à 16:37
  •  
  • @Mackno. Il n’est pas surprenant, en démocratie, de rencontrer quelqu’un qui condamne le principe ‘deux poids deux mesures’. C’est l’inverse qui est rare, car contraire au principe de liberté et d’égalité, que, je présume, vous ne désavouerez pas. Ce qu’un courant politique a le droit de faire, tout autre l’a aussi.

    La gauche modérée n’a jamais refusé par principe l’alliance avec la gauche extrémiste, communiste, porteuse des valeurs marxistes-léninistes, lesquelles au demeurant n’ont rien de républicain. Le communisme, dans ses fondamentaux, prône un changement de régime : abandon du régime parlementaire et passage au régime socialiste. Mais rien à redire : le PCF est un parti légal, il n’a été interdit qu’à l’époque du pacte Staline-Hitler, en période de guerre donc, l’URSS étant l’alliée du IIIème Reich.

    De son côté la droite modérée, mettons républicaine si vous tenez à cet adjectif, n’a pas non plus à refuser l’alliance avec la droite extrémiste, lepéniste ou zemmouriste. Là non plus, rien à redire : le RN et Reconquête ! sont des partis légaux.

    Je n’appelle à rien. Chacun est libre de son opinion. Je ne suis pas pour l’interdiction des partis extrémistes, qu’ils soient de droite ou de gauche. J’aimerais simplement qu’on appelle un chat un chat et que l’extrême-gauche soit nommée avec la même rigueur sémantique que l’extrême-droite. Sur ce plan aussi, il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures. Or pour Regards, il n’y a pas d’extrême-gauche. C’est agaçant à la fin cet abus de langage.

    Glycère BENOIT Le 26 janvier à 19:21
  •  
  • @benoit

    1/Un parti "extrême" est un parti situé à une des extrémités du champ politique gauche/droite.

    Il s’avère que ce n’est pas le cas pour la France Insoumise, factuellement.

    2/Tout le monde sait ici que vous êtes un troll, dont la seule contribution à ce forum est de venir déverser votre anticommunisme, dès que vous en avez l’occasion, d’une manière systématique.

    Dont’ feed the troll. 🙂

    Mackno Le 26 janvier à 20:51
  •  
  • @Mackno. Je suis un lecteur et un commentateur du site, rien d’autre, même si je ne partage pas toutes les opinions des rédacteurs. Je veux croire que c’est un site démocratique, où toutes les opinions sont respectables, et respectées. Il en a en tout cas les caractéristiques, et on le créditera de l’esprit qui va avec, aucun commentateur n’étant systématiquement censuré. Le regrettez-vous ?

    Votre histoire de troll est absurde, avec un surcroît de fantaisie par la formule ‘tout le monde sait que...’ Ah ? Vous savez quoi au juste ? Vous avez sondé tous ceux qui fréquentent le site, le lisent au moins et accessoirement y postent ?

    Un parti extrême (sans guillemets) ou extrémiste est effectivement défini par sa position au bord de l’arc parlementaire, n’ayant de voisins que d’un seul côté, vers le centre. C’est le cas du PCF. Est-ce le cas de LFI ? Il n’en est pas loin. Les rapports de LFI et du PCF n’ont pas toujours été aussi houleux qu’aujourd’hui, mais ils le sont pour des raisons clochemerlesques, le marché qu’ils se disputent étant étroit et volatil.

    En démocratie on a parfaitement le droit d’être anticommuniste. Ce n’est pas une maladie dont les sécrétions se déverseraient comme l’aigreur d’un atrabilaire. C’est une maladie, et un délit, dans le régime socialiste, mais nous n’y sommes pas. On peut être anticommuniste, antifasciste, antinazi, antitotalitaire, et conséquemment prodémocratie. Il y a là nulle incohérence. La Russie fera-t-elle le même travail de mémoire et mise au net de sa responsabilité que l’Allemagne ? On l’espère, mais elle n’en prend guère le chemin : Poutine n’est pas Adenauer.

    Glycère BENOIT Le 26 janvier à 22:18
  •  
  • Il me semble que le principe de la primaire a déjà été désigné maintes fois comme problématique.
    Je suis curieux de connaître la répartition par CSP ainsi qu’entre urbains et ruraux des votants de cette primaire populaire.

    A priori, si l’on s’en tient à ce que l’on sait d’expérience, on devrait y retrouver des gens qui sont sûrs de leur vote (ainsi que de ceux pour qui ils ne voteraient jamais !), généralement partisans (encartés), militants (engagés) ou au moins sympathisants (au choix déjà formé), plutôt urbains, plutôt CSP+ (ou du haut de la classe moyenne), avec une surreprésentation des métiers dits plus "intellectuels" que "manuels"...

    A moins d’une démonstration de force des Insoumis qui serait une réelle surprise (même si sensiblement plus nombreux qu’en 2017 semble-t’il), il devrait en toute logique en ressortir le candidat le plus apte à préserver un status-quo préservant les intérêts d’une classe qui sinon aurait tout à perdre (à part son âme bien entendu) ! L’absence des candidats d’extrême-gauche en dit long à ce sujet...

    carlos Le 27 janvier à 18:46
  •  
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