Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 24 novembre 2022

Qui osera empêcher les chasseurs de tirer sur les écoles ?

En 20 ans, nous sommes passés de 31 à 8 « accidents » (le mot officiel pour « homicide ») lors des saisons de chasse. Une baisse, certes, mais cela reste toujours trop de morts, encore plus de blessés. En attendant d’agir, le gouvernement s’interroge : faut-il interdire l’alcool aux chasseurs ? Boire ou tuer, il faut choisir.

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Mila Sanchez est co-fondatrice du collectif « Un jour un chasseur ».

 

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Regards. Qui êtes-vous et comment, pourquoi avoir créé « Un jour un chasseur » ?

Mila Sanchez. Nous sommes un collectif, créé en décembre 2020 juste après le décès de notre ami Morgan Keane. Il a été tué le 2 décembre, alors qu’il coupait du bois dans son jardin [1]. Il avait 25 ans. Quand Morgan est mort, ce qui nous a le plus étonné, c’est l’absence de surprise de la part de ses proches, de ses voisins. Tout le monde nous disait : « Ça devait arriver ». Ça nous a énormément interpellé, alors on a eu l’idée d’aller recueillir ces témoignages, en se disant que, peut-être, ça pourrait faire bouger les choses. On a même eu rendez-vous avec la députée du Lot et les assos de chasse. Deux heures de discussion pour rien. Puis on a lancé cet appel à témoignage sur nos comptes Facebook privés, et là, ça nous a dépassé. En une semaine, on a reçu des mails de toute la France. On a réalisé que la mort de Morgan n’était pas un cas isolé, que ça arrive à d’autres personnes, depuis des années. Alors, face au constat qu’on n’obtiendrait rien au niveau local, on s’est dit qu’on ne pouvait pas en rester là.

 

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Quel est votre bilan pour cette année 2022 ? (carte intéractive)

C’est extrêmement difficile de tout documenter. L’Office français de la biodiversité (l’OFB) décompte 90 accidents pour la saison 2021-2022. Nous, on veut bousculer ces chiffres officiels car on pense qu’ils sont bien en deçà de la réalité. Il y a beaucoup d’incidents que l’OFB ne classe pas comme « accident », soit parce qu’il n’y a pas de dépôt de plainte, soit parce que les affaires sont classées sans suite par la justice, etc. Nous, on reçoit une dizaine de témoignages par jour, tout en sachant que ça n’est pas forcément des histoires actuelles – certains nous rapportent des événements survenus il y a des années. Face à cette situation, nous avons lancé une carte interactive qui ne se base que sur les articles de presse – et il y en a beaucoup, notamment dans la presse régionale. Elle nous permet de recenser les problèmes liés à la chasse, d’avoir un endroit où tout est disponible car sinon tout est assez éparpillé. Les gens n’ont pas idée de l’ampleur du phénomène. Ce travail ne sera jamais exhaustif, mais tous les jours une balle traverse une vitre de voiture ou de maison, se retrouve dans un jardin, un train, une école, etc.

« Tous les jours une balle traverse une vitre de voiture ou de maison, se retrouve dans un jardin, un train, une école, etc., et aujourd’hui, le débat se place sur le taux d’alcoolémie autorisé. Comme si ça n’était pas l’évidence même que chasser en état d’ivresse devrait être interdit ! »

Que pensez-vous de la réponse politique qui vous est faite ?

Aujourd’hui, le débat se place sur le taux d’alcoolémie autorisé. Comme si ça n’était pas l’évidence même que chasser en état d’ivresse devrait être interdit ! Alors non, on ne va pas se réjouir, ça fait des années que ça devrait être fait. Mais nous n’avons aucun débat sur les armes qu’utilisent les chasseurs, sur les distances de sécurité entre eux et le reste de la population. Pour nous, aucun doute que le gouvernement est pro-chasseurs, il n’est pas au niveau de la société. La France est un des derniers pays européens à ne pas avoir de jour sans chasse et, pour l’instant, le gouvernement ne fait rien. Tout juste se demande-t-il s’il faut interdire la chasse interdire le dimanche, le dimanche après-midi. Voilà une mesure que l’on serait prêt à soutenir, seulement si elle est prise au niveau national, car les autorités locales ne feront rien, pour une raison simple : elles pourraient déjà agir et ne le font pas ! C’est que les maires subissent beaucoup trop de pressions. Dans le Lot, après la mort de Morgan, on a demandé à ce que soit mis en place une distance de sécurité de 500 mètres autour des maisons – dont la sienne – et on a eu l’impression de demandé la lune. Il y a eu un mort, mais ils continuent à chasser aux abords de sa maison ! Les chasseurs refusent toute proposition pour une seule raison : ils ont l’impression qu’on veut leur ôter leurs privilèges. Mais la colère, et sa médiatisation, ne va pas s’arrêter. C’est aussi dans leur intérêt à tous d’agir en bonne intelligence avant qu’ils n’aient plus le choix.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

Notes

[1Le procès du chasseur a eu lieu le 17 novembre 2022. Verdict attendu le 12 janvier 2023.

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  • Boire ou chasser il faut choisir.

    Glycère BENOIT Le 25 novembre à 07:25
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