Accueil | Par La rédaction | 11 mai 2022

Taha Bouhafs : une histoire dramatique

Le journaliste Taha Bouhafs ne sera pas candidat aux législatives. Et ce n’est pas sous pression de l’extrême droite, mais à cause de plusieurs accusations pour harcèlement et violences sexuelles.

Vos réactions (6)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Cela faisait des jours que la pression montait à l’encontre de Taha Bouhafs, pressenti pour être investi candidat aux législatives par la NUPES à Vénissieux. Des pressions sous forme d’attaques répétées, incessantes même. Avec, le plus souvent, un dénominateur commun : un racisme plus ou moins décomplexé. Et cela venait de toutes parts : de l’extrême droite à la droite en passant par une partie de la gauche. Des critiques qui venaient même de l’intérieur de la NUPES, notamment après que Fabien Roussel a demandé à la France insoumise de « revoir la candidature » de Taha Bouhafs. Le secrétaire national du PCF s’interrogeait sur la pertinence d’une candidature d’un homme condamné en première instance pour injures raciales en septembre 2021. Taha Bouhafs avait, en juin 2020, qualifié la syndicaliste policière Linda Kebbab d’« arabe de service ». Le procès est aujourd’hui en appel.

Voilà comment le journaliste de 25 ans, potentiel candidat aux législatives dans la 14ème circonscription du Rhône, en serait arrivé à retirer sa candidature.

Mardi 10 mai, dans un communiqué, Taha Bouhafs expliquait :

« Tous les jours, une nouvelle calomnie, une nouvelle insulte, une nouvelle menace de mort, une nouvelle accusation. Je n’ai même pas eu l’autorisation de répondre, ne serait-ce que pour défendre ma dignité. Je crois bien avoir acquis la certitude qu’aux yeux de beaucoup, je n’ai pas le droit d’exister politiquement. [...] J’ai été soutenu, pas assez pour tenir, mais assez pour être reconnaissant. »

Seulement, en coulisses, c’est une toute autre partition qui se joue.

La veille, lundi 9 mai, Taha Bouhafs est convoqué par la commission antisexisme de la France insoumise. Au moins trois femmes l’accusent de harcèlement et de violences sexuelles, selon les informations de BFMTV et Mediapart. De quoi écarter le jeune homme de la campagne des législatives. Les personnes en question ne souhaiteraient pas porter plainte contre Taha Bouhafs pour empêcher tout risque de récupération politique – d’où qu’elle vienne.

Depuis ces révélations, la France insoumise a réagi dans un communiqué : « Après cette confrontation et avant même la fin de notre procédure interne, Taha Bouhafs a fait le choix de renoncer de lui même à l’investiture pour les élections législatives. Suite à ce retrait, le travail du comité de suivi se poursuit pour accompagner et orienter vers les structures adaptées les femmes qui ont parlé. Il se tient à disposition pour recevoir les éventuels témoignages d’autres femmes. »

Une affaire dramatique à plus d’un titre

Les accusations à l’encontre de Taha Bouhafs pourraient avoir de lourdes conséquences. D’abord pour la France insoumise et pour la gauche dans son ensemble car le journaliste était issu d’une nouvelle génération, celle qui a vu passer #MeToo et qui a su condamné un lourd héritage dissimulé de domination, de violences sexistes et sexuelles.

Mais il aura aussi des conséquences pour les habitants et les habitantes des quartiers populaires pour lesquels Taha Bouhafs était devenu un symbole important. Une vraie colère s’était exprimée dans ces quartiers et qui avait trouvé un débouché dans le vote Mélenchon. Or ce sont eux-mêmes qui s’estiment désormais peu représentés par les investitures aux législatives.

Enfin il y a un autre enjeu : celui de dépersonnaliser les luttes. Elles ne peuvent se résumer à une seule incarnation. Elles doivent être collectives. Et ce d’autant plus que même les nouvelles générations semblent, hélas, avoir du mal à ne pas suivre les pas de leurs prédécesseurs en matière de racisme comme en matière de violences sexistes et sexuelles.

 

La rédaction

Vos réactions (6)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Je remarque que les dirigeants de la France insoumise ont mis le paquet pour imposer sa candidature et mettre la responsabilité sur fabien qui a fait honneur à toute la gauche !
    Sur les déclarations de Jean Luc Melenchon à propos de cet affaire !
    Très perplexe ! Il dit avoir découvert alors que l’affaire était connue quelques jours avant !
    Triste et ça aura des conséquences

    Dropsit Jean Pierre Le 11 mai à 21:22
  •  
  • Tout ce que vous dîtes me semble pertinent mais sachons aussi voir que sauf preuve du contraire, le collectif insoumis a bien reagi sans rien céder sur l’antiracisme comme sur la defense des victimes, en mettant en route tres vite la procédure prevue par la charte, en respectant la présomption d’innocence tout en faisant des choix politiques difficiles face à la meute.... C’est une preuve de maturité politique qui meriterait d’être contagieuse.

    Bien entendu, les vautours sont de sortie, en cherchant dans les souffrances des victimes, une justification de leur racisme ou de leur lâcheté mais la noirceur de leur pensée ne dispaitra sous leur hypocrisie manifeste

    Pierre Le 11 mai à 23:21
  •  
  • Vous pleurez sur Tahar Bouhafs. Vous oubliez un peu vite que les victimes ce sont ces femmes agressées et violées.

    Marc Le 11 mai à 23:30
  •  
  • Comme les gamins qui tirent trop sur l élastique, les partisans de la laïcité très élastique se sont pris leur laxisme dans la figure.

    gb26100 Le 12 mai à 11:02
  •  
  • Si j’ai bien compris pour des raisons politiques aucune plaintes ne sera déposée. Cela signifie que Taha Bouhafs ne serait pas poursuivi pour les crimes qu’il aurait commis (Caroline de Haas a parlé de viol).
    Je trouve que ces raisons politiques ne peuvent justifier que justice ne soit pas rendue à ces femmes et à la société. Ce comité de suivi est-il un éteignoir ?
    Conformément à l’article 40 du code de procédure pénale les députées Clémentine Autain et Mathilde Panot se doivent de faire un signalement au Procureur de la République.

    Marc Le 12 mai à 12:01
  •  
  • @marc - conformément à l’article 40, en tous cas depuis que cette affaire est au devant de la scène médiatique, N’IMPORTE QUELLE AUTORITÉ CONSTITUEE, peut saisir le procureur de la République ! En effet, la nature des faits étant dorénavant publique, il n’est pas utile que les victimes se déclarent pour entamer une procédure... Ce dernier pourra à loisir convoquer Clémentine A. ou Mathilde P. en temps voulu...

    Personnellement, je ne comprends pas les raisons de ces dernières pour ne pas porter plainte... Évoquer la peur de participer à une cabale (médiatique soit entendu), tout en factuellement - par ricochet - y prenant part compte tenu du timing, ne me convainc que moyennement. Quoiqu’il en soit, les choses ayant été dites MAINTENANT, alors justice doit être faite ! Je les encourage donc a passer à l’étape naturelle suivante pour le bien de toutes celles qui pourraient en l’occurrence pâtir à l’avenir du comportement de celui dont on pense dorénavant qu’il a toutes les caractéristiques d’un prédateur sexuel !

    Après tout, que ses femmes puissent avoir été victimes de cet homme, ne remet pas en cause le fait que Taha B. ait lui-même été la victime d’attaques racistes... Ces réalités peuvent tout a fait cohabiter dans un esprit nuancé. N’est-ce pas là une illustration de la complexité des logiques de domination ?

    carlos Le 13 mai à 09:06
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.