Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er juillet 2008

1958 : l’indépendance au bout des crampons

2008 est une année riche en commémorations. Si Mai 1968 capte l’essentiel de l’attention du grand public, certains esprits plus vagabonds auront d’autres souvenirs à déterrer. Notamment comment en 1958 le petit monde du football français découvrit brutalement la guerre d’Algérie.

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Les « indigènes » commencent progressivement à fonder des sociétés sportives autonomes à partir des années 1920. L’historien Youssef Fates explique ainsi que « le stade est l’espace d’apparition des prémisses de l’emblème de l’Etat algérien » . Le foot amateur représenta donc un irremplaçable espace de conscientisation nationale. En 1958 pourtant, certains pros d’origine algérienne sont présélectionnés, tel le célèbre Rachid Mekhloufi, afin de se rendre en Suède pour la Coupe du monde, aux côtés des Kopa et autres Fontaine. Mohammed Boumerzag décide alors de monter une sélection nationale « anticipée » , afin d’épauler un GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne) dans sa quête de reconnaissance internationale. Le FLN fanfaronne depuis Tunis : « En patriotes conséquents, plaçant l’indépendance de la patrie au-dessus de tout, nos footballeurs ont ainsi tenu à donner à la jeunesse algérienne une preuve de droiture, de courage et de désintéressement. » Au total, entre 1958 et 1960, 30 professionnels s’exfiltrèrent de France, prenant le risque de sacrifier leur carrière. Ils disputèrent 58 matchs (44 victoires), essentiellement en Europe de l’Est et dans les pays arabes, malgré les menaces de sanctions en retour de la FIFA. Désormais, l’Algérie n’est plus seulement une cause, c’est un pays ! Après l’indépendance, Rachid Mekhloufi retourne à Saint-Étienne retrouver un public qui a déjà tout oublié. La France a perdu l’Algérie, mais toujours pas ses meilleurs footballeurs.

Les nations qui luttent pour leur reconnaissance ou pour leur indépendance projettent depuis toujours et inévitablement leur combat dans la sphère du football. La vague de décolonisation ne démentit pas ce rite de passage. Cette ruée vers Zurich (siège de la FIFA) s’est de nouveau manifestée avec la fin de l’URSS (et la naissance de l’Ukraine ou de l’Arménie), ou en ex-Yougoslavie, dans des circonstances tragiques, puisque le foot constitua un puissant amplificateur du réveil des nationalismes. Car si la FIFA concède, dès sa prime jeunesse, la prévalence absolue au principe étatique, elle se reconnaît aussi une certaine marge de manœuvre. Ne compte-t-elle pas davantage de membres que l’ONU ? Ainsi, la Nouvelle-Calédonie fut agréée en 2004 au sein de l’Oceania Football Confederation, tout comme Tahiti, inscrite en nom propre, depuis 1990.

Les Palestiniens ont également utilisé le football pour marquer leur volonté nationale, aussi bien auprès de leur peuple que de l’opinion mondiale (le foot attire les caméras). Si des équipes furent mises en scène dès les années 1960 pour représenter la Palestine sur les stades, si l’OLP organisa des déplacements en France dès 1982, avec le concours de la FSGT, la FIFA ne valida l’existence de ce peuple qu’en 1998, via le purgatoire d’une Autorité. Le paradis attend toujours...

2001 vit de la sorte la naissance du NF Board, entre autres par Luc Misson, avocat de Bosman, et Mickaël Nybrandt, un Danois initiateur de la sélection du Tibet. Ouverte aux équipes rejetées par la FIFA (soit, pour l’instant, le Sahara occidental, Monaco, Laponie, Chypre Nord, Tibet, Somaliland, Moluques du Sud, Basse-Saxe du Sud, Chagos, Romanie-nations tziganes, Tchétchénie, Occitanie, Sealand, Zanzibar). Tentative étrange de contourner les rapports de force géopolitiques, jusqu’au cocasse quasi tragique, comme lors de ce Monaco-Tibet joué pendant que le prince Albert votait pour l’attribution des JO de 2008 à Pékin. N.K.

Paru dans Regards n°53, été 2008

ANTI-SPORT

Les JO n’en finissent pas de susciter la polémique. Et les opposants à Pékin ne désarment pas. Ainsi la Chine olympique a-t-elle droit à son « Livre noir », qui ne laisse guère de place à l’optimisme béat et à l’humanisme à géométrie variable des défenseurs « progressistes » des anneaux. Robert Reddeker reprend pour sa part sa charge contre le sport dans son ensemble, disséquant les implications philosophiques de ses dérives et de son péché originel (la compétition). Pour les apéros qui s’éternisent.

Robert Redeker, Le sport est-il inhumain’ , éd. Panama. Fabien Ollier & Marc Perelman, Le livre noir des JO de Pékin , City éditions

CONTRE-CULTURE

Peut-on lier contre-culture et sport’ Le fanzine Barricata (organe officiel du RASH Paris-banlieue) tente de répondre à cette épineuse et schizophrénique question dans son nouveau numéro. Notamment en donnant la parole aux supporters antiracistes et antifascistes de la Horda Frenetik de Metz (dont le club a défrayé la chronique médiatique cette année) et surtout avec une longue interview de Jeff Manson, combattant américain internationalement reconnu de « free fight » (style syncrétique d’arts martiaux) et anarchiste convaincu.

Barricata n° 16, juin 2008, 2,50 euros. http://www.barricata.org

UNIVERS FOOT

On compte peu de véritables romans sur le football. Peut-être seuls les Anglais savent-ils les écrire. Ici, en s’attachant à la courte expérience à Leeds de Brian Clough, entraîneur atypique, égocentrique et iconoclaste, qui offrit à la modeste Nottingham Forest une inespérée coupe d’Europe, David Peace dresse le portrait de l’Angleterre de l’époque (1974), d’une façon de penser le foot, d’un univers peu reluisant derrière la ferveur populaire. Pour la plage.

David Peace, 44 jours : the damned united , Rivages

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