Accueil > actu | Par Rémi Douat | 1er janvier 2007

A paris-match, Sarkozy prend son envol

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Tout rentre dans l’ordre. On avait frémi quand Nicolas Sarkozy obtenait en juin dernier la tête d’Alain Génestar, directeur de la rédaction de Paris Match, pour la publication d’une couverture déplaisante, Cécilia au bras de son amant. Alors quoi ? Il suffisait que le ministre passe un coup de fil à son ami Arnaud Lagardère, propriétaire du titre, pour faire sauter un ponte de la presse et infléchir la ligne éditoriale du premier hebdo populaire français ? Mais lecteurs et amis de la liberté de la presse peuvent être rassurés. Les journalistes semblent bien avoir repris les rênes du journal. En témoigne une impitoyable enquête parue le 7 décembre sous le titre « Sarkozy prend son envol ».

Cette plongée dans « une semaine d’émotions » jette le lecteur dans le vif du sujet dès les premières lignes. Jeudi, soir, minuit moins le quart dans les coulisses de France 2, le candidat vient de passer près de trois heures à expliquer son projet aux Français. Commentaire de l’auteur, la courageuse Laurence Masurel : « Un exploit de tenir si longtemps face aux questions des journalistes. » En effet, si le service politique de France 2 est aussi pugnace que la rédac chef responsable de ces lignes, on imagine le calvaire de Nico. Ici, le genre journalistique retenu semble être le portrait. « Sarko est ainsi : il ne cède jamais, il ne se laisse jamais abattre, il affiche une ténacité à toute épreuve. » Puis on l’imagine mouillé d’une saine transpiration, le tee shirt collé au torse : « C’est un combattant ; au tennis, on dirait un champion du jeu de fond de court avec passing-shot et lob intercalés. » Laurence Masurel, tête brûlée, file la métaphore sportive. Elle nous apprend que Sarkozy est certes tombé de cheval, « ostracisé par Chirac », mais depuis, quelle chevauchée. Au pas d’abord, puis au trot... Et c’est la journaliste qui s’emballe. « Son retour au gouvernement, sa prise de la Bastille en conquérant de l’UMP, sans le soutien de Chirac. Et aujourd’hui, après un extravagant parcours semé d’embûches et d’obstacles, le voici face aux Français pour se lancer dans la bataille la plus dure qui soit, l’élection reine, la présidentielle, à presque 52 ans (en janvier). »

Mais la Walkyrie de l’investigation n’en reste pas aux considérations personnelles. Elle a débusqué de précieux témoins prêts à balancer les secrets les plus sensibles. « Ce qui me surprend chez lui, c’est qu’il a toujours un coup d’avance sur les autres », commente, sans même préserver son anonymat, Jérôme Peyrat, le directeur de la communication de l’UMP. Et de citer Henri Guaino, conseiller de Chirac en 1995 : « Ce qui m’intéresse chez Sarkozy, c’est de le voir se transformer en homme d’Etat. » On attend, comme on a bien appris à le faire à l’école de journalisme, la parole des détracteurs, des ennemis, des critiques car, n’est-ce pas ?, il ne faut pas confondre la presse d’opinion, comme Regards, et la presse objective, comme Paris Match. En vain. La fougueuse journaliste préfère s’en prendre à la compagne du ministre-candidat. « Derrière ce physique de star se cache une fine politique qui, depuis quinze ans, a assisté à tout, a tout vu, tout compris de la politique et de ses rapports de force. » Mais Laurence Masurel a aussi approché la bête « en privé », nous fait-elle frissonner. Et que lui a-t-il révélé, à Rouletabille ? Que du lourd, coco. « Ce n’est pas tant la fonction et les honneurs de la charge qui m’attirent, c’est plutôt de me dire, si je ne fais pas le boulot qu’il y à faire pour la France, si je ne fais pas les réformes indispensables, qui le fera ? »

On peine à finir l’article, inquiet devant une telle hargne professionnelle. Mais Nicolas Sarkozy, finalement, n’est pas le mauvais bougre, pas rancunier pour deux sous. Dans l’audacieux reportage photo qui accompagne le texte, une photo attire particulièrement l’attention du lecteur. Le ministre, l’air plus que jovial, affalé dans son fauteuil, feuillette vous savez quoi ? Paris Match. R.D.

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