Accueil > Société | Par Jean-Baptiste Ferrière | 30 mars 2007

ACDC : la face cachée du chômage et de l’emploi

Depuis décembre 2006, le collectif Les Autres Chiffres du Chômage (ACDC) dénonce vigoureusement la sous-estimation du nombre de demandeurs d’emploi. Selon lui, le chômage toucherait plus de quatre millions de personnes en France. Auquel il faut ajouter les formes d’emploi précaires, déclassés, sous-payés ou dangereux.

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Effrayant ! Près de 51 % de la population active serait touchée par le chômage total ou "l’emploi inadéquat". C’est ce que tend à montrer la note 4 du réseau ACDC (1) présentée le 29 mars, lors d’une nouvelle conférence de presse. Le message est clair : face à une diversité de situations de chômage ou "d’emploi inadéquat", il importe de recourir à des indicateurs de mesure pertinents. Pour ce collectif, il faut désormais dépasser les débats récurrents sur LE chiffre du chômage et fonder un système cohérent basé sur une source statistique impartiale : l’enquête emploi de l’Insee dont la publication de l’exercice 2006 a été repoussée après les élections. "Elle seule décrit à la fois l’emploi, l’activité et le chômage, tout en fournissant des informations sur les revenus et les conditions de travail " , affirme Thomas Coutrot, membre du collectif ACDC et du Réseau d’Alerte sur les Inégalités (RAI). Restent à donner à l’Insee les moyens financiers et humains qui lui permettraient d’exploiter cette enquête à un rythme trimestriel.

Chômeurs invisibles

Première erreur à éviter : l’exclusion d’une partie des demandeurs d’emploi des chiffres officiels. En établissant un taux de chômage "record" à 8,4 % à la fin février 2007, soit son plus bas niveau depuis 24 ans, le ministère de l’Emploi persiste et signe. Aujourd’hui, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie 1 (immédiatement disponibles et à la recherche d’un emploi à durée indéterminée et à temps plein) s’élèverait à 2.066.100. Des chiffres en trompe-l’oeil immédiatement corrigés à la hausse par Eurostat. L’office statistique des communautés européennes évalue, lui, le nombre de chômeurs en France à 8,8 % de la population active. En pleine période électorale, ces bricolages statistiques révèlent une fois encore le manque de scrupules du gouvernement.

Selon le collectif ACDC qui se base sur les chiffres de l’Insee, le nombre réel de chômeurs en France atteindrait 4,4 millions de personnes. Et pour cause, les chômeurs en catégorie 2 et 3 (870 000 chômeurs), recherchant un CDI à temps partiel ou un CDD, ne sont toujours pas comptabilisés. Idem pour les 452 000 chômeurs invisibles issus des catégories 6 à 8, en activité réduite (mission d’intérim, CDD à temps partiel). Les chômeurs de la catégorie 4, en formation, stage ou maladie, sont quant à eux mis entre parenthèses (320 000). Sans oublier le passage de 30 000 radiations en 2005 à 43 491 à la fin 2006.

La plaie de "l’emploi inadéquat"

De leur côté, les travailleurs ne sont pas nécessairement mieux lotis. Au total, 11,4 millions de personnes se trouvaient en 2005 dans une situation "d’emploi inadéquat" selon le baromètre des inégalités et de la pauvreté. Ce concept élaboré depuis déjà près de dix ans complète la notion de chômage total par la prise en compte des diverses dimensions de la précarité. L’emploi inadéquat recouvre ainsi quatre types de situations économiques et sociales : les bas salaires, les contrats précaires, les emplois déclassés et les métiers à risque. Une même personne pouvant cumuler plusieurs critères, par exemple occuper à la fois un poste précaire et faiblement rétribué.

Selon l’enquête emploi réalisée par l’Insee en 2005, les bas revenus (2) représenteraient 3,8 millions de salariés soit 14 % de la population active. Les contrats de travail précaires (CDD, intérim, contrat saisonnier, stage, emploi aidé) concerneraient 2,7 millions de salariés soit 10 % de la population active. Le déclassement professionnel n’épargne pas non plus les travailleurs. Quelque cinq millions de salariés, soit 18 % de la population active, seraient sous-employés. Il s’agit généralement de personnes déclassées par rapport à leur niveau de diplôme. Exemple typique : le livreur de pizza titulaire d’une maîtrise d’histoire. Enfin, au moins 4,3 millions de salariés, soit 16 % de la population active, occuperaient un emploi dangereux pour la santé. Travail de nuit, horaires extensibles, exposition aux produits cancérogènes ou au bruit...Autant de situations nuisibles à l’équilibre physique et psychique des actifs.

(1) Il regroupe entre autres AC !, le Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP), le réseau stop précarité, le réseau d’alerte sur les inégalités (RAI), CGT-Insee et Sud-ANPE.

(2) Le salaire net médian étant de 1240 euros, toute mensualisation inférieure à deux tiers de ce montant, soit 818 euros, entre dans la catégorie des "bas salaires".

Consulter la quatrième note d’ACDC au format pdf :

PDF - 68.5 ko

Ecouter l’intégralité de la conférence de presse qui s’est tenue à Paris le 29 mars au café Le Père Tranquille (durée : 57 minutes) :

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