Accueil > actu | Par Rémi Douat | 1er mars 2007

Anti-FN, en ordre dispersé

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Si la mobilisation contre le Front national a connu ses belles heures dans les années 1990, elle peine aujourd’hui à trouver un second souffle. De la multitude d’associations et de collectifs anti-FN de ces années-là, comme le Manifeste contre le Front national de Jean-Christophe Cambadélis (PS) ou les Comités de vigilance contre l’extrême droite de la Ligue des droits de l’Homme, peu sont encore actifs. Ras l’front (1), par exemple, revendique aujourd’hui 40 collectifs contre 150 il y a quinze ans. Quant au Scalp (2), s’il continue aujourd’hui à « coller » et organiser des rassemblements contre le FN, c’est en effectif diminué.

Cette mouvance a connu son heure de gloire entre 1990 et 1998. Pour Paul, militant au Scalp, « le mouvement anti-FN de l’époque était plus simple parce que plus moral que politique » . Le bilan est le même à Ras l’front. Une de ses militantes, Aurélie, se souvient que « si les manifestations rassemblaient du monde, c’était souvent lié à un drame qui avait marqué : la profanation du cimetière de Carpentras, des meurtres (3) commis par des membres du FN » .

La mouvance anti-FN connaît un premier coup d’arrêt avec la scission du Front national en 1998. La plupart des médias mais aussi des spécialistes de l’époque pensent alors que le parti de Jean-Marie Le Pen va disparaître. Ce constat entraîne d’abord le désengagement de plusieurs structures politiques de la lutte. « C’est la période que choisit la LCR pour se désinvestir de Ras l’Front » , confirme Aurélie. Bien que les mouvements anti-FN aient du mal à chiffrer cette baisse, il semble évident pour Aurélie que de nombreux militants ont analysé « la scission du FN comme une victoire et que la bataille était gagnée » . Pour Paul, si le mouvement anti-FN post-1998 semble moins réactif et massif que par le passé, c’est que « la vivacité des initiatives des années 1980-1990 reposait en partie sur la présence des forces militantes issues des années 1970 » .

De son côté, Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite, voit plusieurs raisons au lent déclin des forces anti-FN : « Le découragement a sans doute gagné les gens. Voir tout ce qui avait été fait contre le FN depuis quinze ans et constater sa présence au second tour en 2002 a sans doute marqué les esprits. L’éclatement du camp antiraciste depuis 2001 sur les questions de l’islamophobie et de l’antisémitisme a sans doute porté préjudice à la lutte anti-FN. » Autre élément explicatif, le paysage militant a changé : « l’éclosion du mouvement « alter »a sans doute pris pas mal de force aux anti-FN » , avance Jean-Yves Camus. Analyse similaire pour Paul : « Les gens vont là où ça bouge. La mobilisation pour les sans-papiers et puis le mouvement contre la précarité a su fédérer. On a vu pas mal de militants de la LCR et de Ras l’Front aller à Attac. »

Face à cette dispersion des troupes, les anti-FN tentent de rassembler leurs forces en diffusant un texte, « l’appel de Saint-Denis » , pour redonner le dynamisme perdu à leur lutte. Y.F. et R.D.

 [1] [2] [3]Paru dans Regards n°38, mars 2007

Lire aussi : http://www.regards.fr/article/?id=2767

Notes

[11. Ras l’Front est né suite à l’Appel des 250, en 1990, lancé par Gilles Perrault.

[22. Scalp : Section carrément anti-Le Pen, née en 1984, issue des milieux autonomes et libertaires. Aujourdhui les sections Scalp font partie du réseau No Pasaran.

[33. Ainsi, celui de Brahim Bouarram, jeté dans la Seine par des skinheads, en marge du défilé du FN le 1er mai 1995. Quelques semaines plus tôt, trois colleurs d’affiches du FN avaient tué un jeune garçon d’origine comorienne à Marseille.

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