Le parlement de Budapest. Photo AngMoKio
Accueil > économie | Par Benoît Borrits | 10 février 2011

Antilibéralisme à la sauce hongroise

Invitée à résorber ses déficits, la Hongrie taxe certaines
entreprises et transfère l’argent des fonds de pension dans une
caisse publique. Ces mesures, qui semblent être de gauche,
s’attaquent ici aux salariés et au capital étranger.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Lors de la grande crise financière
de l’automne 2008, la Hongrie a
connu, avant les autres pays périphériques
européens, une forte
spéculation sur sa dette publique :
en quelques jours, sa devise, le Forint, a dévissé
de 20 %. Le gouvernement de coalition socialiste-
libéral a immédiatement fait appel à l’aide
de l’Union européenne, du
FMI et de la Banque mondiale
qui ont accordé 20 milliards
d’euros de lignes de crédit en
échange de mesures d’austérité
 : hausse de 5 points de
la TVA désormais à 25 %, âge
légal de départ à la retraite porté à 65 ans, gel
des salaires des fonctionnaires pour deux ans,
suppression du treizième mois des retraités,
baisse des aides publiques à l’agriculture et aux
transports…

Cure d’austérité

Le 25 avril 2010 : changement de gouvernement.
La coalition socialiste-libérale est battue
par une majorité de droite composée des
conservateurs (Fidesz) et d’une extrême-droite
(Jobbik) qui, avec un score de 16,6 %, fait son
entrée au parlement. Le nouveau gouvernement
remet en cause l’évaluation du déficit de son
prédécesseur, ce qui fait paniquer les marchés
et aboutit à une nouvelle baisse du Forint de
5,5 % en une journée. Comme les précédents,
ce gouvernement annonce une nouvelle cure
d’austérité, avec à la clé une réduction de 15 %
du nombre de fonctionnaires destinée à diminuer
le budget de 419 millions
d’euros.

Si la cure d’austérité dans les
budgets publics est un grand
classique des pays confrontés
à une spéculation sur leur
dette, ce gouvernement surprend
en mettant conjointement à contribution
les entreprises. En juin, une taxe sur les établissements
financiers devant rapporter immédiatement
650 millions d’euros est instaurée.
En octobre, le gouvernement crée une nouvelle
taxe de 1,05 % sur le chiffre d’affaires des entreprises
des télécommunications, de l’énergie et
de la grande distribution.

Notons que ces deux taxes touchent des secteurs
économiques principalement détenus
par du capital étranger, ce qui explique que
treize des plus importantes entreprises de l’Union européenne sont intervenues auprès de
la Commission européenne pour que Bruxelles
enquête sur la conformité de ces mesures
à l’égard du droit communautaire. Mais plus
étonnant encore : ce gouvernement de droite
est en train d’abolir les fonds de retraite par
capitalisation.

Les charmes de la capitalisation

La Hongrie, confrontée à une structure démographique
défavorable, a instauré, il y a
quelques années, un système de retraites par
capitalisation. Depuis 1998, la cotisation à un
fonds de pension est obligatoire pour tous les
nouveaux entrants sur le marché du travail et
facultatif pour ceux qui avaient accumulé des
droits précédemment. En plus des cotisations
patronales et salariales, s’élevant respectivement
à 24 % et 1,5 %, les travailleurs ont l’obligation
de souscrire à un fonds de pension à
hauteur de 8 %. Ces fonds de pension sont de
nature essentiellement mutualiste : les salariés
en sont propriétaires.

Pour faire accepter ces nouveaux prélèvements,
le gouvernement socialiste-libéral de l’époque
s’engageait à abonder les versements des salariés
dans les fonds de pension, ce qui avait été
jugé discutable par les institutions internationales
d’orientation néolibérale : pour répondre
au déficit futur des retraites par répartition, le
gouvernement empruntait pour alimenter des
fonds privés. Alors que la dette publique rapportée
au PNB a évolué de 52 % à 82 % entre 2001
et aujourd’hui, la fortune des fonds de pensions
privés toujours rapportée au même PNB a bondi
de 2 % à 10,5 %. Fin 2009, ces fonds de pension
comptabilisaient un peu plus de 3 millions
de membres, soit 80 % des salariés.

Comme de nombreux autres pays, la Hongrie a
succombé aux charmes des retraites par capitalisation.
Elles donnent l’illusion de « stocker » de
la richesse pour les vieux jours sans faire appel
aux générations qui travaillent. Dans la réalité,
un fonds de pension est constitué de produits
financiers qui n’ont de valeur que parce qu’ils
promettent des dividendes et des intérêts. Or la
perception de ces dividendes et intérêts constitue
aussi un prélèvement sur la production, sur
les travailleurs. De plus, le montant d’une pension
est déterminé par le prix des actifs financiers
au moment de la liquidation. Comme ces
prix sont par nature instables, les
retraites par capitalisation sont
encore moins à même d’absorber
les chocs démographiques.

Quelle contrepartie ?

En octobre, le gouvernement
annonce la fin des abondements
publics aux fonds de pension
et redirige pour quatorze mois
les 8 % de prélèvements vers le Fonds national
d’assurance des retraites. Le 13 décembre,
coup de théâtre. Le parlement hongrois vote
une loi qui impose aux salariés de transférer
leurs avoirs en fonds de pension à cette caisse
publique : ceux qui ne le feraient pas perdraient
alors leurs droits à la retraite par répartition tout
en devant continuer de cotiser pour ces régimes
obligatoires. Le calcul fait par le gouvernement
est simple : en transférant la totalité des avoirs
des fonds de pension dans le budget de l’Etat,
ce sont désormais 11 milliards d’euros qui sont
disponibles permettant un excédent budgétaire
immédiat de 5 % du PIB.

Sur le fond, transférer des avoirs en fonds de
pension vers des régimes de retraites par répartition
ne saurait être choquant à la condition que
les salariés obtiennent une contrepartie en terme
de revalorisation de leur future retraite. A ce sujet,
le gouvernement reste silencieux,
se contentant, comme
en France, de proclamer qu’il
a ainsi « sauvé le régime par
répartition ». En abandonnant
leurs avoirs en fonds de pension,
ce sont les seuls salariés
qui sont mis à contribution pour
l’équilibre futur du régime par
répartition.

Comme ses prédécesseurs, ce gouvernement
ne fait que réagir, à sa façon, aux injonctions des
marchés financiers et de la Commission européenne.
Ceux-ci exigent que la Hongrie réduise
massivement son déficit public. Pour rééquilibrer
ses comptes, ce gouvernement aurait pu taxer
l’ensemble des avoirs financiers : il n’a fait que
s’attaquer aux économies à caractère obligatoire
que l’on imposait aux travailleurs. Sous couvert
d’un discours orienté contre le capital étranger,
l’extrême droite influe fortement la politique de
ce gouvernement en mariant offensive contre le
monde du travail et repli national.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?