Accueil > Culture | Chronique par Thomas Bauder | 14 novembre 2012

Après Mai, d’Olivier Assayas. De Beaux Lendemains ?

Auréolé de la reconstitution efficace des 70’s dans Carlos, Olivier Assayas revient à ce qui constitue le meilleur de son cinéma, à savoir la chronique adolescente, avec Après Mai. Autobiographie assumée, cette tribulation underground d’une jeunesse écartelée entre le désir des voyages initiatiques et des amours libres, et la nécessité de l’époque d’un engagement politique radical, résonne d’une étrange mélancolie. Un film fébrile et fragile à la fois.

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Nous sommes au début des années 70. Le 9 février 1971 pour être précis. Ce jour là, le secours rouge, organisation affiliée à la gauche prolétarienne (GP), appelle à manifester, en soutien à ses leaders incarcérés qui réclament le statut de prisonniers politiques. Quoiqu’interdite, la manifestation est maintenue, place de Clichy. Elle n’aura pas lieu. Les CRS aidés de « voltigeurs » c’est à dire 2 hommes sur une moto, l’un conduisant, l’autre matraquant, dispersent violemment les groupes gauchistes venus casqués et armés de barres de fer, avant qu’ils ne se regroupent. Durant les affrontements, Richard Deshayes, jeune militant de 24 ans du groupe Vive la Révolution (VLR) scission maoïste spontanéiste de la GP reçoit en plein visage une grenade fumigène lancée à tir tendu. Il est défiguré et y laisse un œil.
Cet événement, Assayas en fait le point de départ et la toile de fond de son film. Mais, de cette violence, tant révolutionnaire qu’institutionnelle, le cinéaste ne conserve que la dispersion d’un groupe de jeunes gens, poursuivis par les tontons matraqueurs. Course poursuite dans les ruelles étroites de Paris, reconstitutions du choc des coups de bâtons dans le dos des manifestants, tentative enfin de transmission d’une adrénaline particulière, celle que ne connaissent que trop bien toutes celles et tous ceux qui se confrontent à la violence du pouvoir.


D’ou vient alors ce sentiment qu’on n’y est pas vraiment, pas totalement ? Des manteaux en caoutchouc noir des condés, en passant par les jeans délavés, évasés, les vestes de surplus militaire, les 2CV ou Renault 4 qu’on a prit soins de stationner dans les rues, jusqu’aux bittes Decaux qu’on a enlevées des trottoirs, tout à l’air à la fois si parfaitement d’époque et si parfaitement désincarné. Est ce l’effet des plans larges, trop larges pour rendre la scène véritablement haletante ? Est ce l’absence de cette crasse typique de ces années là, mélange de suie sur les murs des immeubles, de graisse sur les pavés populaires, de sueurs dans le dos des manifestants, qui fait défaut ? Ou bien quelque chose dans le regard des figurants, qui n’appartient ni à la colère, ni, encore moins, à la rage ? Aussi il faudra voir, ou plutôt entendre comment ces jeunes comédiens d’aujourd’hui, jouent terriblement faux leurs textes dès lors qu’il s’agit de redonner vie à la prose militante de ces années là. Si le bottin existait encore, sa lecture n’en aurait pas été différente. L’un d’eux, Felix Armand, l’un des plus crédible dans le genre d’ailleurs, reconnaissant même que « pour comprendre le langage politique de l’époque (il) a lu le dictionnaire ». Bon. En quelques plans et quelques phrases on saura déjà que cette promesse là, celle d’un grand film sur la violence politique de cet immédiat après mai, ne sera pas tenu.

Néanmoins c’est l’intelligence d’Assayas de défricher alors, immédiatement après cette scène collective, le champ individuel de ses personnages, dans l’exploration des intimités sentimentales, et d’ouvrir le film à son versant le plus intéressant, le plus séduisant, le plus convaincant. Et avec finalement peu de moyens, mais avec l’aide d’une bande son impeccable, Assayas parvient à faire de ces moments particuliers à la fiction - une scène d’amour, de baise ou de séparation - des événements universels, éternels, d’une permanence trans-générationnelle. A ce moment on se demande alors si APRES MAI ne constituerait pas pour son réalisateur, la mise en scène du prequel de l’un de ses plus beaux films précédents, l’Eau Froide (1994) qui déjà se déroulait dans les marges adolescentes de ce mitant des années 70. Ainsi l’on retrouvera dans Après Mai, la capacité d’Assayas à filmer les rassemblements festifs, fussent-ils totalement mortifères, avec en plus cette fois ci une vision plus estivale, plus solaire que dans l’opus cité. C’est que le grand sujet d’APRES MAI, par delà le contexte historique et politique de cette époque est à rechercher dans le voyage intérieur de ses protagonistes. Un voyage qui s’incarne sur les chemins du Népal ou de l’Italie, un voyage dyonisien, loin de la prose martiale des groupes gauchistes. Dans ces moments le film prend son envol, par delà les années, vers son utopie routarde et situationniste, plus proche des Kerouac et Ginsberg des 70’s qui auraient délaissé le bebop pour le progrock, les bouquins pour le cinoche, que des futurs mandarins que devinrent rapidement les Mao français. Sur ce point particulier on ne saurait lui donner tort.

Après Mai, d’Olivier Assayas. Avec Clément Métayer, Lola Creton, Félix Armand. Sortie en salles le 14 novembre.

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  • Il a tout de même oublié de masquer un digicode !(une scène du début du film). Je n’étais pas parisienne à cette époque...mais il me semble pas que ça n’existait pas...
    Bizarrement j’ai l’impression d’un film de jeune sur cette période (alors qu’Assayas a vécu cette époque) avec un grand souci de reconstitution ...Eh oui ils fumaient tous comme des dingues .....l’articulation ou la séparation collectif /histoire individuelle est bien montrée.

    Le 18 novembre 2012 à 12:24
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