Accueil > politique | Entretien par Rémi Douat | 8 septembre 2011

Arnaud Montebourg : « Il faut reprendre le pouvoir »

Arnaud Montebourg, le plus à
gauche des candidats à la primaire
socialiste, est l’architecte
du processus et porteur du concept de
« démondialisation ». Il revendique sa
radicalité... et entend en découdre.

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Regards.fr : Comment réagissez-vous aux réponses
données par Nicolas Sarkozy à la crise
que nous traversons ?

Arnaud Montebourg : Les marchés démontrent encore une fois qu’ils
sont plus forts que la politique et rien, dans la
rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel,
n’est de nature à dompter les marchés. Il
faut prendre ses responsabilités et s’attaquer
réellement aux intérêts financiers, ce que ne
font pas les gouvernements pro-marché libre.
La France, de même que l’Allemagne, n’est pas
un petit pays, c’est une puissance économique
et financière et elle devrait à ce titre exercer
sa responsabilité dans le leadership tendant à
redonner du pouvoir à l’action publique contre
les excès et les abus dangereux de la finance.
Il faut inventer un colbertisme européen, c’està-
dire une reprise en main du système économique
par le politique. Seul point positif de
cette rencontre, la taxation sur les transactions
financières. Mais, il faut maintenant la voter.
Nous sommes un pilier de la zone euro et nous
pouvons parfaitement décider unilatéralement
de taxer les transactions financières.

Regards.fr : Quelles sont vos priorités pour remettre
la main sur le système financier ?

Arnaud Montebourg : On a mis des radars sur toutes les routes de
France, mais on a totalement oublié d’en mettre
sur celles de la finance. Il faut des règles. La
première loi que je mettrais en place si j’étais
élu comporterait douze mesures essentielles.
En voici 6 d’entre elles : il faut fermer les filiales
des établissements financiers situées dans les
paradis fiscaux, instaurer un salaire maximum,
fixé par la loi, pour les traders, les courtiers et
les dirigeants des institutions financières, démanteler
les agences de notation, créer une
taxe sur les transactions financières ou encore
prendre des mesures de prohibition de la spéculation.
Il faut aussi protéger les victimes des
abus du système bancaire en effaçant une partie
du surendettement des particuliers...
Ce ne sont pas des mesure naïves. Elle sont
sévères et fermes, difficiles car liées à des intérêts
colossaux, mais indispensables à prendre.
On ne peut plus être les jouets des marchés.

Regards.fr : C’est ce que vous appelez la « démondialisation
 » [1]. Mais, concrètement, on « démondialise » tout seul dans son coin, en France ?

Arnaud Montebourg : La loi décide d’imposer des règles, avec des
sanctions civiles ou pénales en cas de nonrespect,
que les opérateurs des marchés sont
contraints d’exécuter s’ils ne veulent pas être
personnellement poursuivis. C’est la force de
la règle légale qu’il faut réapprendre à mesurer
après ces décennies de déréglementation
qui ont fait croire aux citoyens qu’ils n’avaient
pas d’autres solutions que l’absence de loi.
Bien sûr que, dans un premier temps, cela peut
avoir un coût, mais celui-là sera pour les opérateurs
financiers les plus indélicats et abusifs.
Il est préférable de mesurer le coût exorbitant, pour les peuples, du laisser-faire. Le général de
Gaulle disait que la politique ne doit pas se faire
« à la corbeille ». C’est pourtant aujourd’hui le
cas. Nous avons admis l’idée que la politique
n’a plus de pouvoir. Il faut contester cette idée.
Les arsenaux juridiques, réglementaires et politiques
peuvent empêcher le système de faire
n’importe quoi. Il suffit de le décider.

Regards.fr : Les socialistes mesurent-ils l’ampleur du
changement nécessaire ?

Arnaud Montebourg : C’est une question fondamentale. Nous pourrons,
avec succès, affronter Nicolas Sarkozy si
nous avons un autre chemin à proposer. Nous
avons besoin d’organiser un nouveau monde
pour ne pas aller de crise en crise. C’est ce que
je défends dans mon programme, « La nouvelle
France », sur les plans démocratique, social,
financier, écologique... La crise que nous traversons
restera comme une grande secousse de
l’histoire. Elle aura des conséquences politiques.
Nous avons besoin de dirigeants qui n’ont pas
peur de la puissance des intérêts en cause, car le
conservatisme libéral voudra préserver ses intérêts.
Il ne faudra pas flancher face à cela.
J’ai défendu ces idées au PS, sans grand succès.
C’est une des raisons de ma candidature à la primaire.
Mais, mes propositions ne sont pas incompatibles
avec celles de mes camarades du PS.
Elles sont complémentaires et enrichissantes,
tout en étant plus exigeantes et audacieuses. Elle
sont en fait à la hauteur de l’extrémisme cruel de
notre système libéral. Enfin, je ne considère pas
être seul à défendre ces valeurs. L’idée qu’il faut
reprendre le pouvoir s’installe durablement.

Regards.fr : Vous retrouvez-vous dans le ralliement
du PS à l’objectif fixé par Nicolas
Sarkozy de revenir à 3 % de déficit dès 2013 ?

Arnaud Montebourg : Non. Malgré l’amitié que je leur porte, le fait que
François Hollande et Martine Aubry considèrent
que les critères de Maastricht doivent être réalisés
dès 2013 est un véritable problème. C’est
une faute stratégique parce qu’il s’agit d’une
mise en accusation des Etats. Or, ceux-ci ne
sont pas responsables de la crise financière
et sont les seuls à pouvoir sauver le système
économique. Ensuite, les critères de Maastricht
n’ont aucun sens et n’ont d’ailleurs jamais été
appliqués. C’est une absurdité d’annoncer que
l’on veut mettre à exécution des critères inapplicables.
Et encore ! ils sont moins rigoureux que
la règle d’or voulue par Nicolas Sarkozy, c’est
dire si cette dernière est absurde.
L’austérité, c’est la saignée du médecin de Molière,
une manière de mourir exsangue et avec
le sourire, persuadé d’avoir enfin trouvé le remède
 ! La seule règle d’or valable est celle que
les dirigeants politiques ont sur leurs épaules.
C’est ce qui s’est passé avec le gouvernement
Jospin.
Il a quitté Matignon en ayant légèrement
désendetté le pays.

Regards.fr : Qu’est ce qui a changé au PS pour enrayer
la spirale de la défaite ?

Arnaud Montebourg : Pour que les citoyens croient à nouveau au
primat du politique sur l’économie, il faut aussi offrir des leviers d’action concrets. Pour la première
fois dans l’histoire, le peuple de gauche a
l’opportunité de venir choisir avec nous le candidat
qui défendra ses valeurs. Ceux qui critiquent
le PS ont maintenant l’occasion de s’exprimer. Il y
a chez les Français une défiance, une inquiétude,
mais aussi une grande disponibilité pour avancer.
Ces primaires sont prometteuses. Il y aura de l’affluence
et aussi un désir de provoquer la surprise.
En ouvrant les primaires à tous, on enlève aux militants
socialistes une partie de leur pouvoir...
Les militant s ne perdent rien, ils partagent. Le
PS n’est ni une secte ni un groupuscule, mais un
parti de gouvernement. Un militant socialiste est
un homme dans son temps et dans son siècle,
il a envie d’être entouré de millions de gens qui
veulent échanger et construire.
Quand un parti se professionnalise, que les étages
se peuplent d’élus, de super élus, de petits élus
ou d’aspirants élus, lorsque la base militante vieillit
et devient nostalgique, que la jeunesse part pour
d’autre partis de gauche, il faut se renouveler. Les
primaires ouvertes sont une riposte stratégique à
cet affaiblissement. Nous ouvrons les portes et les
fenêtres de l’appareil politique du PS, aussi parce
que celui-ci s’est souvent trompé. Ce n’est plus lui
qui décide mais le peuple de gauche, qui participe
à la décision, et c’est l’appareil politique qui exécute.
C’est une chance historique pour ce peuple
de se faire entendre.
Je lance un appel aux électeurs du parti de Jean-
Luc Mélenchon, aux électeurs du parti de Jean-
Pierre Chevènement, à ceux du parti de Christiane
Taubira et de Jean-Michel Baylet, à ceux du parti
de Cécile Duflot et de Daniel Cohn-
Bendit. Chacun
doit se mêler de savoir qui le représentera
au deuxième tour de l’élection présidentielle.
Lorsque Nicolas Hulot dit que je suis le plus écologiste
des candidats socialistes, que Jean-Luc
Mélenchon estime qu’il y a des points de convergence
entre nous deux, lorsque Jean-Pierre Chevènement
déclare qu’il voterait pour moi s’il prenait
part à la primaire ou encore que Christiane
Taubira entre dans la campagne pour me soutenir,
je considère que je suis le candidat au centre
de gravité de toutes les gauches, capable mieux
que d’autres de rassembler.

Notes

[1Des idées et des rêves, de Arnaud Montebourg,

Portfolio

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