Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 1er avril 2009

Françafrique. Sarkozy, la continuité

La « rupture » promise par Nicolas Sarkozy devait aussi concerner les relations franco-africaines. Mais presque deux ans après l’élection de ce président vantant les mérites d’une droite moderne et « décomplexée », c’est bien la continuité qui, en la matière, est à l’œuvre. Trois livres récemment publiés en débattent.

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Ni enquête fouillée, ni analyse politique pointue, le récent ouvrage de Samuel Foutoyet, Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée ne prétend pas être autre chose qu’un bilan d’étape. Fidèle à la tradition des travaux menés par les militants de Survie, dont il est membre, l’auteur s’y livre à une recension minutieuse des faits et événements à classer dans le dossier déjà épais de la Françafrique.

Bilan d’étape

Effectuée à l’aide de sources mortes (articles de presse, rapports parlementaires, ouvrages spécialisés, etc.), cette recension débute au moment de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Et, à sa lecture, on se dit que l’on oublie vite : défilé des Bongo, Sassou Nguesso, Biya à l’Elysée, réception fastueuse de Kadhafi, suivi attentif des affaires de l’ami Bolloré, discours de Dakar, intervention militaire au Tchad, mise à l’écart de Jean-Marie Bockel, affaire Borrel... Additionnés les uns aux autres, ces événements laissent peu de place au doute : la politique africaine de la France reste caractérisée par les relations clientélistes et l’affairisme, à l’ombre d’une présence militaire maintenue et enrobée d’un discours paternaliste.

Si ce « système Françafrique » mis en place au lendemain des indépendances par le pouvoir gaulliste, devait s’éteindre - car les rapports géopolitiques bougent, cf. l’émergence de la Chinafrique -, la paternité de cette disparition ne saurait en être attribuée à Nicolas Sarkozy. C’est ce que démontre ce travail qui rafraîchit la mémoire sur quelques histoires ou « détails » éloquents : la place qu’ont occupé les Hauts-de Seine dans l’ascension politique du chef de l’Etat et le rôle joué par les réseaux françafricains de Pasqua dans le département le plus riche de France ; le récent retour aux affaires, et sans mandat officiel, de Robert Bourgi, figure du foccardisme, caricature des « hommes de réseaux »  ; la centralité maintenue d’Omar Bongo dans le système ; et l’hommage présidentiel appuyé à « l’une des plus belles pages de l’histoire militaire de notre pays » , l’opération de la légion étrangère menée à Kolwezi au Zaïre, en 1978...

Ils accusent

Si cette intervention (mai 2008) est passée inaperçue, un autre discours a fait date dans la relation franco-africaine ces dernières années, il s’agit bien sûr de celui prononcé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal. L’Afrique répond à Sarkozy :Contre le discours de Dakar vient d’être réédité en poche. Vingt-trois intellectuels, universitaires, écrivains africains, tous francophones, y décochent autant de flèches à ce « discours médiocre et plein de morgue » , cette « dissertation au contenu incohérent et mal agencé » qui les révulse. Le résultat, touffu, est inégal et donne parfois un sentiment de répétition. Mais l’essentiel des contributions sont de qualité et le discours du chef de l’Etat français ressort en miettes de cette réponse collective qui dénonce la « duplicité » et les « stéréotypes » racistes et récurrents du texte rédigé par Henri Guaino.

Éloge de la responsabilité

André Julien Mbem ne se retrouve pas, c’est un euphémisme, dans cette œuvre collective. Il le dit dans une sorte de petit pamphlet paru aux éditions l’Harmattan où il est conseiller éditorial : Et si l’Afrique était malade de « ces » intellectuels ? : Contre-vérités sur le discours fondateur de Dakar . Le titre fait écho à un ouvrage qui, au début des années 1990 avait provoqué le débat, Et si l’Afrique refusait le développement ? (L’Harmattan, 1991) de la Camerounaise Axelle Kabou. Comme elle, l’auteur choisit de renvoyer les Africains, peuples et élites, à leurs responsabilités. Un questionnement toujours salutaire - aucun peuple ne peut faire l’économie de s’interroger sur sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive, fût-ce des tragédies comme l’esclavage ou la colonisation - mais trop souvent porté par un discours culpabilisant, méritocratique et « de droite ». Ainsi, tout en accusant les intellectuels qui se sont prononcés contre le discours de Dakar, d’ « approximations » et de silences coupables, André Julien Mbem néglige que la plupart acceptent la critique mais refusent qu’elle soit portée en des termes si insultants que ceux du discours de Dakar.

Un discours reproduit intégralement à la fin de son ouvrage, à relire avec attention. Ne fût-ce que pour mesurer à quel point le verni de mauvaise qualité dont a usé Guaino pour le rédiger peine à cacher les ongles moisis des vieux réflexes, des vieux discours et des vieilles pratiques d’un Etat français toujours aussi pétri de culture coloniale.

A lire

Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée

de Samuel Foutoyet

éd. Tribord, Bruxelles, 2009. 4,50 euros

L’Afrique répond à Sarkozy - Contre le discours de Dakar

ouvrage collectif

éd. Philippe Rey, Paris, 2008. 6,90 euros en poche

Et si l’Afrique était malade de « ces » intellectuels’ - Contre-vérités sur le discours fondateur de Dakar

de André Julien Mbem

éd. L’Harmattan, Paris, 2008. 12,50 euros.

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