Accueil > monde | Par Anne-Claire Gras | 29 juin 2012

Au Mexique, le Parti Révolutionnaire Institutionnel pas (complètement) sûr de gagner

Dimanche 1er juillet, les Mexicains élisent leur nouveau président. Le scrutin devrait mettre fin à douze années de pouvoir du Parti d’Action Nationale (PAN), fortement marqué à droite. Le sortant Felipe Calderon ne pouvant se représenter, c’est le candidat de l’hégémonique Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), Enrique Peña Nieto, qui fait figure de favori. Mais son concurrent du Parti de la Révolution Démocratique (PRD - gauche modérée), Andrés Manuel López Obrador, peut encore espérer gagner à l’issue d’une campagne marquée notamment par la question du narcotrafic.

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Il y a quelques mois encore, les jeux de la politique mexicaine semblaient être faits. Enrique Peña Nieto, candidat du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), était présenté comme le vainqueur incontournable du scrutin du 1er juillet prochain. Une victoire annoncée pour signer le retour aux manettes du parti issu de la révolution qui a dirigé le pays de 1929 à 2000 et gouverne toujours 20 des 32 états mexicains. Son concurrent du Parti de la Révolution Démocratique (PRD), Andrés Manuel López Obrador, candidat malheureux de la dernière élection de 2006 – dont il avait contesté la légitimité –, ne venait que loin derrière dans les sondages.

Mais en quelques semaines, les lignes ont bougé, et les mobilisations « anti-PRI » se sont renforcées. Dimanche 24 juin, des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de la capitale, à l’appel des étudiants de #Yosoy132. Ce mouvement est né en mai dernier à la suite de la visite d’Enrique Peña Nieto à l’Université ibéro-américaine de Mexico. Ce jour-là, le candidat est reçu sous les huées, et doit filer en catimini. Le lendemain, l’événement est minimisé par une majorité des médias, qui le présentent comme une fronde isolée menée par de faux étudiants… provoquant une vague de contestation massive au sein de différentes universités du pays, quelles soient privées ou publiques.

Médias et narcotrafic

Depuis, le mouvement universitaire a pris de l’ampleur. Le 19 juin dernier, #Yosoy132 a même réussi à organiser son propre débat présidentiel, auquel seul le candidat du PRI a refusé de participer. Le mouvement a ainsi donné corps à sa première revendication : en finir avec la collusion politico-médiatique qui corsette la liberté d’expression des médias mexicains. En ligne de mire, le duopole surpuissant composé par les groupes Televisa et TV Azteca, accusés de faire campagne en faveur du PRI. Début juin, le quotidien britannique The Guardian a diffusé une série de documents révélant que Televisa se serait engagé à soutenir massivement l’ambitieux Enrique Peña Nieto, tout en organisant une campagne de dénigrement du candidat de gauche Andrés Manuel López Obrador.

Outre les déviances du système médiatique mexicain, l’autre sujet phare de cette campagne a été le narcotrafic. Depuis 2006, la guerre engagée entre forces militaires et cartels de la drogue a fait plus de 50 000 morts à travers le pays. Incontournable, le sujet s’est avéré particulièrement épineux pour les candidats. «  Tous cherchent à se dissocier du narcotrafic, et accusent les partis concurrents d’y être mêlé. En vérité, le narcotrafic implique des autorités et fonctionnaires issus de tous les partis, qui ont pu s’enrichir en tolérant, voire en participant, au commerce des mafias, analyse Guillermo Garduño Valero, spécialiste en sécurité nationale pour l’Université autonome métropolitaine de Mexico. Les narcotrafiquants ne vont certainement pas chercher à influencer le processus électoral. De toutes façons, quel que soit le vainqueur, ces organisations continueront leurs activités criminelles. »

Une démocratie de papier ?

Dans ce contexte mouvementé, difficile de prévoir l’issue du scrutin de dimanche. Début juin, dans les sondages, Peña Nieto ne devançait López Obrador que de quatre points, avant de reprendre de l’avance ces derniers jours, pour atteindre douze points d’écart. Mais l’indépendance des sondages prête fortement à caution au Mexique et la victoire du PRI, présentée comme acquise en début de campagne, n’apparaissait plus comme une évidence à quelques jours de l’échéance. « Une concurrence électorale s’est imposée, remettant en cause la victoire prétendument gagnée d’avance du PRI. C’est une très bonne nouvelle pour la démocratie, estime John Ackerman, docteur en sociologie politique à l’Université nationale autonome du Mexique et spécialiste des processus de démocratisation. Mais si le PRD remporte le scrutin, ce qui était encore inenvisageable il y a quelques années, le laissera-t-on passer pour autant ? Le problème ne tient pas tant à l’hégémonie du PRI, qu’à la corruption généralisée dont souffre le pays. Le Mexique est confronté à tant d’inégalités, de concentration de pouvoir et de manipulation, qu’il lui a jusqu’à maintenant été impossible de construire un espace de démocratie. »

Reste à savoir dans quelles conditions va se dérouler le scrutin. En 2006, l’élection avait été entachée par de très lourdes suspicions de fraude. Après un recomptage des voix, le candidat du PAN Felipe Calderón avait finalement été déclaré vainqueur, accrédité de seulement 243 000 voix de plus que son rival López Obrador. Cette fois, différentes initiatives sont prévues pour éviter que le scénario ne se répète. Parmi elles, le projet « Foto X Casilla » : à l’issue du dépouillement, tous les Mexicains sont invités à mettre en ligne une photo des résultats affichés à l’entrée de chaque bureau de vote.

Portfolio

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