Accueil > Culture | Par Luce Vigo | 1er avril 2000

Au rendez-vous des cinémas du monde Noir

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Du 4 au 11 avril 2000, l’association Racines, présidée par Catherine Ruelle, propose, comme en 1998, au Forum des images (ex-Vidéothèque de Paris) des rencontres autour de spectacles de ciné-contes, de projections de films africains et de la diaspora noire africaine-américaine, cubaine, haïtienne, en présence d’acteurs, de musiciens, de cinéastes, prêts à échanger leurs réflexions autour des oeuvres présentées, nombreuses, diverses.

Entre cinéma et home-movies

Manthia Diawara, universitaire africain-américain, qui a quitté le Mali encore lycéen et qui, après avoir pris la température de l’Université de Vincennes en 1974, s’en est allé faire des études de littérature comparée et de cinéma dans une université américaine, enseigne, écrit et filme, avec un évident plaisir. Il vit à New York mais est à Paris où nous l’avons rencontré, et présentera, dans la sélection contemporaine de Racines noires 2000, "un journal de voyage cinématographique", appelé Diaspora Conversations.

C’est en marge d’un film que tournait la BBC sur l’acteur Danny Glover en visite en Afrique que Manthia Diawara réalisa ce journal avec une petite vidéo magnétique, similaire à celle utilisée par Jean-Paul Civeyrac pour les Solitaires.

"Je pense, dit Diawara, que le film a été démystifié avec la vidéo, dans un bon sens pour moi. Je prends ma caméra vidéo et je commence à casser, à fondre la frontière entre cinéma et ce que nous appelons « home-movies ». Je m’amuse et je me rappelle combien nous avions été émerveillés par ce qu’Astruc appelait la caméra stylo, qui abolit les contraintes de temps, permet de mêler des essais très académiques avec un récit à la première personne, ou avec des voix mélangées ; quelquefois j’utilise une photo kitsch, ou j’essaie de faire parler une image, je dis quelque chose que je ne pouvais pas dire autrement. De ces mélanges, je tente de faire un tout. Oui, on peut faire tout ou n’importe quoi avec la vidéo mais il faut avoir un regard, la notion d’un récit, s’investir dans ce récit. Nous montrons nos films indépendants de recherche dans des lieux faits pour eux, des installations, pas dans les cinémathèques qui ont été récupérées par d’autres indépendants qui ont toujours un oeil sur les box-offices, Spike Lee, Mike Leigh en Angleterre..."

Afrique : déracinement et éternel retour

On peut dire que Manthia Diawara s’est investi dans ce carnet de voyage cinématographique dans lequel il se retrouve touriste dans son propre pays.

"Je ne suis pas accroché au récit du retour, dit-il. Si je rentrais au Mali, ce serait un retour a-politique, un triste scénario pour moi. J’ai vécu vingt-cinq ans aux Etats-Unis et je pense que je dois participer à la politique de tous les jours là-bas. Ce n’est pas ce que mes compatriotes pensent. Dans ma formation, j’ai été marqué par les indépendances africaines qui m’ont fait sortir de mon ghetto identitaire tribal, par la découverte de l’universalisme des luttes et du déracinement comme objet positif. Ma complicité, ma solidarité avec l’Afrique se jouent d’une autre manière que dans le récit du retour : j’amène beaucoup d’Africains-Américains en Afrique pour qu’ils connaissent l’Afrique et échangent avec les Africains." Au début de son film, alors que Danny Glover et ses compagnons de voyage sont à Gorée devant la porte du non-retour d’où sont partis les esclaves, on entend, en voix off, Diawara, dans un accent de prière proche du poème, dire : "Gorée, apprends nous à dialoguer avec notre passé, notre présent et notre futur./ Gorée, réconcilie l’Afrique avec sa Diaspora. Nos avenirs s’appartiennent."

Des avenirs qui s’appartiennent

Cela n’est qu’un fragment de ce que Manthia Diawara avait à dire, faites-le parler de Sembène Ousmane, le père du cinéma africain, de Leiris, de Griaule et de Rouch, des cultures authentiques, si elles sont toujours en mouvement, il sera intarissable ! D’autres artistes, d’autres oeuvres seront au rendez-vous de Racines noires 2000 prêts à échanger avec les uns et les autres.

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