Accueil > Culture | Par Marc Endeweld, Marion Rousset | 13 octobre 2008

Audiovisuel public. La télé va-t-elle perdre son âme ?

D’abord, la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Puis une salve de mesures visant à modifier les équilibres économiques de la télévision. A terme, la réforme pourrait bouleverser les programmes. Regard sur un média qui continue de façonner les imaginaires.

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La télévision reste la première pratique culturelle. Elle est regardée trois heures et demie par jour en moyenne. Soit douze ans, à l’échelle d’une vie. Autant dire qu’elle ne semble pas près de disparaître, même si les pratiques changent et que les horloges se détraquent au profit de nouveaux supports, ordinateurs et téléphone portable. Le sociologue Jean-Louis Missika le pointe justement dans son livre en forme d’oraison funèbre (1) : qu’ils surfent sur Youtube ou Dailymotion pour télécharger des vidéos à la demande, c’est tout un modèle que les jeunes dynamitent. Celui du rendez-vous familial incarné par le Journal de 20 heures. Mais la route est longue et incertaine avant que le poste de télévision abandonne sa place dans le salon. « Je ne crois pas à la disparition de la télé ni à sa marginalisation. C’est un fantasme technologisant », affirme Pierre Musso. Pour ce professeur en sciences de l’information et de la communication, « la télévision est toujours un élément constitutif de l’imaginaire contemporain ». Mariant l’image et le son, la fiction et le réel, elle délivre un message et construit des valeurs. C’est donc le lieu privilégié de la conquête de l’hégémonie politique.

MACHINE A RACONTER

Nicolas Sarkozy, maître d’œuvre de la réforme de l’audiovisuel, l’a bien compris. Il s’est emparé de la télévision comme on se saisit d’une machine à raconter des histoires. Quel lieu plus adapté que le petit écran à l’épanouissement du « storytelling » (2) ? Cette mise en récit de soi-même et de ses valeurs est la nouvelle arme des dirigeants américains. En France, on en est encore aux balbutiements. Mais le chef de l’Etat progresse vite. Lui qui « se prend pour un acteur », selon le journaliste Christian Salmon, et « vit sa présidence comme on joue dans un film », a revêtu l’habit de surveillant général. Il tente en effet d’orienter la programmation télévisuelle. « Un de mes responsables m’a avoué que Sarkozy appelait sans arrêt. Il a ajouté que si on le laissait faire, il construirait lui-même la grille, notamment en termes culturels », rapporte Jean-François Téaldi, reporter à France 3 et secrétaire général du SNJ-CGT. « Le problème de la gauche, c’est qu’elle ne pense pas la télévision. Elle considère que c’est un outil de manipulation de l’opinion, dans la lignée de l’école de Francfort. A la différence d’un autre courant du marxisme issu de Gramsci qui estime que le petit écran relève de la culture et qu’il possède un rôle politique et social majeur », analyse Pierre Musso.

Le sénateur Jack Ralite a démissionné de la Commission Copé alors qu’elle ébauchait les grandes lignes d’une réforme modelée par le Président. Il n’était pas d’accord avec le blocage de la redevance. Pour lui, la télévision est en premier lieu un « atout de la démocratie ». Un lieu possible de débats et de confrontation. Mais « la liberté de la création et de l’information va de pair avec un pluralisme vivant et une indépendance vis-à-vis de l’Etat et des grands groupes ». Création d’une entreprise unique France Télévisions, renforcement du poids de l’exécutif, adaptation à la multiplication des écrans, instauration de taxes sur la téléphonie mobile et Internet... Et, pour le moment, un manque à gagner avec la suppression de la publicité qui n’a pas fini d’être comblé. Comment ces bouleversements vont-ils se répercuter sur les contenus ? Les promesses sont belles : « Un service public exemplaire », « Priorité donnée à la création », « L’indépendance de l’information doit faire référence en matière de pluralisme et de transparence », etc. (3) Mais elles sont contredites par les moyens mis en œuvre et certaines mesures phares de la réforme. Au final, quel avenir pour le poste de salon ? M.R.

Paru dans Regards n°55, Octobre 2008

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