Accueil > Culture | Par Marc Endeweld | 9 octobre 2008

Audiovisuel public : Le grand Monopoly des nouveaux écrans

Entre la vidéo sur Internet, une nouvelle génération de téléphones portables et l’arrivée, en 2009, de la télévision mobile, l’économie des médias audiovisuels se trouve durablement bouleversée. Alors que les audiences baissent sur les chaînes traditionnelles, la guerre mondiale pour imposer un nouveau modèle économique ne fait que commencer...

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Aux Etats-Unis, ça fait plus de quinze ans qu’on en parle : la convergence numérique des différents moyens de diffusion audiovisuelle. Comme le rappelle le spécialiste des médias Jean-Louis Missika, « la convergence numérique était l’Arlésienne de la bulle Internet. La possibilité de regarder des images sur d’autres terminaux qu’un téléviseur (ordinateurs et mobiles) a été à l’origine de la grande ruée vers l’or des années 1990, où l’on vit nombre d’entrepreneurs partir à la conquête d’un continent inexploré » . On connaît la suite... la bulle éclata, les résultats commerciaux n’étant pas alors au rendez-vous. « On peut interpréter la bulle Internet comme une erreur magistrale de calendrier, car pour que les consommateurs s’approprient une technique, ça demande un temps plus long », poursuit Jean-Louis Missika. Et aujourd’hui, un peu partout dans le monde, la convergence est bien en train de se faire. A coups d’achats de droits, de fusions-acquisitions de grande ampleur, d’ouverture de nouveaux services vidéo sur Internet ou les téléphones portables... Internet est d’ailleurs le média dont les recettes de publicité progressent le plus : 32 % en France pour l’année 2007. Il y a encore peu de temps pourtant, tout était simple. Des secteurs comme le téléphone, la musique, le cinéma ou la télévision étaient dominés par des acteurs différents et aucun n’empiétait sur le domaine de l’autre. Avec l’amélioration des techniques de diffusion, les interlocuteurs se multiplient désormais.

LA GUERRE DES CONTENUS

Résultat : actuellement, personne n’est en mesure de prévoir quel sera le paysage audiovisuel de demain. Chez les professionnels, c’est même un peu la panique. Car télévision et cinéma voient arriver sur le marché des concurrents qui jusqu’alors n’en étaient pas. En effet, l’irruption de nouveaux intervenants tels que les fournisseurs d’accès Internet et les opérateurs de télécommunication change considérablement la donne, car ils disposent d’énormes moyens financiers. En France, Orange mise ainsi à plein sur les contenus audiovisuels pour creuser l’écart avec la concurrence, au moment même où la croissance du marché des télécoms se tasse en Europe (2 % par an). En début d’année, la firme a acquis pour 203 millions d’euros par an pendant quatre ans, trois des douze lots mis aux enchères par la Ligue de football, dont la retransmission du match du samedi soir. En avril, c’était au tour du cinéma, avec la signature d’un accord avec le studio américain Warner Bros et une des chaînes du groupe, HBO. Grâce à ces acquisitions, les abonnés aux offres triple play d’Orange (Internet à haut débit, communications fixes illimitées et un bouquet de chaînes de télévision) pourront commencer un film sur leur ordinateur, le poursuivre sur leur téléphone mobile et regarder la fin sur l’écran de télévision ! Et auront accès, à partir du quatrième trimestre 2008, à plus de 1000 films et cinq cents heures de séries télévisées. Autant dire que Canal + a du soucis à se faire... « Les contenus sont désormais une priorité dans le développement du groupe » , assurait Patricia Legrand, directrice exécutive de la division contenus d’Orange, au quotidien Le Monde, en avril dernier. Et dans cette guerre de contenus qui s’annonce entre chaînes de télévision et opérateurs téléphoniques, Orange, qui jouit de nombreux abonnés, est l’une des sociétés les plus avancées dans le monde... Mais s’il n’y avait que ça ! Attaquées par les opérateurs téléphoniques, les chaînes de télévision traditionnelles sont déstabilisées également par le développement de la vidéo sur Internet. Depuis quelques mois, leurs audiences déclinent. C’est le cas de la plus emblématique d’entre-elles : de 1990 à 2008, TF1 est passée de 41 % de part de marché sur un an, à 27,2 %.

LES JEUNES ET INTERNET

Déjà peu présente sur la TNT (Télévision numérique terrestre), la chaîne de Bouygues est relativement absente d’Internet. Or, c’est sur Internet que l’on trouve aujourd’hui les jeunes qui ont déserté en grande partie la télé de papa. Pour contrer des sites comme Dailymotion ou YouTube, Arte ou FranceTélévisions ont d’ailleurs mis en place depuis quelques semaines des services de Vidéos à la demande (VOD), lesquels rencontrent un certain succès. Car, en France, la diffusion de la vidéo et de la télévision en ligne a particulièrement explosé sur Internet ces derniers mois avec 37 % des internautes qui ont regardé ce type de contenu en 2007. Cette désaffection pour le « broadcast » (retransmission en direct), notamment de la part des jeunes, constitue un mouvement mondial. Les grands Networks américains et les studios d’Hollywood sont attaqués. En octobre 2007, une étude a montré qu’un internaute américain sur quatre avait regardé un programme audiovisuel entier sur le Web, au cours des trois mois précédents. Selon d’autres estimations, les revenus de téléchargement sur Internet devraient passer aux Etats-Unis de 112 millions de dollars en 2006, à 3 milliards en 2010, dont les deux tiers pour le cinéma.

TÉLÉ SUR VOTRE PORTABLE

En France, l’arrivée, début 2009, de la Télévision mobile personnelle (TMP) permettra peut-être aux chaînes historiques de retrouver un peu de couleurs, car celles-ci ont été sélectionnées pour y participer en priorité. Concrètement, ce nouveau mode de diffusion permettra de regarder la télévision à partir d’un téléphone portable équipé d’une antenne, et ce, sans passer par le réseau téléphonique. Au Japon, fer de lance de cette télé de poche, 20 millions de téléphones portables sont équipés de récepteurs TV. En Corée du Sud, il y a déjà 8,2 millions d’appareils de ce type. Et en Europe ? Chaque jour, en Suisse, 40 000 personnes regardent un journal télévisé de cent secondes sur leur téléphone portable. Et en Italie, ils sont 1 million à débourser quelque 19 euros par mois pour avoir accès à une douzaine de chaînes de télévision sur leur mobile. Devant cet éclatement des écrans, reste la principale inconnue : le financement des futures productions audiovisuelles : car, « aujourd’hui, la convergence numérique entraîne une convergence des entreprises, note Jean-Louis Missika, et petit à petit, une confusion des métiers. Confusion qui risque de faire perdre son autonomie à la télévision » . C’est bien tout l’enjeu des débats actuels autour de la télévision publique... M.E.

Paru dans Regards n°55, Octobre 2008

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