Accueil > monde | Par Emmanuelle Cosse | 1er avril 2008

Balkans occidentaux. La Serbie prise entre deux feux (1)

L’indépendance du Kosovo fait bouger l’équilibre fragile de la Serbie. La coalition gouvernementale en place à Belgrade a implosé, des élections anticipées opposent le 11 mai réformateurs pro-européens et leaders nationalistes. La Serbie sortira-t-elle de son isolement ?

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Ni les promesses de mesures de rétorsion de la Serbie, ni les menaces de répression de la Russie n’ont fait plier le gouvernement kosovar. Le 17 février dernier, Hashim Thaci proclamait l’indépendance de son pays, soutenu par les diplomates américains et une grande partie de l’Union européenne. Du côté serbe, cette proclamation a suscité des réactions d’indignation attendues. Boris Tadic, le chef de l’Etat serbe, déclarait évidemment que la Serbie ferait tout pour annuler cette déclaration d’indépendance du Kosovo, jugée « illégale ». Si plusieurs partis ont organisé des manifestations à Novi Sad et à Belgrade, où l’ambassade américaine a été incendiée, si des postes-frontières entre la Serbie et le Kosovo ont été détruits, les réactions sont restées dans un registre assez calme, jusqu’au 17 mars où des affrontements violents ont éclaté à Mitrovica. Ce qui ne veut pas dire que la société serbe n’est pas meurtrie par cette indépendance.

Mais il faut bien admettre que le Kosovo et le maintien de « l’intégrité territoriale » du pays, brandie par la classe politique serbe, ne sont pas les préoccupations premières de la société serbe. Déjà en janvier dernier, la campagne pour l’élection présidentielle avait été résumée à une seule question : celle de l’adhésion ou non à l’Union européenne. Le candidat pro-européen Boris Tadic était réélu de justesse face à l’ultranationaliste Tomislav Nikolic qui n’hésitait pas à marteler alors que « la Russie est un partenaire plus fiable que l’Union européenne ».

Intégration européenne ou nationalisme

A l’issue de la guerre de l’ex-Yougoslavie, le maintien de la politique nationaliste de Slobodan Milosevic : qui conduisait à l’entrée des forces armées serbes au Kosovo et, en représailles, aux bombardements de Belgrade par l’OTAN, au printemps 1999 : a installé la Serbie dans un isolement dont elle peine encore à sortir. Avec les élections législatives convoquées pour le 11 mai, la Serbie aura à nouveau à choisir entre le processus d’intégration européenne qui l’obligera à devoir « faire avec » l’indépendance kosovare, et le retour à la voie nationaliste. Mais c’est un peu comme l’élection de la dernière chance. Mis en minorité par son gouvernement après son soutien à une résolution parlementaire qui fixait comme préalable à toute discussion avec l’Union européenne la dénonciation de l’indépendance kosovare, le premier ministre Vojislav Ko stunica a dissous son gouvernement. Le président Tadic, lui, a défendu une analyse différente de celle de son premier ministre : « Je crois qu’il n’y a pas de politique unifiée sur les perspectives économiques et européennes pour la Serbie et ses citoyens. Je reste convaincu que nous défendrons d’autant mieux le Kosovo en étant dans l’Europe et non contre elle. »

Accord en attente

Le pays ne s’est toujours pas remis de l’assassinat, en 2003, du premier ministre Zoran Djindjic, qui avait lancé un mouvement de modernisation du pays et avait, contre l’avis de ses collègues, transféré Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international (TPI) de la Haye. Cinq ans plus tard, l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne n’est pas encore en vigueur, notamment parce que Radovan Karadzic et Ratko Mladic n’ont toujours pas été livrés au TPI. Le pays continue de subir un régime de visas qui rend quasi impossible tout déplacement et le système économique n’arrive pas à se réformer. La victoire des partis nationalistes marquerait un coup d’arrêt final à un train de réformes déjà mal en point. Quant à la stabilité de la région balkanique, il est illusoire de penser qu’on pourra y arriver sans la Serbie. Comme le rappelle l’historien Jean-Arnault Derens (voir entretien), « le projet stratégique de l’Union européenne d’intégration de tous les Balkans occidentaux ne peut pas se concevoir en mettant à l’écart la Serbie. Tout simplement parce que la Serbie est le plus grand pays de cette région et le pilier traditionnel. Qu’on le veuille ou non, on ne peut pas imaginer un espace balkanique occidental ou post-yougoslave stabilisé, s’il n’y a pas une Serbie elle-même stable et démocratique et en bons termes avec ses voisins ». E.C.

Paru dans Regards , Avril 2008

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