Accueil > actu | Par Catherine Tricot | 11 novembre 2011

Balle au centre

En hausse dans les sondages, François
Hollande joue les rassembleurs,
à gauche et au centre.
Mais son programme, entre pragmatisme
et réalisme, tiendra-t-il la distance
jusqu’en mai ?

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

François Hollande sera le candidat des socialistes
pour la prochaine élection présidentielle.
Logique. La partie s’est jouée dès le mois de
mai : dans les sondages, le député de Corrèze
a pris la place de favori une fois la candidature
Strauss-Kahn devenue impossible. Les
primaires, dont l’objectif était de désigner le
meilleur candidat pour « battre Sarkozy », allaient
suivre les oracles sondagiers. Comme en
2006. L’heure Hollande a donc sonné.
Après une présidence bling-bling, arrogante et
autoritaire, place à une mandature « normale »,
consensuelle : un retour de balancier qui serait
attendu des Français. Centre-droit compatible,
les électeurs des primaires socialistes veulent
croire que François Hollande sera leur champion.

De fait, François Hollande bénéficie, avant
l’heure, d’une sorte d’état de grâce. Les sondages
enregistrent une sensible progression
en sa faveur : il ferait un bond avec près de
40 % d’intentions de vote au premier tour,
60 % au second ! Bien sûr, ces sondages n’anticipent
pas le résultat final, seulement l’humeur
de l’après-primaire. Mais le premier objectif du
PS est atteint : créer un élan en faveur de leur
candidat, même si la puissance et la durée de
l’impulsion sont incertaines.

Cette étape s’inscrit dans un processus dont
le PS ne fait pas mystère : constituer un grand
parti central, rassemblant entre 35 et 40 % des
électeurs. François Hollande, engrange normalement
les fruits d’une stratégie de centrisation
du PS dont il fut l’un des acteurs en tant que
Premier secrétaire. On se souvient [1] qu’il fit
adopter par le PS une « nouvelle déclaration
de principes » dont il s’enorgueillissait en ces
termes : « Depuis le temps que l’on nous sommait
de faire notre aggiornamento ou notre
Bad Godesberg, voilà qui est fait.
 » La déclaration
de principes se concluait ainsi : « Le Parti
socialiste veut rassembler toutes les cultures
de gauche. Il ne se résigne pas aux divisions
de l’histoire.
 » Les primaires socialistes auront
été l’occasion de mettre en scène un débat
politique couvrant les différentes options allant
de la gauche de Montebourg à la droite de Valls
et Baylet. Aubry et Hollande sont au centre ;
Royal est ailleurs. Une étape nouvelle semble
franchie avec pour objectif de réorganiser la vie
politique à gauche autour du seul PS.

Arbitrer les possibles

François Hollande va conduire une campagne
avec pour fil rouge la prétention d’être celui qui dira la vérité, qui ne promettra que ce qu’il
pourra faire… Pourtant, il a retenu de Mitterrand
et De Gaulle la nécessité de tenir un propos sur
la France et son destin collectif. Celui de François
Hollande est plus convenu qu’inspiré. Pour
cet héritier de la seconde gauche et de Jacques
Delors, la politique n’est pas une idéologie, une
représentation du monde. Elle est une gestion
assortie d’une ambition. Il le dit simplement :
« Faire le possible c’est bien ; mais étendre le
possible c’est mieux.
 »

Ses axes de campagne sont balisés : un pacte
productif, un pacte pour la jeunesse et un
pacte démocratique. Sa candidature sera placée
sous le signe de la réforme fiscale. Derrière
ces concepts, nul tranchant des propositions
et des idées. François Hollande ne
prône pas la rupture. Il veut être raisonnable.
Rompu à la pratique politique, il pense pouvoir
arbitrer au mieux des « possibles » à l’intérieur
du cadre, avec « pragmatisme ». Est-ce bien
raisonnable dans les conditions présentes ?
Ce sera le débat de la présidentielle.

Si d’aventure, ne serait-ce qu’une forte minorité
de Français pensait que le maintien du cadre
général est sans avenir, la capacité de mobilisation
du candidat socialiste serait atteinte. Ce
qui paraissait un choix de raison, une assurance
« antisarko » pourrait alors se révéler une fragilité.
La force du projet pourrait faire défaut face
à un Nicolas Sarkozy qui assumera et poussera
sa logique contre-réformatrice. Pour se frayer
un chemin, Marine Le Pen n’aura pas de mal à
mettre en avant la pensée commune des deux
candidats. Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly chercheront
à faire émerger une alternative.

Si le 6 mai François Hollande est élu, il lui faudra
trouver des ressources pour faire face à la crise.
Et ça, ce n’est vraiment pas gagné. Hollande
aime à dire que « l’enjeu pour les socialistes
ce n’est pas de gagner magnifiquement mais
de gouverner durablement
 ». Quel programme,
Caramba !

Notes

[1"Socialiste et libéral", Regards, été 2008

Portfolio

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?