Accueil > idées/culture | Par Catherine Tricot | 1er mars 2007

Bellaciao.org : alerte à la censure

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Bellaciao.org comptait parmi les carrefours de la gauche « alter ». En quelques semaines tout s’est dégradé. Créé en février 2002 par le collectif du même nom, bellaciao.org pouvait s’enorgueillir d’être parmi les sites européens les plus fréquentés. Fonctionnant sur la base d’une publication ouverte, il est alimenté par les articles des internautes et n’est modéré qu’a posteriori. Petit à petit, ce site était devenu un espace d’information, de discussion et de confrontation très large, de la gauche du PS aux libertaires, en passant par l’ensemble de la gauche antilibérale des collectifs unitaires. Même s’il n’est pas toujours facile de se retrouver dans un maquis de contributions, bellaciao.org était le lieu de convergence ou d’observation de la gauche de gauche française. En cinq ans, le site engrange plus de 27 millions de connexions et les visites journalières grimpent jusqu’à 55 000 connexions, selon ses animateurs.

Recette de ce succès : une bienveillance à l’égard de toute la gauche critique et une distance égale à l’égard de tous. La charte fondatrice du site l’affirme d’ailleurs : « Le collectif Bellaciao souligne sa pleine autonomie par rapport aux partis, (...) et exerce sa vigilance contre toute instrumentalisation ou hégémonie. »

Depuis, tout a déraillé. Emboîtant les pas de la gauche radicale en folie, le site bellaciao.org s’est départi de sa prudence et de sa neutralité qui en avaient fait un rendez-vous des partisans de tous les candidats potentiels à la candidature de rassemblement antilibéral. Marie-George, Olivier, Clémentine, José et les autres avaient leurs adeptes et leurs détracteurs. La polémique et les échanges d’arguments fusaient... mais sans sortie de route. Mi-décembre, les collectifs antilibéraux sont au bord de la crise de nerfs : la rupture est sur le point d’être consommée. Et Bellaciao choisit son camp. Ce sera celui de Marie-George Buffet.

Cette inflexion par rapport à la neutralité initiale pouvait s’admettre et se gérer. Le problème est que, en fait, l’ouverture elle-même a été remise en cause. Les modérateurs du site, ceux qui décident ou non de la pérennité d’un message déposé, adoptent une nouvelle ligne éditoriale : qui n’est pas avec nous est contre nous. La censure va s’exercer sans pitié. Même un simple commentaire sur le titre d’un article ne peut pas passer. Nous l’avons expérimenté. Autre exemple visible par tous : Mouloud Aounit expose sur le site les raisons de son engagement aux côtés de Marie-George Buffet. Normalement, le choix du secrétaire général du MRAP suscite des commentaires. Parmi ceux qui seront retenus, aucun n’exprime la moindre réserve à l’égard de cet engagement, alors même qu’il suscitait bien des critiques dans les milieux militants. Sur le site bellaciao.org, l’unanimité est de règle et la déontologie peu scrupuleuse... Les messages dénonçant les « intellos » et autres « Parisiens » fleurissent. Avec la tension, remonte aussi le populisme.

Une recherche rapide sur Google concernant des témoignages de censure sur Bellaciao propose des dizaines d’entrées. Tous dénoncent le fait d’avoir été censurés pour des positions contraires ou critiques vis-à-vis de la candidature de Marie-George Buffet. Celle-ci se serait sans doute bien passée de cette contre-publicité. La responsabilité de la nouvelle orientation du site peut d’autant moins lui être imputée que le site est désormais totalement trusté par les plus « ultra » du PCF, ceux qui attendent (et se réjouissent) de la chute annoncée de la secrétaire générale qui avait osé l’ouverture vers « la gauche de gauche » non communiste.

Ce revirement de Bellaciao suscite un énorme émoi dans le milieu des internautes antilibéraux. Le 30 janvier, une lettre ouverte (1) signée par des animateurs de plusieurs sites antilibéraux (dont Regards) s’en offusque. Ils affirment que « Bellaciao a renoncé à la liberté d’expression » et « piétine sa charte fondatrice en publiant pléthore d’articles et commentaires injurieux, diffamatoires, mensongers. Tous les contributeurs qui osent contredire ce prêt-

à-penser sont censurés et leurs adresses Internet interdites d’expression ». Sur le blog des rédacteurs de Politis (2), on partage ce sentiment : « La tonalité de la majorité des commentaires sur la controverse touchant à la candidature unitaire laisse peu de doute sur l’existence d’un filtrage. »

Cette triste affaire est un nouveau témoignage de l’état désastreux dans lequel se trouve la gauche alternative à l’issue de cette séquence présidentielle. Elle souligne également que les règles de tolérance et de pluralisme ne sont pas encore solidement ancrées dans notre propre espace. Misère ! C.T.

P.S. Le collectif Bellaciao a été contacté par e-mail. Aucune réponse ne nous est parvenue.

1. www.alternativeunitaire2007.org/spip/article.php3?id_article = 1403

2. « Pour un Bellaciao non partisan », blog des rédacteurs de Politis, 30/01/07.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Sur le même thème

Vos réactions

  • "Tous les contributeurs qui osent contredire ce prêt-
    à-penser sont censurés et leurs adresses Internet interdites d’expression ».
    ouf vous me rassurez je croyais être un cas isolé !!

    "Ils affirment que « Bellaciao a renoncé à la liberté d’expression » et « piétine sa charte fondatrice en publiant pléthore d’articles et commentaires injurieux, diffamatoires, mensongers." et censure ceux qui leur signalent pire ils vous dénoncent à votre fournisseur d’accès ...ce qui explique la pauvreté des articles actuels et le peu de commentaires alors que naguère !!!!!!!!!!

    trictrac43 Le 14 juin 2011 à 01:26
  •  
Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?