Accueil > politique | Par Emmanuelle Cosse | 1er mai 2008

Benoit Hamon : « Le MJS plus à gauche que le PS »

Qu’est-ce qui a poussé votre génération de militants socialistes à défendre l’autonomie des jeunes socialistes et donc la création du MJS ?** **Benoît Hamon.

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La demande était très simple, c’était d’être autonome. Donc de pouvoir de délibérer souverainement de nos orientations et de choisir nos dirigeants. C’était une revendication de longue date dans le parti, que Michel Rocard nous a permis d’obtenir. Finalement, c’est à une double autonomie que nous sommes arrivés : une autonomie du parti, et ensuite une autonomie de la majorité du MJS face à sa tendance de tutelle. L’autonomie, ce n’est pas l’indépendance ; il ne s’agissait pas de créer un « parti jeunes ». Il y a toujours eu des règles non écrites quant aux relations entre le PS et le MJS. Ainsi le MJS est toujours une force militante au service du parti pendant les campagnes. Ce qui oblige à faire taire les désaccords, comme par exemple au moment du TCE. Le MJS a pris position pour le « non », et il s’est donc éteint le temps de la campagne. Le mérite de l’autonomie, c’est qu’elle a permis plus d’affluence au MJS et plus d’influence du MJS. Cela a donné à ce mouvement la capacité d’être un capteur de la réalité sociale et d’avoir une reconnaissance.

Le MJS semble aussi avoir évolué dans le paysage politique...** **B.H. Depuis quelques années, la culture des mouvements sociaux est en effet beaucoup plus forte au sein du MJS. Ce n’est plus iconoclaste de voir le MJS dans les mouvements. Cela explique peut-être pourquoi le MJS se situe bien plus à gauche que le Parti socialiste. Et la participation aux mouvements sociaux permet d’avoir un plateau plus large, plus d’idées. L’ouverture fait aussi que les jeunes restent plus. Ensuite, six ans d’opposition jouent aussi fortement sur l’adhésion des jeunes dans les partis. Ce qui est intéressant de voir dans les dernières années, c’est que l’UNEF a semblé faire beaucoup plus de politique : par exemple Bruno Julliard pendant le CPE : alors que le MJS a beaucoup plus été un acteur du mouvement social. Le positionnement est très différent.

Le MJS a-t-il réussi à imposer ses membres au sein du PS, traversé par des conflits de générations ?** **B.H. Si on ne prend que les présidents du MJS, je suis devenu député européen, Régis Juanico, député de la Loire, Charlotte Brun conseillère municipale et conseillère régionale d’Ile-de-France. Les autres ont pris d’autres chemins professionnels mais la plupart sont restés dans le giron socialiste. Plus généralement, je crois que la place des jeunes au sein du parti commence à s’améliorer. La réalité, c’est que le MJS est un formidable outil de formation, même s’il n’est qu’un cadre de formation du parti parmi tant d’autres. Le premier, c’est plutôt Sciences Po et l’ENA... Mais face à une droitisation générale des militants socialistes, le MJS constitue une avant-garde de la dénonciation. D’ailleurs, que le MJS n’ait pas été ségoléniste montre bien sa bonne santé ! Le MJS pèse sur les débats, pèse dans les cellules, pèse dans les congrès. Il porte en lui un potentiel nuisible qui fait qu’il y a une vraie parano sur le MJS, notamment de la part de Ségolène Royal. Le fait de voir que les organisations de jeunesse choisissent un candidat plus qu’un autre, ce n’est pas rien. Cela a expliqué que Ségolène Royal ait cherché pendant la campagne présidentielle à passer outre le MJS, en créant d’autres moyens d’organiser les jeunes comme la Ségosphère. D’ailleurs, si Ségolène Royal emporte la direction du parti, je suis certain qu’il en sera très vite fini de l’autonomie du MJS. Il y aura une tentative de remise au pas ou une recherche de contrer son influence.

Cela ne vous étonne pas qu’on ait envie à 20 ans de militer dans les partis ?** **B.H. Il y a depuis plusieurs années une régularité des mouvements sociaux très forte. La jeunesse est en ébullition. Elle a des rapports très tendus aux institutions, à l’ordre, à la police. Tout cela produit de la violence mais aussi de l’engagement. Et donc les jeunes vont dans les partis, car c’est encore là l’un des premiers lieux de la démocratie.

Propos recueillis par Emmanuelle Cosse

Paru dans Regards , numéro spécial, mai 2008

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