Accueil > monde | Analyse par Emmanuel Riondé | 8 septembre 2012

Besoin de pétrole et désir de puissance

Sur le terrain des relations extérieures,
Pékin continue de mener la « diplomatie
énergétique » indispensable à sa croissance
économique et confirme sa quête
d’hégémonie régionale. Sur fond de rivalité
avec les États-Unis avec qui la situation
reste tendue en mer de Chine.

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« Développement pacifique », « monde
harmonieux
 », « stabilité régionale »
C’est pour contrecarrer « le syndrome
de la menace chinoise
 » que ces concepts
apaisants ont pris place au coeur du discours
chinois dans la première partie des années 2000.
Ils y figurent toujours en bonne place, d’autant
que la diplomatie chinoise reste guidée par la
nécessité de trouver de quoi apaiser l’appétit
monstrueux du pays devenu, fin 2010, la deuxième
économie du monde après les États-Unis : la
Chine consomme désormais entre le quart et la
moitié de la production mondiale d’aluminium,
est le premier importateur mondial de minerais
de fer, de nickel, de soja, le deuxième importateur
mondial de pétrole derrière les États-Unis ; elle
est également devenue en 2011 le premier
importateur mondial de sucre, de coton, de
laine, de caoutchouc et de matières secondaires
(ferraille, vieux papiers), indique le ministère
français des Affaires étrangères soulignant par
ailleurs que «  le souci de la Chine de diversifier
ses sources d’approvisionnements en pétrole, et
plus généralement en matières premières (…)
constitue aujourd’hui l’un des principaux moteurs
de sa politique de rapprochement en direction de
la Russie, de l’Asie centrale, de l’Afrique et de
l’Amérique latine
 » [1].

Pour autant, Pékin ne sacrifie pas ses ambitions
stratégiques sur l’autel de la croissance. Les
6 et 7 juin dernier, la douzième rencontre de
l’Organisation de coopération de Shanghai
(OCS) s’est tenue à Pékin [2]. Rassemblant la
Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, l’OCS a vu le
jour en 2001 pour trouver des solutions aux
problèmes frontaliers hérités, en Asie centrale,
du démantèlement de l’URSS. Au sein de
cette organisation, Pékin distribue aides et
investissements aux États-partenaires en échange
d’un accès privilégiés à leurs ressources. Une
figure récurrente de sa « diplomatie énergétique »
révélant aussi sa volonté de leadership régional.
Comme le confirme l’étude publiée en février
dernier par IHS. Selon cette société d’information
basée aux États-Unis, le budget chinois de
la Défense va passer de 120 à 238 milliards
de dollars entre 2011 et 2015, année où
les dépenses militaires chinoises devraient
dépasser les budgets cumulés des douze autres
puissances de l’Asie-Pacifique [3].

Une évolution suivie de près par tout le monde,
à commencer par les États-Unis. Et ce d’autant
plus que depuis quelques mois, les tensions
s’exacerbent en mer de Chine où Pékin a des
prétentions de souveraineté sur des chapelets
d’îles également revendiqués par des pays
riverains : « La Chine [voudrait] s’imposer comme
puissance souveraine dans la mer de Chine
méridionale. Au-delà de l’espoir de nouvelles
ressources, elle y gagnerait le contrôle d’une
bonne part du trafic maritime mondial des
marchandises, mais aussi celui de tous les
approvisionnements vitaux de la Corée et du
Japon et éloignerait l’US Navy de ses côtes
 »,
écrit Jean-François Brisset de l’Iris. [4] De fait,
Pékin souhaiterait contrôler cette vaste aire
maritime dans laquelle les États-Unis redéploient
une partie de leur marine depuis quelques
années. Encouragés par le Japon qui compte sur
les Américains pour calmer les ardeurs chinoises.
Le rapport annuel du ministère de la Défense
japonais, publié début août, s’inquiète du fait
que la Chine a «  étendu et intensifié ses activités
dans les eaux entourant le Japon » et considère
que « la présence des forces américaines
stationnées au Japon agit comme un agent de
dissuasion et apporte un sentiment de sécurité
aux pays de la région
 » [5].

La mer de Chine va-t-elle devenir le théâtre
privilégié de la lutte d’influence sino-américaine
dans les mois et les années à venir ? L’affaire est
à suivre de près mais sans paranoïa excessive.
Les deux puissances mondiales ont renforcé
des mécanismes de dialogues sur les terrains
politiques et stratégiques et leur interdépendance
économique ne cesse de s’accroître. On
s’observe de près mais on se parle. Et on compte
les points dès que c’est possible : les derniers
sont symboliques : cet été, aux JO de Londres,
les États-Unis ont gagné 46 médailles d’or. Huit
de plus que la Chine.

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