Accueil > politique | Chronique, Analyse par Catherine Tricot | 20 novembre 2012

UMP, épilogue

C’est une folle semaine pour la politique française qui s’est terminée hier soir avec la désignation de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP. Les évènements se sont enchainés sans lien apparent entre eux. Mais à l’arrivée la gauche et la droite sont en miettes.

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A droite, l’élection de Jean-François Copé dans les conditions si disputées pourraient mettre à mal le projet initial d’une UMP rassemblant centristes, libéraux et gaullistes. Ce n’est pas encore fait. Jean-François Copé a eu l’habileté de ressortir du placard l’ancien projet de donner des droits aux courants. Ainsi les centristes ont pu présenter une motion qui leur assure visibilité, places dans la direction et moyens financiers. Copé a ainsi réussit à s’adjoindre le soutien des centristes encore membres de l’UMP emmenés par Jean-Pierre Raffarin. Il leurs doit deux fières chandelles : une pour le résultat et une pour ne pas avoir été totalement relégué dans le corner droit.

Mais cet arrangement d’intérêts convergents (ceux de Copé et ceux des centristes UMP) fera-t-il longtemps illusion ? L’UDI de Jean-Louis Borloo s’attachera à délégitimer l’UMP, à contester sa position rassembleuse. Car il ne faut pas en douter, les militants de l’UDI sont déterminés à prendre la première place au sein de la droite républicaine. Ils le croient d’autant plus possible que la stratégie de Copé n’est pas assurément gagnante. Marine Le Pen ne se laisse pas avaler par la stratégie de droitisation… Sarkozy était parvenu à réunir les trois familles de la droite dans un nouvel équilibre idéologique alliant libéralisme économique et volontarisme politique, politique sécuritaire alliée à quelques éléments de modernité. L’équilibre est rompu. La droite est en miettes. La longue guerre de leadership à droite peut reprendre.

Sur l’autre bord de l’échiquier, la gauche hésite entre confusion et décantation. Mardi, la conférence de presse de François Hollande ne fut pas à proprement parlé un tournant. Le président est resté dans la droite ligne de ses engagements passés comme premier secrétaire du PS puis dans la primaire socialiste. Certes, désigné candidat, il a du gauchir son discours pour tenir compte du vote Montebourg et pour contenir la poussée Mélenchon. Mais Hollande est et reste un social-démocrate désireux de rompre avec le socialisme.

EELV en fait la découverte un peu amère. 
Les écologistes obsédés par l’idée de sortir de la marginalité politique et d’obtenir un groupe de parlementaires ont signé avec le PS un accord… Dans le package, il y avait évidemment la participation gouvernementale. L’accord avait été négocié par Martine Aubry. Las, c’est Hollande qui gagne la primaire et habite désormais l’Elysée. Il n’avait pas caché le peu de cas qu’il accordait au texte PS/EELV. Il le prouve aujourd’hui ! 
Outre le comportement autoritaire à leur endroit, les couleuvres environnementales qu’ils doivent avaler (nucléaire, Notre-Dame des Landes, recherche pétrolière réouverte…) , il leur faut aussi endosser la politique de refondation sociale à la Schröder doublée de la politique répressive, anti-roms, des reculades sur le droit de votes des étrangers, sur l’adoption pour les couples homosexuels ou encore sur les contrôle aux faciès. Oups ! Et ça, ils ne l’avaient pas totalement anticipé. Le débat n’avait même pas eu lieu au sein d’ EELV pour évaluer leur participation gouvernementale. Il pourrait commencer seulement maintenant. La sortie de Jean-Vincent Placé n’est pas incongrue quand bien même elle dérange l’appareil. Oui, certains s’interrogent sur le prix de cette participation gouvernementale. 
Car les couleuvres se paient très cher politiquement. Ce week-end, à Nantes, près de 40 000 manifestants ont contesté la construction de l’aéroport voulu par Ayrault. Jean-Luc Mélenchon en tête. Les écolos sont en train de perdre leur leadership incontesté sur les combats environnementaux. Ça fait beaucoup ! Plus modeste, la décision des Alternatifs d’entrer dans le Front de gauche intervenue ce week-end conforte l’aile alternative et verte de ce qui apparaît désormais comme le regroupement de toute la gauche non gouvernementale (en dehors des derniers trotskistes de LO, POI et NPA-canal historique).

Dans ces conditions, la porte ne claque plus au nez du Modem comme en juin. Au contraire même, la perspective d’un renversement d’alliance commence à s’esquisser au plus haut niveau. Émissaire du Modem, Jean-Luc Benhamias est reçu à l’Elysée par un conseiller de Hollande. La porte-parole du gouvernement, Najat vallo-Belkacem et Stéphane Le Foll, le ministre très proche de Hollande, l’évoquent publiquement. Pour rendre ce switch possible, il faut aussi recadrer l’aile gauche du PS. C’est chose faite depuis ce week-end. Alors que la candidature d’Emanuel Maurel a rassemblé un inespéré 28% des suffrages des militants PS, l’aile gauche est exclue du secrétariat national, véritable cœur dirigeant du Parti. On ne rigole plus. Et Hollande qui avait décidé de l’accession de Harlem Désir a fait savoir sa décision : assumer le tournant sans compromis.

Toujours fine mouche, François Bayrou est venu dire hier soir sur les plateaux télés qu’il fallait enfin tirer les leçons de la nouvelle situation….

Samedi 17 novembre

En subliminal, un des enjeux du congrès de l’Ump et de la désignation de son président sera la place des centristes dans le mouvement créé en 2002 et qui se voulait le rassemblement de toutes les droites républicaines. On sait que ce projet initial a du plomb dans l’aile. Bayrou ne s’y ait jamais plié. Borloo veut croire qu’avec la droitisation de l’UMP il y a une place à prendre – et pourquoi pas la première- pour les héritiers de l’UDF.
Jean-François Copé qui fonctionne comme un repoussoir vis à vis de ces « centristes » a une carte dans sa manche : il veut installer la reconnaissance des mouvements. Inscrite depuis l’origine, mais jamais appliquée, ces différentes sensibilités vont pouvoir se compter et obtenir des moyens au prorata de leur poids. Car les militants en vont pas seulement émettre un vote mais trois ce WE. Un sur le choix du président (ça on a compris), un autre sur la charte des valeurs (on y reviendra) et enfin un troisième pour choisir entre 6 motions. Toutes celles qui franchiront les 10% se verront reconnaître des places dans la direction et des moyens d’existence.
Copé fait de cette mini-révolution interne un argument pour garder toute la famille réunie.

Jeudi 15 novembre

Où ce qui se passe à l’UMP peut avoir des effets en cascade…

Quelle que soit l’issue du vote des militants, le futur président de l’UMP aura à cœur de surmonter les divisions de cette campagne dure entre les candidats et leurs partisans. Mais ce n’est pas gagné. Car, derrière ce choix, l’enjeu pour Coppé comme pour Fillon est d’être investit pour l’élection présidentielle de 2017. Parions que le vaincu de ce week-end fera tout pour préserver ses chances et ne voudra pas nécessairement baisser la garde.

Hypothèse 1. Fillon l’emporte. Copé n’a d’autre choix que de poursuivre une ligne de démarcation qui l’amène aux franges de la droite la plus dure. Il ne franchira jamais le rubicon d’une alliance avec l’extrême droite mais continuera à parler de viennoiserie et à montrer du muscle en appelant à des actions dures (Cf interview de Danielle Tartakowski sur les manifs de droite). Fillon ne pourra complètement lui emboiter le pas mais ne saurait, comme dans cette primaire, laisser cette aile droite à découvert.

Hypothèse 2. Copé l’emporte. Il devra se recentrer. Mais son image est installée et il sait que son succès il le doit à ce flirt avec la droite radicale. A l’image de la campagne Sarko, il bétonnera sa droite pour s’assurer le soutien militant au moment de la désignation du candidat de l’IUMP.

Dans tous les cas, ce glissement de positionnement de l’UMP est super dangereux pour le parti lui même. Il n’a aucun avenir dans une alliance avec le FN. Et chacun le sait. Il lui faut donc préserver ses chances d’alliance avec les libéraux et les centristes désoramis rassemblés par Borloo hors de l’UMP.

Borloo peut espérer tirer son épingle du jeu en 2017 si le candidat de l’UMP est trop ostensiblement droitisé. Car il y aura une primaire à droite. Elle départagera le candidat UMP. Puis elle se mènera devant l’ensemble des électeurs pour désigner le candidat de toute la droite au second tour.

Et Bayrou là dedans ? Une droitisation marquée de la droite pourrait justifier son éloignement de la droite partisane. Pour aller où ? Pour faire cette alliance recherchée avec la droite de la gauche, cette alliance des « bonnes volontés ».

Politique fiction ? A ce jour, oui. Pourtant, cette hypothèse commence à se préparer. Les tensions grandissantes entre le PS et les autres partis de la gauche obligent le pouvoir- déterminé à poursuivre sa politique - à préparer un repli. Cette semaine, Europe Ecologie était dans les manifestations anti-austérité ; Jean-Vincent Placé a exprimé tout haut un malaise et un débat interne aux écologistes sur leur participation au gouvernement ; un maire EELV a conduit une grève de la faim et prononcé des mots très durs à l’endroit du premier ministre. Cette semaine encore les sénateurs communistes ont pour la troisième fois voté contre un projet gouvernemental mais ils l’ont fait cette fois sur un budget essentiel, celui de la protection sociale.

Alors, en catimini, Jean-Luc Benhamais, passé des Verts au Modem, est reçu par un conseiller du Président à l’Élysée. Stéphane Le Foll, un proche de Hollande, le reconnaît : une alliance avec le Modem n’est pas encore d’actualité, mais…

L’évolution de l’UMP pourrait offrir à François Bayrou le prétexte d’une rupture avec la droite. Et le PS pourrait cette fois, saisir l’offre de service.

Lundi 12 novembre

Public calme. Que retenir ? Que François Fillon se présente en alter-égaux du président François Hollande à la différence de Copé renvoyé à l’agitation qui le ravale au rang de chef de parti… C’est assez malin. Ca fait grand homme d’État. Est-ce que ça fait chef de parti ? Affirmant n’avoir "aucune leçon de fermeté à recevoir" ni aucun "complexe" Fillon s’adresse ainsi directement aux militants. Mais il parle aussi à l’opinion de droite : il veut croire qu’à l’UMP comme au PS ou au FN, les adhérents voteront en fonction de ce qu’ils anticipent comme le meilleur choix électoral. 
Retenons aussi que ce soir Fillon a annoncé son engagement dans la campagne pour les municipales à Paris. Il n’a pas dit explicitement qu’il sera tête de liste. Mais l’a laissé entendre. Ce serait un sacré coup de poker. En 2014, Fillon voudra-t-il mettre en jeux son devenir politique, 3 ans avant la présidentielle où il est d’ores et déjà clairement candidat ? 

Il a, à ce propos, annoncé l’organisation d’une primaire ouverte à tous les sympathisants pour désigner le candidat UMP en 2017. 
Ce soir Fillon avait brossé et coupé ses sourcils broussailleux : il a joué le notable rassembleur. "La gauche rêve d’une UMP caricaturale et étriquée, étouffée par le centre et rongée par l’extrême droite (…) En revanche, la gauche craint notre projet d’une UMP crédible et rassembleuse, qui élargit les frontières de son influence politique. »

Dimanche 11 novembre

On ne vous fera pas le coup de la différence de positions politiques entre Copé et Fillon : il n’y en a pas. Juste une posture et un tempo différents pour se démarquer et capter les voix militantes. Fillon et Copé sont d’accords sur l’essentiel : le bilan sarkoziste, la droitisation du discours, le refus d’un accord avec le FN. Si le doute persiste, il suffit pour se convaincre qu’il n’y a pas vraiment de bad boy ou de good boy de regarder leurs soutiens respectifs. Devedjian, Ciotti, Longuet soutiennent Fillon et sont à droite toute. Ils n’ont rien à envier à la bande à Copé.
Les accords de fond n’empêchent pas des désaccords stratégiques ni la violence des attaques entre candidats : la conquête du pouvoir n’est pas une promenade de santé.
La sémillante Roseline Bachelot, soutien indéfectible de François Fillon, a, ce dimanche sur France Inter, montré son talent de tueuse.

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