Accueil > Société | Par Rémi Douat | 1er décembre 2009

Bouclier fiscal. La honte d’une privilégiée

Pas plus de 50% d’impÔt sur le revenu. À mi-mandat de Nicolas Sarkozy, il est temps de se pencher sur le fameux bouclier fiscal que Marithé, une drôle de millionnaire, juge tout simplement... « dégueulasse ».

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Voté en août 2007 dans le cadre de la loi Tepa (1), le bouclier fiscal est l’un des gros morceaux de la politique du gouvernement. Cette mesure qui permet à un contribuable de ne pas verser au fisc plus de 50% de ses revenus au titre des impôts directs est emblématique à plus d’un titre de la séquence politique actuelle. Si pour la gauche le bouclier fiscal incarne assez logiquement un simple cadeau fait aux riches, il sème le doute, et c’est plus troublant, au sein même de la droite. A mi-mandat, le bateau Sarkozy tangue. Imperceptiblement, mais la houle est là. A l’Assemblée nationale, des députés UMP et Nouveau centre ont tenté d’assouplir la mesure. Le recadrage a été immédiat. Le message de Sarkozy : « On ne va tout de même pas revenir sur une promesse de campagne. » Imparable. Jean-François Copé, leur chef à l’Assemblée a dit vouloir préserver « un outil de compétitivité » , le contribuable doré sur tranche. Nous avons rencontré une contribuable tout à fait à l’abri du besoin, qui a bénéficié en 2008 d’une belle largesse de l’administration fiscale. Elle est pourtant très dubitative. Croisée lors d’une mobilisation en soutien aux mal-logés dans le 18e arrondissement de Paris, Marithé raconte qu’elle veut être solidaire quand une injustice lui « saute à la figure » . « Je vois des tentes, des gamins qui ne comprennent rien à ce qui leur arrive, des parents aux abois... Ça me révolte, je reviendrai, comme je me rendais régulièrement rue de la Banque où toutes ces familles devaient dormir dehors. Je me souviens de la venue de Carole Bouquet et de Josiane Balasko. C’est stupide, mais ça m’avait décomplexée. Moi aussi j’ai beaucoup d’argent et moi non plus je ne supporte plus ces injustices. »

Rien en effet ne destinait cette femme de 60 ans, habillée de belles étoffes discrètes, à battre le pavé ce jour-là auprès de militants du DAL et de familles mal logées. « Sauf peut-être mon père, explique l’intéressée, chef d’entreprise gentiment paternaliste, mais surtout partisan après la guerre du Mouvement républicain populaire (2). Il a aiguisé dans la famille un rejet catégorique de l’injustice sociale. » Et que vote Marithé aujourd’hui ? « Sarkozy ? Jamais ! J’ai voté François Bayrou, bien sûr. Mais je ne m’y reconnais plus et aux Européennes, je me suis abstenue. En fait, je suis perdue. La gauche a le goût de l’interdit chez moi, c’est culturel ! Mon mari deviendrait fou » , plaisante-t-elle. Née peu après la guerre dans une famille de « la bonne bourgeoise alsacienne » , elle a été plus encouragée à faire un « beau mariage » que de longues études. Et ce fut fait. Elle n’a pas travaillé mais vit auprès d’un homme qui devint directeur financier d’une (très) grosse entreprise. Son salaire ? Elle l’ignore. Toujours est-il qu’entre ce revenu et les biens du couple, ils entrent dans la catégorie la plus miséreuse des 14 000 grandes fortunes qui ont bénéficié en 2008 du bouclier fiscal. « Pour notre part, nous nous sommes vu restituer près de 20 000 euros » , croit savoir Marithé. « Le plus ironique, c’est que ces 20 000 euros représentent certainement le coût du conseiller fiscal qui nous a obtenu ce retour d’impôts ! » On est loin des 834 contribuables qui ont reçu un chèque de 368 000 euros, mais Marithé a du mal à accepter la situation. « Que vous dire ? Ça me fait du bien d’en parler ! Je trouve ça absurde, dégueulasse. Je sais que nous sommes ultraprivilégiés et j’ai toujours été profondément favorable à l’impôt. Je suis honteuse, même si c’est inutile. Mais le gouvernement pourrait avoir plus honte que moi encore : leur rengaine est toujours la même : s’il n’y avait pas le bouclier fiscal, les riches partiraient tous pour la Suisse. D’abord, je ne suis pas sûre que les privilégiés se caractérisent systématiquement par leur absence de conscience de l’Etat. Ensuite, si la volonté de neutraliser les paradis fiscaux existait, ce serait fait depuis longtemps. Ce que je trouve détestable de la part de Nicolas Sarkozy, c’est de manipuler la notion d’intérêt général pour privilégier une poignée de riches. C’est de l’escroquerie pure et simple. » R.D.

1. Loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat.

2. Le MRP, chrétien et centriste.

Paru dans Regards n°67, décembre 2009

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