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Accueil > politique | Reportage par Pia de Quatrebarbes | 12 avril 2011

C’est quoi pour vous la révolution ?

Alors que les révolutions arabes n’ont pas fini de faire des vagues, c’est la question que nous avons posé à des citoyens français. Réponses entendues à Paris, Cergy et Rouen.

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Cergy (95)

« Du marketing politique »

A 35 ans, Stéphane Jean-Baptiste a repris un MBA
entrepreneur après avoir travaillé dix ans en entreprise.
Selon lui, la révolution, en France, c’est « de la
communication politique
 ». « Besancenot par exemple,
il me fait rire. Je ne suis pas contre lui, mais il a
l’audace de parler de révolution, de vouloir représenter
les ouvriers alors qu’il vit dans le luxe par rapport
à eux. C’est quoi SA solution ? Aujourd’hui, la révolution
est nécessaire en Afrique du Nord pour pouvoir
gagner un peu de démocratie. Mais en France, ce
dont on a besoin c’est d’un dialogue ouvert. Faire
une synthèse de toutes les idées pour mettre en
oeuvre des réformes qui vont contenter un maximum
de personnes, c’est ça la révolution en démocratie.
 »

« Reconquérir ses droits »

A 30 ans, la définition de la révolution selon Chayma,
c’est « essayer de reconquérir ses droits ». Quand
la jeune femme sans emploi pense à la révolution,
des images lui viennent et les mots sortent d’un coup,
en vrac : « peuple en colère, confrontation, désespoir,
fatigue, lassitude, dégoût des politiques
 ». Une chanson
aussi : « la Marseillaise ». Et la figure d’un homme :
« Che Guevara ». A la question : comment faire
la révolution ? Elle répond : « de manière pacifique ».
« Mais parfois, ça a besoin d’être plus “hard”, c’est
ce qui se passe au Maghreb. Certains perdent la vie.
Ce sacrifice vaut le coup si c’est pour que le monde
soit meilleur
. »

« Des représentations et Georges Marchais »

Pour Joël Godard, 57 ans, la révolution c’est « Mai-68
et 1793
 ». « J’avais 15 ans en 1968, l’ambiance était
révolutionnaire, c’était le moment de tous les possibles.
 » « Quant à 1793, l’événement a été réécrit,
alors la révolution c’est autant les représentations
qu’on s’en est faites que le phénomène en lui-même.
Donc 1793, c’est quelle révolution ? Celle d’Albert
Soboul (historien marxiste pour qui la révolution est
d’abord une révolte des masses populaires, ndlr) ou
celle de François Furet
(historien pour qui elle n’était
pas nécessaire ou inévitable, c’est celle des élites qui
aurait “dérapé” en 1793, ndlr) ? » Et pour quel bilan ?
« J’ai envie de dire globalement positif, c’est comme
ça que disait Georges Marchais pour l’URSS.
 »

Paris (75)

« Le peuple uni dans une même cause »

Pour Chloé Derville, 24 ans, danseuse, la révolution
c’est « 1789 ». « Notre révolution, on l’a déjà faite. On
n’en est plus à ce stade. En Tunisie, en Libye, ils font
comme nous en 1789, ils se libèrent de leur joug.
 »
Pour la France, la révolution, ce n’est pas la solution ?
« Non, parce qu’une révolution, c’est le peuple uni
dans une même cause. Et en France, ça ne marcherait
pas, on n’est plus unis. Notre pays a changé, il y
a 15 000 cultures différentes, ce qui est vraiment enrichissant.
Mais se battre pour la France, il y a des gens
pour qui ça ne voudrait rien dire. (…) Je crois qu’on
a oublié ce que voulait dire la révolution.
 » Pourtant,
« si Marine Le Pen est élue, la révolution, je la ferai ».

« La révolte confisquée »

Selon Stéphane Pouillot, 37 ans, fonctionnaire aux
douanes, la révolution a « de beaux jours devant elle
et fort heureusement
 ». « Car partout où il y a un
régime oppressif politiquement et économiquement,
il y aura des révolutions. (…) La révolution vient
toujours des classes populaires mais elle est toujours
confisquée. En France, elle a été confisquée par les
bourgeois. Même à Cuba, l’île s’ouvre au capitalisme.
 »
Et aujourd’hui ? « La révolution était une spécificité
française. Aujourd’hui, les Français sont toujours
révolutionnaires, mais il ne faut pas qu’on touche
à leur portefeuille. Ils sont trop frileux, sans doute
parce que le pouvoir en place les oppose les uns aux
autres, les fonctionnaires contre les salariés du privé
par exemple. Il empêche l’union pour une révolution.
 »

« La guerre d’indépendance »

Claire Van Poperin est américaine, de Detroit (Michigan).
Elle étudie en France depuis trois ans. Dans l’esprit de
la jeune fille de 27 ans, la révolution, « c’est la guerre ».
« Ce sont les premières images qui me viennent.
Sans doute parce que je suis américaine, et que pour
moi, la référence, c’est la guerre d’indépendance,
l’acte fondateur des Etats-Unis.
 ». « Dans mon pays,
on considère que grâce à cette première révolution
tout le monde est déjà libre, on n’a donc plus besoin
de révolution, même si la société est inégalitaire et le
pays divisé. Les Français sont plus “révolutionnaires”,
ils manifestent beaucoup, font valoir leurs droits.
La révolution n’est pas toujours bonne pourtant, il y a
un autre ordre qui s’établit après, mais lequel ?
 »

Rouen (76)

« La peur »

Pour Françoise Haas, 59 ans, intérimaire « ouvrière »,
comme elle se définit, la révolution, c’est la « guerre,
des images terribles comme celles qu’on voit
en Libye. ça me fait peur. Derrière l’idée de liberté,
j’ai l’impression que c’est parfois plus des règlements
de compte.
 » Pourtant, elle en a conscience, « là-bas,
ce sont des opprimés qui n’ont aucun droit. Ils sont
obligés d’en passer par là pour se faire entendre.
 »
« J’ai peur que ça arrive en France. ça me fiche
la trouille. Je me souviens de Mai-68, j’avais 17 ans.
Mais la vie est de plus en plus dure, l’essence
augmente. Certains s’en mettent plein les poches
et les politiques ne font rien, Sarkozy nous endort.
On aurait peut-être besoin d’une bonne révolution !
 »

« Le rêve et l’évolution »

Jean-Luc a 17 ans, un look punk, et beaucoup d’idées
sur ce qu’il voudrait d’une révolution. « Pour moi,
la révolution est l’association des mots rêve et
évolution. C’est un changement pour mettre en place
une utopie, qui devrait vraiment réconcilier liberté
et égalité. Ce sont des choses qu’on arrive rarement
à lier ensemble. Car quand on gagne en liberté,
on perd en égalité et quand on est égaux, on est
moins libres
 », dénonce lycéen. « La révolution,
c’est toujours nécessaire. J’ai l’impression qu’on
s’enfonce toujours plus. On est passif devant ce qui
se passe, on se rend moins compte des choses.
Nous nous créons des besoins, on nous fait croire
que tous les gadgets qu’on a nous rendront heureux.
ça serait le moment de faire cette révolution.
 »

« S’indigner de l’exploitation de
l’être humain par un autre »

Retraitée de l’éducation nationale, Nelly Lecomte,
64 ans, n’a pas sa langue dans sa poche. « La révolution,
c’est s’indigner de l’exploitation de l’être humain
par d’autres et dans ce domaine, il y a des coups
de pieds qui se perdent.
 ». « C’est d’abord dans les
mentalités qu’elle devrait se faire. On est dans une
société où l’individualisme est encouragé. Les gens
ont le nez dans l’Internet et leur i-Phone, il faut les
bouger pour qu’ils s’unissent. La solidarité, c’est fini.
On est peut-être en fin de civilisation. Mais ce n’est
pas désespéré, il y aura toujours un sursaut dans
le peuple pour repartir et refaire une révolution.
 »

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