Accueil > économie | Par Jackie Viruega | 1er novembre 1999

Capitalisme, petit lexique

Entretien avec Jean Magniadas

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1.Tout changer pour que demeure la domination capitaliste.

Le capitalisme s’est toujours développé de manière non linéaire et sous des formes politiques différentes. Ses mutations contemporaines sont d’ampleur remarquable ; son essence reste cependant identique et commune à tous les systèmes se réclamant du capitalisme : l’exploitation, l’aliénation et la domination. Les transformations du capitalisme ne sont pas compréhensibles en dehors de sa recherche d’une issue à sa crise sytémique et dans un contexte mondial de mutations accélérées. C’est bien à une nouvelle donne que le capitalisme tente de répondre. Les destructions auxquelles il se livre ne le sont que dans un but de reconstruction élargie de sa domination. Les concentrations, qui n’excluent pas des séparations ultérieures par vente et rachat d’entreprises et de branches d’activité, dictées par la captation des technologies, concernent notamment la chimie, l’électronique (le vivant, les matériaux et l’informatique sont le coeur des mutations en cours) et les banques. Ce mouvement de restructuration se manifeste par des alliances et des mises en concurrence : couple infernal où prévalent tantôt les unes, tantôt les autres. Ce processus s’auto-entretient et se diffuse. Les changements font pression sur les autres entreprises, sous-traitantes ou non, et sur l’économie mondiale ou régionale, même quand ils ont lieu dans un cadre national. La fusion BNP-Paribas modifie l’équilibre bancaire et entraînera une réplique d’autres pays européens.

2. Les Etats dans la guerre économique

Le libéralisme n’est pas un terme très pertinent d’un point de vue conceptuel : il s’agit plutôt d’un libéral-étatisme. Les Etats (les plus petits Etats se trouvent certes plus démunis) ont la capacité de substituer des formes de régulation à d’autres, notamment en favorisant l’extension des firmes hégémoniques et en attirant des capitaux étrangers. La hiérarchie des puissances s’en trouve modifiée. La configuration actuelle met surtout en jeu les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, avec d’autres Etats. La coïncidence ou non de la guerre économique avec les frontières nationales dépend des rapports de force, des groupes existants et de leurs stratégies (recherche d’une organisation nouvelle à l’échelle mondiale ou combinaison d’alliances pour trouver des débouchés internationaux).

3. Les acteurs internationaux : extension du domaine de la lutte

Les grandes organisations interétatiques, notamment la Banque mondiale, le FMI, l’OMC aident puissamment ces restructurations. Elles sont des vecteurs actifs de l’élaboration d’une "gouvernance mondiale" au profit du grand capital, dont on a vu les prolégomènes avec l’AMI. Ses objectifs risquent de réapparaître dans le prochain cycle de l’OMC à Seattle. La sphère du capitalisme entend s’étendre à des domaines comme l’eau, l’air, etc., et à des activités qui ne lui étaient plus tout à fait soumises : la Sécurité sociale, le service public, les mutuelles.Cette mondialisation délaisse la plus grande partie de l’humanité. Les capitaux s’investissent peu dans les pays pauvres, où le niveau de vie reste extrêmement bas. Cela ne signifie pas que les multinationales ne s’intéressent pas à ces pays, mais elles ne le font pas pour aider leur développement. Ces grands déséquilibres mondiaux créent des tensions graves pour l’avenir.

4. Le lifting de l’actionnariat populaire ou l’épargne captive

L’actionnariat populaire n’a rien de nouveau mais certains postulent qu’il sera le capitalisme de demain. Qu’est-ce, au juste ? Une voie de captation de l’épargne populaire. Le but est de drainer des capitaux additionnels, d’en faire une épargne captive et même obligatoire, par la loi ou par les conventions collectives, ou par le recours aux institutions financières (1) par la diminution de la protection sociale et la pression sur la consommation. Faut-il se rationner pour avoir une retraite ? Et laquelle ? La retraite par répartition a été introduite en France après l’effondrement des systèmes de capitalisation d’entreprises. La Bourse est pour l’instant dopée par les OPE et les OPA mais rien n’exclut un nouveau krach !Autre danger : à l’intérieur de l’entreprise, certains auront des droits plus étendus que d’autres, en fonction des actions détenues, d’où le risque de fractionnement du salariat. Le droit d’un petit porteur n’est rien. Les gros actionnaires, surtout les "zinzins", contrôlent les entreprises et en dictent la stratégie, en poussant à la rentabilité financière. Un petit groupe a tout pouvoir sur un capital qui ne lui appartient pas et qu’il gère sans consultation.

5Les stocks options

Les cadres dirigeants ont toujours possédé des actions. Ils reçoivent aujourd’hui des paquets d’actions à bon compte, qui forment un capital non négligeable. Le but essentiel est de contribuer à la transformation de la culture et des pratiques du management. Il s’agit de pousser à la financiarisation, et à son corollaire l’exploitation, en intéressant le haut encadrement. Quand le revenu et le capital dépendent du cours de l’action et sont plus importants que le salaire, cela a des effets sur la vocation de développement des managers... Autre avantage : on peut s’en débarrasser plus aisément...L’histoire n’a pas toujours été celle du capitalisme. Elle n’en est pas la fin. Pour les anticapitalistes, elle implique l’inscription de leurs combats dans un projet radical de transformation. n ENTRETIEN REALISE

* Economiste.

1. Banques, assurances, fonds de pensions, SICAV et autres investisseurs institutionnels, dits "zinzins".

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