Accueil > politique | Par Catherine Tricot | 11 décembre 2006

Catherine Tricot livre son analyse des difficultés rencontrées par le mouvement antilibéral au terme d’un week-end agité

Week-end très difficile pour les militants anti-libéraux. Nous espérions dégager un candidat qui fasse consensus entre les différentes sensibilités et les collectifs locaux. Et nous voilà repartis pour un tour. C’est mieux que l’explosion mais avouons que c’est décevant. Ce semi-échec était-il prévisible ?

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A mon sens oui pour des raisons qui ne sont pas, comme c’est trop souvent dit et écrit, des raisons boutiquières.

Le première cause de cet échec qui en a surpris beaucoup, est liée à ce qui fut trop souvent sous-estimé : la politique est plus qu’un programme. C’est une culture, un style, des mots. Il est évidemment possible de s’entendre sur un programme. Mais, contrairement à la technocratie, la politique fait lien et doit signifier les choix humains possibles. Pour rassembler et entraîner, elle s’incarne dans des personnes et des symboles. Le choix du candidat dessine un type de campagne. Même collective, cette campagne aura une coloration qui tient à la personnalité du candidat(e). Et c’est tant mieux.

Nous, les citoyens, les militants, les candidats, ne sommes pas des supports d’idées, nous fabriquons des idées. Une candidature anonyme, collective, derrière laquelle aucune personnalité n’apparaîtrait serait grise et peu en phase avec notre époque qui cherche à concilier épanouissement des individus et cohésion sociale. Donc, choisir un candidat n’est pas un choix second. C’est un choix éminemment politique qui va donner un sens à notre combat politique au-delà des mots eux-mêmes.

Les trois candidats finalement en lisse, Clémentine Autain, Marie-George Buffet, Yves Salesse, sont d’ailleurs davantage porteurs de culture différentes que de propos différents. Les uns et les autres ne disent pas des choses très éloignées, mais ils représentent des formes politiques aux contours assez sensiblement différents. Cela fait partie du choix que les anti-libéraux sont en demeure de faire. Quelle histoire, quelle tradition, quel futur peuvent-ils le plus porter vers l’avant ?

La seconde raison est, elle, plus immédiatement politique. Il s’agit du débat qui a fait rage ces deux jours sur la notion de consensus et de majorité. Marie-George Buffet a raison de dire qu’elle est choisie par la majorité des collectifs et de ses membres. Personne n’en a été surpris ni ne le conteste. Cela reflète l’implication en grand nombre de communistes dans les comités, même s’il n’y a pas d’automaticité avec le choix de Marie-Georges Buffet.

Ce qui est en cause, c’est la pertinence, dans notre choix, du fonctionnement à la majorité. La majorité ne fait pas suffisamment droit aux différentes sensibilités dans un mouvement en cours de création. Le fonctionnement majoritaire permet dans une société d’arbitrer entre des intérêts contradictoires. Il est donc nécessaire. Mais pour ce qui concerne les enjeux supérieurs, la règle majoritaire ne peut s’appliquer. On le voit quant il s’agit de définir les constitutions ou les statuts des organisations : la majorité qualifiée est souvent des deux tiers. Quant il s’agit d’enjeux comme le réchauffement de la planète, la majorité ne peut s’appliquer. Seul l’accord de tous les Etats et de tous les peuples permettra de stopper la catastrophe. On n’imposera pas de solutions aux Américains, aux Chinois ni aux autres : leur adhésion à l’objectif est nécessaire.

Dans le question qui nous concerne, il n’y a pas de possibilité de lier les différents courants de pensée à une décision majoritaire. Chacun conserve la liberté d’être ou non partie prenante du mouvement. Seule une solution qui recueille le consensus peut préserver le cadre commun. Le consensus n’est pas l’accord de tous sur tout, mais l’accord acceptable par tous : une base qui ne heurte pas les convictions ni la sensibilité des uns ou des autres.

Faire campagne derrière une figure qui est identifiée au PCF est manifestement difficile pour des militants venus d’autres horizons. Il faut donc trouver une solution qui soit comme nous l’écrivions dès juin dans Regards « écolo-féministo-coco- trostko- alter compatible ». Passer de la culture majoritaire qui est celle des primaires, des arbitrages dans les sociétés et dans les partis à cette nouvelle manière, celle du consensus, est difficile. Le consensus n’est pas une méthode universelle. Mais il s’impose dans les choix qui engagent l’avenir d’un mouvement naissant comme le nôtre. C’est encore possible. Et nous aurons un candidat unitaire pour une campagne collective.

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