Accueil > idées/culture | Par Marie Nossereau | 1er février 2007

Ce soir (ou jamais !)

Veilles culturelles

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Enfin, la voilà, l’émission de débats intelligente et nuancée, où les invités s’écoutent, se contredisent parfois, mais avec calme et circonspection, et seulement pour faire jouer des arguments sensés. Enfin la voilà, l’émission qui manquait tant au PAF. Ce soir (ou jamais !), présenté par Frédéric Taddéi, est en passe de devenir un rendez-vous incontournable.

Et l’audience le prouve. L’émission, qui a décollé en douceur, aurait d’ores et déjà atteint les objectifs (entre 10 et 12 %) fixés entre le présentateur et France Télévision : seulement 7,3 % de part d’audience (505 000 téléspectateurs) pour sa première diffusion le 25 septembre dernier, mais 10,1 % (1,7 million de téléspectateurs) pour les derniers opus de l’année 2006. Un score à faire pâlir d’envie Guillaume Durand et ses Esprits libres (tous les vendredis sur France 2). Ce soir (ou jamais !) n’a pas mis plus de quelques semaines à trouver son public, convertir les plus réticents et s’imposer comme l’émission culturelle à ne pas rater.

Le pari de Frédéric Taddéi était pourtant osé. « Nous voulons proposer un magazine grand public, moderne et accessible, à la fois dans sa forme, sa liberté de ton et son esprit. Alors que la plupart des émissions sont prisonnières de l’actualité culturelle, nous voulons proposer un magazine différent, sortant des sentiers de la promotion classique », expliquait récemment Taddéi. Pas de promo dans une émission culturelle quotidienne et en direct ? Une gageure. Et jusqu’ici, l’équipe de Ce soir (ou jamais !) a tenu bon.

C’est un peu, il faut dire, la marotte de Taddéi. L’ancien chroniqueur de Nulle part ailleurs et présentateur de Paris Dernière rêve depuis toujours de réconcilier les émissions culturelles et le grand public, « sans pour autant, précise-t-il, désintéresser le public captif, consommateur de livres, passionné de cinéma, de musique ou d’art. Cela oblige à prendre des chemins différents, à sortir du schéma classique ».

Résultat sur le plateau : dans une ambiance lounge (un peu parisianiste quand même), les invités conversent (la plupart du temps) aimablement, entre deux gorgées de champagne. Derrière eux, le public est dissipé. Ça discute, ça commente, ça bouge, ça rigole et parfois ça fait tomber un verre. Le public, justement, un véritable casse-tête pour la production. Comment en effet trouver tous les soirs la grosse cinquantaine de personnes qui va remplir le plateau, de 23 heures à plus de minuit ? Pas facile. Car ici, pas (encore) de faux public, pas de charmantes hôtesses payées pour garnir les rangs comme dans les émissions d’Ardisson, par exemple. De vrais gens. Alors il faut faire la chasse. Si vous avez assisté une fois à l’émission, vous serez rappelé et réinvité, très régulièrement, par les assistants de production. Voilà pour la petite histoire.

Les invités, eux, toujours de qualité, ne semblent pas rechigner, malgré l’heure tardive, à venir participer à ces débats de haute tenue. Les thèmes abordés sont simples (la violence faite aux femmes, la Chine, l’érotisme et la nourriture, la révolution génétique, la nouvelle campagne du FN, l’Iran et même... la Star Academy ou l’élection de Miss France !) et les invités pas forcément célèbres mais toujours très affûtés sur leur sujet. Philosophes, généticiens, écrivains, dessinateurs, cinéastes, sociologues, essayistes, profs n’ont pas forcément une œuvre à vendre. Et pourtant... ils sont là. Taddéi, lui, plutôt habitué à des interviews intimistes, se révèle un excellent animateur. Avec talent, il crée l’échange entre les invités, sait intervenir quand il le faut, laisser parler quand le débat s’installe.

Difficile d’imposer une émission culturelle à la télé, mais quand c’est une quotidienne, en direct et en deuxième partie de soirée, vous imaginez. Elles sont nombreuses, malgré leurs qualités et leur intelligence, à être devenues des rendez-vous prétextes, la bonne conscience du service public (pas la peine ici d’évoquer la place de la culture sur les chaînes privées), qui, vers minuit quand même, accepte, à la limite, d’avoir l’œil un peu moins fixé sur l’audimat. Mais les horaires tardifs, s’ils laissent plus de liberté, font parfois « rater l’essentiel », regrettait il y a peu Philippe Lefait, le présentateur du magazine culturel de la rédaction de France 2 Des mots de minuit. L’essentiel : « offrir au grand public, celui qui dort depuis longtemps quand j’ai à peine dit bonsoir, le choix de ce programme », poursuivait-il. Espérons que Frédéric Taddéi et toute son équipe réussissent, cette fois, à tenir ce « grand public » éveillé. Parce que la culture à la télé, c’est ce soir... ou jamais.

Ce soir (ou jamais !), du lundi au jeudi, en deuxième partie de soirée sur France 3

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