Accueil > politique | Par | 1er décembre 2006

Chères Clémentine, Marie-George, Ségolène, Arlette, Dominique, Hélène...

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Par Ivan Sigg (artiste peintre et écrivain).

Chère Présidente,

Je m’adresse à toi avec les outils du peintre/écrivain, avec le regard décalé de celui qui veut donner à voir ce qu’on ne voit plus.

Te définir contre ou anti ou par rapport ou à gauche de, c’est figer ton regard. C’est déjà ne plus être en mouvement. Or pour être entendu il faut être dans la vie, c’est-à-dire dans le mouvement qui est partout, en nous et autour de nous.

« Tant que nous luttons contre une chose, nous lui donnons plein pouvoir sur nous-même, autant de pouvoir que celui que l’on utilise pour lutter contre elle. » Les arts martiaux, la création artistique, la psychanalyse et le sage éveillé nous enseignent la même chose : toujours être en mouvement pour ne pas donner prise, pour que rien ne se pétrifie ou même se brise. Faire de « l’ennemi », de la contrainte ou de l’accident, un tremplin, une chance d’évolution.

Donc, ne pas donner prise au libéralisme en te disant antilibérale car alors, c’est ce système qui t’agit. Toutes tes actions découlent de son fonctionnement, et ton libre-arbitre se sclérose. Le capitalisme n’est pas ton ennemi. Observe-le bien. Il fait partie de la solution. Nous sommes le système. Observons-nous bien. Nous sommes notre propre ennemi.

« Qu’est-ce qui nous relie ? »

Ce n’est pas « le combat », « la radicalité », « l’antilibéralisme », « la misère », « l’altermondialisme », « l’écologie », « le communisme » ou « le socialisme ». Ce qui nous relie, c’est notre condition humaine, notre langage, nos désirs, notre imaginaire, notre capacité à nous étonner, nos émotions, nos colères, notre quotidien, nos rires, nos pleurs, notre capacité à nous représenter, notre passé.

Qu’est-ce qui nous rassemble autour de toi, madame la Présidente ? C’est la nécessité de remettre en mouvement ce qui s’est figé : notre langage, notre regard et notre désir.

« Etre jeune et femme » est au contraire un programme révolutionnaire en France aujourd’hui !

« L’individu ne doit pas se mettre en avant tout en ne disparaissant pas au profit du collectif » ? Plus on exprime l’essence intime de l’être plus on touche à ce qui nous fait ou nous relie tous. Alors offre-nous ton originalité, ton humour, ta personnalité vivante. Parle-nous uniquement avec ta richesse intérieure, avec un « Je » fort de tous les « Je ».

Est-ce le libéralisme qui nous aliène, comme tu le dis ? Non, c’est notre ignorance, nos manques, nos aveuglements, nos croyances, notre désir de pouvoir, nos pulsions de mort, nos pulsions sexuelles.

Es-tu prête à changer de paradigme ? Ce ne serait pas changer les mots pour en prendre d’autres.

Ce serait écouter les mots des jeunes, des femmes, des étrangers, des sages, des anciens pour porter et diffuser cette parole. Si les gens se sentent écoutés, ils modifieront leur attitude et pourront alors renaître à eux-mêmes et à la citoyenneté.

Alors plutôt qu’un combat je te suggère d’initier une subversion joyeuse, un réémerveillement du réel.

Ce serait là une vraie révolution. Elle est à faire maintenant car elle deviendra impossible lorsque tu seras prise en tenaille entre les attentes des militants et les contraintes du pouvoir.

Madame la Présidente, auras-tu l’audace d’annoncer « Je ne veux pas changer les choses, je veux les comprendre. Je ne veux pas vous changer, je veux vous écouter. Je ne veux pas changer le système économique qui régit nos échanges, je veux le comprendre. » Ce serait une attitude inédite et révolutionnaire.

Changer le monde ? Pourquoi ne pas commencer par se changer soi-même ? Comment ? Par l’observation et la compréhension. Sans juger, sous peine de ne pas saisir la complexité du mouvement des choses. On ne peut pas comprendre ce que l’on approuve ou désapprouve. Il s’agit de dire ce que l’on voit sans le moindre désir de changer ce qui est. Le jour où l’on est capable d’adopter cette attitude, le changement se produit de lui-même, nul besoin de le susciter.

Voilà. Si tu partages cet état d’esprit, alors tu es ma présidente. Sinon, je retourne à ma peinture et mon écriture qui auront plus de chance de déciller les regards que toutes les « politiques » déjà vues.

Artistiquement vôtre. I.S.

Le jésuite indien, psychothérapeute et philosophe, Anthony de Mello (1931-1987) m’a aidé à éclaircir ma pensée pour t’écrire cette lettre.

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