Accueil > politique | Par Catherine Tricot | 1er janvier 2007

Collectifs antilibéraux : la grande désillusion

Les militants antilibéraux ont passé de tristes fêtes de fin d’année. Alors que la mécanique de rassemblement se relançait, la rupture semble être désormais consommée. Retour sur un échec. Provisoire ?

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C’était une construction politique nouvelle : le PCF et toutes les forces qui avaient fait le succès du « non » au référendum se retrouvaient dès le mois de mai pour affirmer leur volonté de construire une stratégie, un programme et des candidatures communes aux élections présidentielle et législatives de 2007. Autour de la table se sont assis les communistes, des altermondialistes comme José Bové, les socialistes de gauche du PRS, les minoritaires (environ 40 %) et les majoritaires de la LCR, les alter-écolo, les républicains de gauche, Alternative citoyenne... Et des militants associatifs, des féministes, des objecteurs de croissance, des acteurs de la vie intellectuelle, etc.

Jusqu’en octobre tout allait relativement bien. Une orientation stratégique commune est adoptée en septembre. Tout le monde affirme l’ambition de faire gagner les idées antilibérales à gauche et assure ne pas vouloir participer à un gouvernement dominé par le social-libéralisme. Dans ce premier débat est écarté le refus systématique de toute alliance avec le Parti socialiste au niveau local. La Ligue en prend prétexte pour quitter son rôle d’observateur, se retire officiellement et annonce la candidature de Besancenot. Isolée, l’organisation de Krivine cristallise le débat autour de la notion des « deux gauches », étanches l’une à l’autre. Les autres forces parlent, quant à elles, de « deux orientations à gauche » et ne rejettent pas le travail commun dans les luttes et les exécutifs locaux.

Sans la majorité de la Ligue, le travail sur le programme reprend... et parvient même à surmonter le récif du nucléaire. Sur ce sujet, le risque d’un éclatement était grand entre les différentes composantes du mouvement. La recherche d’un accord acceptable par tous à prévalu et débouche sur la proposition d’un référendum sur l’ensemble de la politique énergétique. L’adoption du programme et de 125 propositions marque une étape politique importante et installe un climat de confiance entre tous les partenaires. Le PCF, bien que force politique dominante du rassemblement, n’a pas cherché à imposer son point de vue sur le nucléaire. Il a joué le jeu du consensus qui tend à devenir la règle de fonctionnement dans les organisations larges, que ce soit les forums sociaux, la fondation Copernic ou le collectif national pour les droits des femmes. Une nouvelle culture est-elle en train de naître substituant au rapport de force majoritaire la recherche partagée d’un large accord ?

Un nom pour le bulletin

Vient alors le débat sur les candidatures. Officiellement tout le monde assurait qu’il ne saurait être le point de blocage. Toutes les forces ne récusaient-elles pas le caractère présidentialiste des institutions ? Chacun voulait « jouer collectif ». Mais il fallait quand même choisir un nom pour le bulletin. Dans une primaire sans règles claires (le mouvement n’est pas un parti et il est naissant), plusieurs candidats se sont déclarés. Chacun a choisi sa façon de se faire connaître. Marie-George Buffet a bénéficié de sa stature nationale et de l’engagement du parti communiste derrière son nom, Yves Salesse de son crédit intellectuel et de son implantation dans les collectifs, Clémentine Autain de la nouveauté de son « profil politique », de son impact médiatique et de l’affluence sur son blog, José Bové de son charisme et de sa notoriété, Patrick Braouezec de son aura en particulier dans les quartiers populaires. A l’arrivée, les collectifs ont voté selon des méthodes souvent assez libres, rendant difficile la lecture des résultats. Il en ressortait, sans surprise, que la candidature portée par les militants communistes était largement en tête, suivie de Clémentine Autain puis d’Yves Salesse.

Une fracture douloureuse

Les problèmes commencent alors. La candidature arrivée en tête, celle de Marie-George Buffet, ne fait pas consensus. Ni à l’intérieur des collectifs où les crispations ont souvent été très vives sur ce point, ni entre les forces politiques des collectifs. Celles-ci ont toutes affirmé ne pas vouloir, ne pas pouvoir faire la campagne de celle qui incarne aux yeux de l’opinion le Parti communiste et dont l’image partisane a été renforcée par le mode de désignation interne du PCF. La fracture était palpable, douloureuse, lors du rendez-vous national des 9 et 10 décembre à Saint-Ouen : une salle divisée en deux dans laquelle une partie exigeait l’unité en direction des partisans de Marie-George Buffet. Cet affrontement a blessé assurément les communistes présents, comme ceux qui étaient derrière leur écran de télévision et qui se sont sentis agressés tout autant.

Le climat de méfiance, la crispation n’ont alors cessé de s’amplifier. Les uns arguant de leur bon droit, puisque la secrétaire nationale du PCF est ressortie majoritaire dans les collectifs, les autres rappelant que la règle acceptée par tous était celle du consensus dans les collectifs et parmi les organisations. Une ultime tentative de conciliation a été tentée : proposer la candidature de Francis Wurtz. Cette proposition a été faite par des dirigeants communistes aux différentes forces du mouvement qui toutes, jusqu’à José Bové et Raoul-Marc Jennar, ont accepté de rediscuter sur cette base. Pourquoi la direction du parti a-t-elle finalement décidé de ne pas poursuivre dans cette voie ? Officiellement, en expliquant que cette proposition était « offensante », dès l’instant où les communistes n’avaient pas proposé Marie-George Buffet pour leur propre intérêt mais pour celui de la cause commune. En tout cas, la confusion est totale et la division menace les rangs mêmes du PCF.

Vive tension au parti communiste

C’est peut-être une des crises les plus graves de ces dernières décennies que s’apprête à vivre le Parti communiste français. Une forte minorité des communistes impute l’échec du rassemblement antilibéral au maintien coûte que coûte de la candidature de la secrétaire nationale. Ils se sont manifestés par de nombreux textes, pétitions, et lors de la consultation interne au PCF le 20 décembre (1).

L’option de la candidature de Marie-George Buffet s’est imposée jour après jour, tract et affiche après tract et affiche, sans avoir fait l’objet d’un débat formel de direction. Jusqu’à ce jour de novembre où un bulletin de vote permit à 96 % des communistes de « proposer la candidature de Marie-George Buffet pour le rassemblement antilibéral ». Chacun a voulu retenir ce qui l’arrange. Les communistes investis dans les collectifs qui se doutaient de l’impossibilité d’un consensus autour d’une telle proposition ont voulu retenir qu’il ne s’agissait que d’une proposition. Les communistes ouvertement hostiles à la stratégie de rassemblement antilibéral ont voté, eux, pour la candidature de la secrétaire nationale du PCF parce que ce geste leur paraissait un tremplin pour une candidature du PCF ès qualité.

Ce vote unanime au sein d’un parti divisé a révélé l’ampleur des débats esquivés ces dernières années. Cela fait longtemps que les bases du commun communiste ne sont plus si fermement établies. Tout le monde reste dans la maison parce que chacun se sent l’héritier d’une tradition. Mais l’avenir de ce passé n’a jamais été franchement dessiné. Après l’échec de l’expérience socialiste puis le grave revers de Robert Hue en 2002 (3,37 % à l’élection présidentielle), Marie-George Buffet a eu l’obsession d’éviter l’affrontement et les divisions. Au prix d’un certain pragmatisme sur les options stratégiques, d’autres diront d’un certain flou. Assurer une candidature communiste comme candidature du rassemblement antilibéral était censé concilier ce qui, au total, s’est avéré inconciliable.

Au final, Marie-George ne sera pas la candidate du mouvement antilibéral et beaucoup à l’extérieur commencent à en faire le reproche aux communistes. L’émotion n’est pas moindre à l’intérieur du parti. La direction veut donner une base statutaire à ses choix en consultant les communistes sur le maintien ou non d’une candidature de Marie-George Buffet. Mais le choix de direction provoque déjà des départs ou des retraits, comme celui de six membres de l’exécutif communiste qui ont démissionné de leurs fonctions (2). Quelles seront les conséquences du choix officiel ? La direction parie sur la dynamique électorale qu’elle attend des comités antilibéraux ayant retenu majoritairement la candidature de la secrétaire nationale. Les militants et responsables critiques redoutent le choc électoral de la présidentielle et ses conséquences en chaîne sur l’implantation locale du communisme français. Dans tous les cas, avis de tempête ! C.T.

 [1] [2]Paru dans Regards n° 36, Janvier 2007

Notes

[11. Les militants communistes ont confirmé à 81,05% la candidature de leur secrétaire nationale Marie-George Buffet.

[22. Frédérick Genevée, Roger Martelli, Fernanda Marrucchelli, Isabelle Lorand, Pierre Zarka, Malika Zediri.

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