Accueil > Société | Par Jackie Viruega | 1er octobre 1999

Combattre le mode consumériste qui structure la ville

Entretien avec Francis Rol-Tanguy

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Voir aussi Les Assises des NanterriensLa loi en cours d’élaboration : véritable travail interministériel : mettra en perspective les différents éléments de la politique de la ville.

Quand sera votée la loi sur la ville qui est en cours de préparation et à laquelle vous travaillez ?

Francis Rol-Tanguy : Elle sera prête dès janvier. Elle viendra en discussion au Parlement au cours du premier semestre 2000. Elle reflète deux ans de travail dans les différents domaines qui concernent la ville : l’urbanisme, l’habitat, les déplacements. Elle permettra une approche plus globale des sujets urbains, et sans opposition au monde rural. Son orientation est conforme aux grandes lignes des réponses de la consultation "habiter, se déplacer, vivre la ville" (voir article), les mêmes qui ressortent de tous les sondages, et qui se caractérisent par une forte demande de sécurité et de lien social.

Les citadins considèrent la reconstruction du lien social comme une garantie de sécurité. Alors, bien sûr, le lien social ne se décrète pas ; et la loi n’est pas non plus la seule expression d’une politique. Mais l’existence de cette loi-ci remettra en perspective les différents éléments de la politique de la ville. De plus, elle en fera débattre la représentation nationale, devant laquelle plusieurs ministres interviendront.

Justement, comment cette loi s’articulera-t-elle aux mesures déjà existantes dans ce domaine ?

F.R.-T. : Elle s’inscrit dans le cadre général du travail gouvernemental : la loi Voynet sur l’aménagement du territoire, la loi Chevènement sur les agglomérations, les interventions du ministère des de l’Equipement, des Transports et du logement, du secrétariat d’Etat au Logement, du ministère de la Ville. Elle sera, par exemple, contingente des politiques de déplacements dans les agglomérations. Il s’agit bien d’un travail interministériel.

On peut en effet mesurer aujourd’hui les limites de l’exercice que constitue la réglementation d’un champ donné, séparément des autres. La loi mettra en cohérence les dispositions législatives et réglementaires mises en place depuis vingt ans, par exemple, la loi sur le logement de 1977, la loi sur les transports de 1982, les lois sur le logement de 1989 et 1991, la loi sur la ville de 1991, la loi sur l’air de 1997.

Il est souvent question de logement social pour fabriquer de la mixité sociale. Est-ce une garantie que "les milieux sociaux et les générations puissent être mélangés dans les quartiers"selon les voeux d’une majorité de citadins ?

F.R.-T. : La mixité sociale ne dépend pas seulement du logement social. L’idéal serait la coexistence, dans le même lieu, des différents types d’habitat, ou, au moins, la diversité de l’habitat, à l’échelle du quartier, de la commune, de l’agglomération. Commençons aujourd’hui, parce qu’il faut du temps avant que change le statut d’un logement. Et faisons-le en liaison avec les services urbains et les moyens de transport.

Autre élément de lien social souvent cité, le service public. Qu’en pensez-vous ?

F.R.-T. : Le service public ne fera pas tout. Comment demander aux seuls agents des services publics de remplacer la prise en charge de la vie urbaine par les habitants eux-mêmes ? Ce qui se fera sera l’oeuvre des habitants. Mais une initiative politique est indispensable pour faire évoluer les choses dans ce domaine, car les risques d’explosion existent, à cause de l’aggravation des problèmes. Un changement est cependant perceptible : une prise de conscience nouvelle, une évolution positive des citoyens. Ils estiment avoir une responsabilité individuelle.

Ils contestent, par exemple, la trop grande place de la voiture en ville et utilisent donc de plus en plus les transports en commun et le vélo. La loi apportera à ce problème aigu des solutions pour le partage de la voirie, pour un meilleur équilibre entre les modes de transport.

Et que fera-t-elle pour contrebalancer les méfaits de l’éclatement géographique urbain qui a notamment pour conséquence de dévitaliser les centres-villes ?

F.R.-T. : Le "zoning" est largement déterminé par les politiques de déplacement. Il est en partie lié au transport routier dont la souplesse permet une diffusion large et l’usage de terrains hors des villes. L’existence de zones urbaines aux fonctions séparées provient aussi de la croyance que le problème des déplacements serait réglé par la voiture. Ce n’est pas le cas, on le mesure aujourd’hui. Les centre-villes perdent de leur pouvoir d’attraction, de leur capacité économique et aussi de leur richesse sociale par l’éviction des couches populaires. Même leur réhabilitation peut les transformer en musées.

Cependant, la ville multipolaire existe et on ne pourra, à mon avis, opérer de retour en arrière. Mais on peut, on doit combattre le mode consumériste qui la structure. Les habitants rejettent la ville conçue seulement pour consommer. Reste à rendre les lieux propices à leur forte demande de partage et de rencontres. Que faire pour qu’une zone commerciale ne soit pas seulement un lieu de consommation ? C’est une réflexion de cette nature qui a conduit à construire, par exemple, le Stade de France en plein tissu urbain et à le desservir par le RER en restreignant les possibilités de parking. L’utilisation des transports en commun prolonge, avant et après le match, ce moment d’échange. Les spectateurs ne restent pas dans la seule consommation de la rencontre sportive. Ils y participent à leur manière.

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