Accueil > idées/culture | Par Muriel Steinmetz | 1er juillet 2000

Comment saisir la vie...

Face à l’obsession d’un temps qui tourne la page : angoisses millénaristes et enthousiasmes technicistes, l’art a aussi son mot à dire.

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L’exposition Changement de temps (1) imaginée par le Centre des monuments nationaux, soutenue par la Mission 2000 en France, convie sept artistes contemporains (Serge Comte, Ange Leccia, Pierrick Sorin, Catherine Beaugrand, Robert Wilson, Sarkis, Fabrice Hybert) à prendre d’assaut des trésors du patrimoine (châteaux, abbaye, site archéologique, arcs, basilique et panthéon) à en exalter les formes via les nouvelles technologies. On peut s’interroger sur le succès de l’entreprise fomentée à coup de minces greffons scientifiques posés sur ses monstres de pierre, avec jeux de lumières, sons, interactivité comme autant de menues prises de risques à usage ludique. Ainsi Fabrice Hybert : qui a pour charge l’Arc de Triomphe - prend le monument au pied de la lettre, le réactualise aux obsessions du jour, crée non loin de la Flamme du Soldat Inconnu, un site internet "inconnu. net", projette de vertes lumières sur sa façade et plante des arbres autour. Sarkis s’attaque au Panthéon. Dans ce grand mausolée sourd aux cris du monde, il lance dans l’air des sons qu’il a enregistrés aux quatre coins de la planète. Bob Wilson a investi la Basilique de Saint-Denis, ce premier chef-d’oeuvre monumental de l’art gothique, conçu par l’abbé Surger, avec son armada de vitraux. L’artiste en tous sens y appose sa griffe éphémère, redécoupant l’espace par des jeux de volumes lumineux...

Au Louvre, la même problématique est à l’oeuvre avec l’exposition, l’Empire du Temps. Mythes et créations (2). S’y lit en creux un questionnement sur le rôle du musée face au temps lui-même. N’est-il pas le gardien du passé qui conserve des oeuvres pour le futur ? La manifestation est conçue selon un axe tripartite : le temps sujet de l’oeuvre, le temps et son rôle dans l’acte même de créer, enfin le temps, ce devenir de l’oeuvre face à la postérité. Nombres de chefs-d’oeuvre, tous sortis du Louvre y tapissent les cimaises : peintures, sculptures, certaines issues de la nuit des temps (Egypte, Mésoppotamie, Grèce), d’autres plus actuelles, telles les vidéo, photographies et sculptures d’un genre nouveau (Spoerri, Sophie Calle, ou encore Boltanski qui met sous verre des objets perdus-trouvés dans le musée : parapluie, gants, boîte de pilules, carte orange, tous pérennisés... par défaut d’acquéreur.) On y voit, en une première halte, comment l’art représente le temps sous formes de symboles et de mythes liés à la course des astres, au rythme des saisons, avec calendriers, zodiaque...

Puis le temps devient figure, se personnifie sous forme résolument humaine. Dans l’art gréco-romain, il surgit sous les traits d’un éphèbe nu tenant une balance. Au Moyen Age, surgit la figure du Vieillard, créature d’un grand âge armée de béquilles, d’un sablier et d’un serpent roulé autour de ses reins, symbole de l’éternel retour des choses. Le temps se fait aussi emblême dans les oeuvres d’art. Sa fugacité est signifiée sous forme de bulles de savon, de nuages, d’ombre, de château de cartes... puis la ruine romantique apparaît. Plus tard montres et pendules prennent le relais ; authentiques symboles de finitude, qui sont aussi des symboles de pouvoir. Le temps, c’est de l’argent !

Le temps s’immisce aussi dans les oeuvres qui tentent depuis toujours de figer son cours. Comment saisir la vie dans la matière inerte d’un tableau, d’une sculpture ? Le cinéma et la photographie réussisent à capter l’instant des métamorphoses. L’obsession du temps est partout. Jusqu’à Hanovre, où les façades du Pavillon français de l’exposition universelle, sont couvertes des tirages de Marey, le chronophotographe.

Tant d’intérêt marqué pour le temps, corrupteur acharné des êtres et des choses, n’est pas sans évoquer l’idée d’éternité. N’oublions pas, comme l’écrivait Alphonse Allais que "l’éternité, c’est long, surtout vers la fin".

1. Changement de temps, dans les différents sites du patrimoine jusqu’en novembre 2000. Tél. 01-44-61.20.00

2. L’Empire du temps. Mythes et créations, au musée du Louvre jusqu’au 10 juillet.

3. Le Pavillon de France à l’Expo 2000 de Hanovre. Site Internet : http:/www. vision-france. com/

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