Accueil > Société | Par Rémi Douat | 8 novembre 2010

Concours de quéquettes is not dead

Le magazine GQ convoite les hommes de bon goût, bien comme il faut, bref les gentlemen. Pourtant, au détour d’une page, le lecteur retrouve belles voitures et gros seins de ses lectures adolescentes

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Dans les années 1980, la presse dite « masculine » se limitait à Newlook , qu’une génération d’ados émoustillés échangeait contre un billet de 20 francs à un kiosquier pas trop regardant. Encore tremblant de son audace, on rentrait chez soi savourer le choc des photos sans le poids des mots.

La ligne éditoriale était assez simple : gros seins, grosses bagnoles et gros requins. Que d’émotions. On était en plein concours de zizis et la publication l’assumait. Quand vous avez un très gros moteur, vroum vroum, toutes les filles à gros seins sont folles de vous, et vous êtes tellement costaud que vous allez boxer les gros requins qui font très peur.

Une autre dimension

Mais un jour, GQ est arrivé (prononcez djéquiou), le Gentlemen’s Quarterly (le trimestriel des gentlemen). Une folle ambition : «  Parler aux hommes sur un autre ton . » Tu as une barbe qui pique mais tu mets aussi une crème de nuit, tu te gaves de Playstation mais tu racontes Ce soir ou jamais le matin au bureau, tu votes Europe Ecologie mais tu te payerais bien le Porsche Cayenne... Tu es vrai un rebelle, GQ est pour toi. Car l’homme GQ refuse de se laisser enfermer dans une case, un vrai punk. D’où le vent de liberté qui souffle sur le magazine.

Après avoir tourné la cinquantaine de pages de pub qui nous sépare du premier article, on se retrouve dans une autre dimension. Soyons fous, un masculin quasi féministe. Maïa Mazaurette, féministe et essayiste, est chroniqueuse régulière ! Dans le numéro d’octobre on découvre un « dossier vérité » sur le partage des tâches qui rappelle que les femmes font 80 % du boulot domestique et s’interroge avec esprit sur les moyens de réduire ces inégalités. Très curieux et séduit, on poursuit sa lecture.

Tiens, mais qu’est-ce que c’est que cette jeune fille qui va attraper froid en page de droite, alanguie sur un manteau de renard, avec des talons aiguilles pour tout vêtement ? Ah ! La dame porte un nom : Rosie Huntington-Whiteley, «  mannequin star, nouvelle chérie d’Hollywood  ». Sous la photo, un petit texte : «  Ado, parce qu’elle bavardait au fond de la classe, elle avait été surnommée « Miss pipelette ». Nous on aurait plutôt dit « Miss grande bouche », vu l’équipement lippu de ladite Rosie . » Le magazine des gentlemen, on vous disait. Ici, pas question de montrer une jeune fille les pattes en l’air, ce serait pas très british. Le lecteur se rince l’oeil, certes, mais avec de la viande surchoix, s’il vous plaît, on est pas chez Leader Price.

Métaphore automobile

Quelques pages plus tard, on donne de nouveau dans la métaphore automobile. Mondial de l’auto oblige, le canard livre un dossier de plus de 20 pages sur les gros moteurs et les belles carrosseries. En la matière, la ligne éditorial est totalement schizophrénique : on est écolo, comme Leonardo DiCaprio et George Clooney, mais on kiffe les gros 4x4. Là, le héros du mois s’appelle Laurens van den Acker. Et GQ ne tarit pas d’éloges : «  un manager cool et bien dans ses pompes  », «  charmant et doué  ». Comme le journaliste de GQ, on boit ses propos : «  Les Allemandes sont froides, les Italiennes sont chaudes et les Françaises exactement entre les deux, à bonne température. Dans une Renault, il doit y avoir l’esprit de Laetitia Casta et non celui de Diane Kruger ou de Monica Bellucci . » La grande classe de gentleman. GQ est arrivé, mais rien n’a changé.

Rémi Douat

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