Accueil > Culture | Par Guillaume Chérel | 1er juillet 1998

Crimes exemplaires à gogo

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Parfois une quatrième de couverture vous réserve une bonne surprise et il n’y a plus qu’à s’effacer : " Ami lecteur, tu te tiens au rayon littérature d’une bonne librairie, plus précisément en position debout, les jambes en appui. Tu feuillettes le recueil Crimes exemplaires de Max Aub, écrivain espagnol, ami de Bunuel, Dali et Lorca, coscénariste du film l’Espoir avec Malraux, commanditaire du Guernica de Picasso. Emprisonné en 1940, il erre de camp de concentration en prison, puis s’évade et rejoint le Mexique où il écrit trois romans, des recueils de contes, du théâtre, rédige à lui seul une revue ; c’est en 1956 qu’il publie ce recueil, catalogue d’une centaine de crimes accomplis par agacement, impatience, principe ou charité " considéré aujourd’hui comme un classique. Ami lecteur, tu hésites encore malgré tout cela, tu poses et reprends le livre, tu le reposes, puis finalement tu sors de la bonne librairie, les mains vides. C’est donc ainsi, les mains vides, que tu sors. C’est ainsi que sur le trottoir je te rattrape et t’occis. L’aurais-tu simplement acheté, ce livre (il n’est même pas cher), tu serais encore en vie.

Tous les moyens sont bons pour vendre un (bon) livre... Max Aub (1903-1972) incarne le cosmopolitisme à lui. Né à Paris de père allemand et de mère française, il ne pouvait qu’être insoumis pendant la Première Guerre mondiale. Le coeur foncièrement à gauche, mais de tempérament anarchiste, il vivra la Guerre civile, en Espagne, comme un autre déchirement. Arrêté en 1939, Vichy l’accuse de communisme... Ce livre a reçu le Grand Prix de l’Humour noir en 1981, mais l’éditeur dut fermer ses portes. Il est temps de (re) découvrir cet éternel insolent. n G. C.

Max Aub, Crimes exemplaires, traduit de l’espagnol par Danièle Guibert. Phébus, 125 p, 89 F

Canard du Noir

Les accros du polar disposaient de la revue 813, dirigée par Claude Mesplède, pour assouvir leur passion, mais elle ne concernait finalement qu’un échantillon d’aficionados. Il manquait un journal, plus " grand public ", pour confirmer l’essor d’un genre " toujours en marge " mais qui attire de plus en plus de lecteurs, donc la convoitise de maisons d’éditions. Le Journal du Polar, un mensuel, est arrivé à point nommé. Deux passionnés, Bruno Icher et Stéphane Bugat en sont les inspirateurs.

Dans les premiers numéros, on a pu lire un reportage sur le Poulpe (Anatomie d’un succès), Wim Wenders, la collection 10/18... M6 et Robert Hossein, Clint Eastwood, un dossier sur le thème du " sexe pour vendre " (les couvertures racoleuses du roman de gare)... et Sophie Duez. Bref, il y en a pour tous les goûts ; ça ratisse large... Le puriste se demandera ce que vient faire l’égarée vedette-télé (sous le prétexte de consacrer un article à la série "Quai Numéro 1") aux côtés de celui qui incarna l’Inspecteur Harry au cinéma. Le grincheux aura tort puisqu’ils pourront lire également d’excellentes critiques des polars du mois et des portraits d’auteurs.

Il est avant tout question de (bonne ou mauvaise) littérature. On apprend, par exemple, que Carnage Constellation (Fleuve Noir), le troisième polar d’un jeune auteur, Marcus Malte (30 ans), est " -une tragédie macabre. Jusqu’au bout", dixit Bruno Icher. Vérification faite : c’est du bon. Ailleurs, la chronique de Paul Harper nous invite à ouvrir le dernier roman d’un vieux de la vieille, Donald Westlake (Moi, mentir, Rivages Thriller), un mois après nous avoir évoqué le nouveau roman d’Edward Bunker (les Hommes de proie, toujours chez Rivages). Sans oublier la critique de la suite du déjà culte Spinoza encule Hegel, de l’incontournable Pouy (A sec !, Ed. Baleine), où il est question de son aversion pour le football. Les puristes, allaités aux mamelles des vieux briscards du genre, ont beau commencer à regretter qu’il y ait à boire et à manger dans cette profusion de littérature populaire (le Poulpe s’en prend plein la tronche, en ce moment, son succès est manifestement jalousé...). C’est ce qu’on appelle la rançon de la gloire. Au lecteur de séparer le bon grain de l’ivraie. Comme le répète souvent J-B. Pouy, il y a des bons et des mauvais livres dans tous les genres, notamment à la prestigieuse NRF : " On ne peut pas tous être recordman du 100 m. Mais si j’ai envie de courir le 100 mètres, rien ne m’en empêche... " Certains " polardeux " (issus de Mai-68 pour la plupart) ne s’agacent-t-ils pas de voir débarquer sur leurs plates-bandes une nouvelle génération d’écrivains, nés devant la télé, plus ludiques, moins radicaux ? Quant à savoir s’ils ont du talent : chacun jugera. Conclusion : le polar mène à tout... à condition d’en sortir. n G. C.

Le Journal du Polar, 18 F Abonnement 11 numéros 170 F 16, rue de la Cerisaie 75004 Paris

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?