Accueil > Société | Par Marc Endeweld | 1er octobre 2007

Dans l’œil de google

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N’importe qui peut être Big Brother aujourd’hui, « vous avez juste besoin d’une connection Internet » , lance sans rire Andrew Keen. Ce spécialiste américain du réseau des réseaux a récemment sorti outre-Atlantique un ouvrage polémique sur les développements récents du Web 2.0 intitulé The cult of the amateur, how today’s Internet is killing our culture. Traduction : le culte des amateurs ou comment l’Internet d’aujourd’hui tue notre culture. La charge est lourde, parfois excessive, mais toujours très informée. Car Keen est loin d’être un « anti-techno », ni un novice.

Durant les années 1990, il eut la chance - surtout son portefeuille d’ailleurs - de faire partie des premiers entrepreneurs de la Silicon Valley qui accompagnèrent le développement d’Internet. On est donc loin des pamphlets faciles contre la toile mondiale écrits par certains « intellectuels médiatiques » obnubilés avant tout par la perspective de perdre le monopole de leur estrade télévisuelle. Et si le propos de Keen est parfois volontairement provocateur, il apporte aux lecteurs des éléments sur lesquels, d’habitude, on préfère ne pas s’attarder. De peur de savoir. Parmi ses inquiétudes multiples, figure l’impossible respect de la vie privée sur le réseau. « Google, Yahoo et AOL n’ont aucune obligation légale d’effacer leurs anciennes données , rappelle-t-il, ces sociétés enregistrent et conservent sans contrôle tous les sujets que l’on recherche sur le Web, les produits que nous achetons, et les sites sur lesquels nous surfons. »

Devant notre écran, cliquer sur un moteur de recherche est devenu un geste banal, quotidien. Pourtant, on a tendance à oublier que chaque clic constitue une information en soi. Et au fil des années, ces informations sont recueillies par un nombre toujours plus restreint de sociétés. Pour le seul mois de juillet 2006, les internautes ont interrogé 2,7 milliards de fois le moteur de recherche de Google, et 1,8 milliard celui de Yahoo. « Ces moteurs de recherche veulent nous connaître intimement, ils veulent devenir nos plus proches confidents. Car plus ils possèdent d’informations sur nous : sur nos hobbies, nos goûts et nos désirs : et plus ils peuvent vendre ces informations à des publicitaires ou des spécialistes en marketing qui pourront davantage personnaliser leurs produits, leurs services en retour. » Quand la boucle est bouclée...

Et pour ces moteurs de recherche, quelle est l’arme idéale pour recueillir automatiquement le maximum d’information sur les internautes ? Les fameux « cookies » ! Derrière ce nom sympathique se cachent en fait de véritables mouchards qui s’installent sans prévenir sur nos ordinateurs dès que l’on ouvre une page Web. Ces petits programmes informatiques sont partout. Ils enregistrent nos sites préférés et sont même capables de savoir sur quelles publicités nous cliquons ! Quelle est la durée de vie d’un cookie ? Pendant combien de temps est-il activé et peut-il recueillir des informations ? Rassurez-vous, un cookie appartenant à Google, par exemple, est prévu pour fonctionner jusqu’en 2036 ! Rien que ça...

Bien sûr, à partir d’un logiciel de navigation, un internaute peut décider de refuser l’enregistrement automatique de ces cookies, mais la conséquence directe de ce choix d’indépendance et de protection est qu’il ne pourra plus utiliser toutes les fonctionnalités des sites. C’est donnant, donnant. D’ailleurs, ces restrictions se multiplient sur le Net, car, pour les firmes informatiques, l’enjeu économique est trop important. Et ce n’est pas fini : selon le New York Times, la nouvelle génération du Web permettra à des logiciels intelligents de prévoir nos futures décisions ou intentions à partir des informations recueillies sur le Web, comme nous trouver l’hôtel qui nous conviendra le mieux. Mais voulons-nous vraiment laisser une machine décider à notre place ?

En attendant, le développement du Web 2.0 amène les internautes à laisser de plus en plus de traces personnelles sur le réseau. Il n’y a qu’à penser à l’explosion : narcissique, diront certains : des pages Myspace, des vidéos amateurs sur You Tube et autres blogs où tout un chacun peut déblatérer sur sa vie, mais également sur celle des autres, sans aucune limite ou protection. Ce qui fait dire à Keen que l’on assiste « à la démocratisation du cauchemar d’Orwell ». A travers ce village global, les rumeurs peuvent se propager à très grande vitesse, peu importe les dégâts pour les victimes. Car, désormais, tout employeur a pris l’habitude de faire sa petite enquête sur Internet sur ses salariés ou futurs salariés. Un verbe a même été inventé pour cette pratique : « googliser », « to google » en anglais. Le pire, c’est que chacun de nous en a pris l’habitude.

M.E.

Paru dans Regards n°44

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  • J’aime 7 ans plus tard, lire un article de 2007 et constater à quel point il voyait juste. Notamment sur la prédiction des besoins, aujourd’hui on a Google Now, un système basé sur le croisement de données qui a de quoi faire pâlir même le moins informé. Tout ce que Keen nous racontait il y a maintenant quelques années est largement confirmé aujourd’hui et ce que l’on constate tous les jours dans les formations Serp Masters est que les personnes, même celles à l’aise avec l’outil informatique, mais également celles très à cheval sur le respect de leur vie privée, n’hésite pas à brader leur données personnelles pour profité de la gratuité du service. Si on ajoute à cela les "mesures moles" de la CNIL envers Google et l’optimisation de son propre trafic organique orchestrée par son abus de position dominante, le moteur de recherche (qui n’est plus seulement un moteur de recherche mais une porte d’accès au web) a de beaux jours devant lui.

    Fred Le 18 novembre 2014 à 11:16
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