Accueil > politique | Par Rémi Douat | 1er mai 2007

Dépasser le gachis

Alors qu’une quinzaine seulement de candidatures unitaires antilibérales sont envisagées, l’expérience auvergnate de Mireille Schurch pour les législatives fait figure d’exception.

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Terjat, petit village en pleine campagne auvergnate noyé dans l’herbe à vache, à dix kilomètres de Montluçon, Allier. Le maire socialiste accueille d’une bise Mireille Schurch, candidate pour les législatives « des collectifs antilibéraux soutenue par le Parti communiste » , une rareté. Alors que les militants antilibéraux en attendaient au moins une cinquantaine au niveau national, tout juste une quinzaine s’avèrent possibles. Pour la poignée d’habitants venus rencontrer « la candidate » elle est surtout « celle qui est parrainée par Pierre Goldberg » et peut espérer une victoire. Sur cette terre traditionnellement de gauche (Montluçon fut longtemps la ville du ministre du front populaire Marx Dormoy), Pierre Goldberg a marqué la vie politique locale. Maire communiste de 1977 à 1998, il est aussi le député sortant (voir encadré). L’enjeu pour Mireille Schurch : conserver le siège, bien sûr, mais aussi montrer une nouvelle voie possible, celle de l’unité à la gauche de la gauche.

ENVIE DE REPARER

Ici comme partout, les collectifs pour le « non » au référendum ont laissé place à des collectifs pour une candidature unitaire antilibérale. Après l’échec de la dynamique et les résultats historiquement bas de ces candidats partis en ordre dispersé pour la présidentielle, il y a à Montluçon comme une envie de réparer. « Avec les législatives, on tente de dépasser le gâchis de la présidentielle » , explique Luc Bourduge, suppléant PCF de Mireille Schurch, non encartée. Non encartée ? Idée acceptable pour la plupart des communistes du cru, même si « c’est forcément un compromis » , comme le résume Lucien Dubuisson, maire communiste de Désertines, ville voisine de Montluçon. Sa candidature, dit-on autour d’elle, n’aurait pas fait débat. « La minorité qui défendait une candidature communiste « pur sucre » n’était pas en position d’imposer son point de vue », tempère Patrick Derrien, économiste, militant pour José Bové et investi dans la campagne législative. « Comme partout, la campagne contre le traité constitutionnel a permis à des gens très différents de travailler ensemble, explique Franck Perrier, conseiller municipal PCF. Nous nous sommes plantés sur la candidature unitaire mais il a fallu réagir. Les débats que nous avons vécus alors étaient totalement décalés par rapport aux préoccupations des citoyens. » Bref, on écarte d’un revers de manche les luttes d’appareil, heureux d’avoir pu trouver un nom qui fasse consensus. Quitte à oublier les grincements de dents entendus lors de la course aux parrainages. Mireille Schurch, maire de la petite commune de Lignerolles, s’était alors abstenue de donner à quiconque sa signature d’élue. Durant la campagne présidentielle, elle s’invitait dans un meeting de soutien à José Bové tout en répondant à l’appel des communistes à faire estrade commune avec Marie-George Buffet. « Pour moi, analyse Patrick Derrien, ses atouts se trouvent dans les luttes auxquelles elle a participé et dans le fait de ne pas être encartée. Elle sait dire non au PCF tout en arrivant très bien à travailler avec. » Un pied chez les communistes, un pied chez Bové, les deux dans une campagne très militante. Car Mireille Schurch se plaît à dire qu’elle est libre et à le montrer : « Les communistes d’ici manquent parfois d’éducation politique » , explique-t-elle. C’est-à-dire ? « Trop d’élus sont touchés par la « gestionnite » et les communistes ne sont pas épargnés par ce symptôme » , enchaîne Luc Bourduge. « Dans la région, on trouve beaucoup d’anciens membres du PCF qui, sans être hostiles à ce parti, veulent tout de même travailler autrement, refaire vraiment de la politique. Ce qui s’est passé autour du référendum a effectivement donné envie de s’investir, il ne faut pas décevoir cet espoir » , complète la candidate. C’est le cas de Laurent Indrusiak, ouvrier chez Dunlop, militant et syndicaliste. Il a quitté le PCF mais continue de se définir comme « un compagnon de route » et s’est engagé dans la campagne de la candidate, « suite naturelle des collectifs unitaires » .

LES 125 PROPOSITIONS

Face aux habitants, l’exercice est bien rodé. On laisse les batailles intestines au vestiaire et l’échange porte sur le programme. Au cours de deux réunions publiques par jour, en plus de leurs boulots respectifs de prof de physique et d’agent EDF, la candidate et son suppléant déclinent en partie les 125 propositions des collectifs unitaires. Quand on parle de privatisation, il s’agit de celle de la piscine ou de l’abattoir du coin. Service public, Europe, logement, santé... tout prend ici une résonance locale. Entre deux arguments, elle sort d’une glacière bouteilles de blanc et cassis. La rencontre se termine sur une charge collective contre Giscard et son parc Vulcania, « un gouffre financier » . Le suppléant ramasse les verres, la candidate se saisit de la glacière, et on démarre pour le prochain village. Avant de rentrer à la permanence, opportunément renommée... « le trait d’union » . R.D.

Paru dans Regards n°40, mai-juin 2007

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