Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er décembre 2008

Derrière les sifflets

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Les sifflets du stade de France ne sont déjà plus qu’un lointain bruit de fond atténué par la crise économique ou les élections américaines. Oubliées les envolées lyriques de nos ministres, les gaffes de Laporte, les saillies patriotiques, parfois vaguement xénophobes, de nos élus et l’indignation générale, y compris à gauche. Nicolas Sarkozy a tenté de détourner l’attention en période de tempête. Globalement, tout le monde a saisi l’astuce.

Alors, faut-il tourner la page, un peu dégoûté de voir comment quelques débordements de gamins pas très sages peuvent à ce point traumatiser un pays qui devrait avoir d’autres chats à fouetter ? Certes, on peut aussi remarquer la dimension hypocrite et, pour tout dire, « ciblée » de ce concert unanime de réprobation. Qui a protesté quand les jeunes supporters serbes, également citoyens français pour la plupart, ont sifflé l’hymne national lors du match pour les qualification à la Coupe du monde ? Moins nombreux, certes... Plus « blancs » aussi...

Ces sifflets peuvent être jugés déplacés, voire imbéciles. Ils démontrent d’abord que le passé colonial et également le contexte actuel pèsent même dans une enceinte sportive. Et un stade de foot n’est pas forcément le lieu où les choses se formulent de la façon la plus modérée. Un match France-Tunisie n’est pas une simple rencontre contre la Roumanie, sous cet angle en tout cas. Le public est français, mais pas seulement. L’immigration est aussi une émigration. Toute une jeunesse binationale tente comme elle peut de payer son tribut à la patrie des parents et rembourser leur exils. L’acharnement contre ce pauvre Ben Arfa n’en est que l’illustration caricaturale. Toute une jeunesse des quartiers endosse sur son compte une forme de culpabilité. Oui, nous sommes nés ici comme toi et nous allons faire notre vie ici. Mais tu aurais au moins pu jouer pour la Tunisie, histoire de racheter un peu « notre trahison ». Le sport sert aussi à vivre par procuration ce que l’on se sent incapable de faire soi-même. C’est un théâtre, et à cette comédie-là, chacun son masque.

Enfin et surtout, ces sifflets expliquent aussi à quel point rien n’a changé, voire tout s’est empiré depuis 1998. L’équipe black blanc beur de Zidane et Thuram avait peut-être converti nos jeunes des cités à l’amour du drapeau, elle n’avait en rien amené nos politiques à s’intéresser aux quartiers populaires. Les émeutes de 2005 avaient ensuite prouvé, par leur ampleur, que le drame social et humain s’était aggravé. Les sifflets ne furent donc finalement qu’une « réplique » de ce tremblement de terre permanent qui ne cesse et ne cessera de secouer la société française. Et s’ils ne brillent pas par leur intelligence, ils restent moins graves que de brûler la voiture de son voisin ou l’école maternelle du coin. Pitoyable surtout qu’il faille ce type d’événements médiatisés pour se rappeler le problème. Eh non, monsieur le ministre, même en province il existe des barres HLM, des immigrés, des exclus. Et demandez au passage à Fadela Amara ce qu’est devenu le plan « Marshall » pour les banlieues. N.K.

Le stade contre le mur ?

Pour la première fois la Palestine a rencontré « à domicile », près de Jérusalem, sa voisine jordanienne lors d’un match amical reconnu par la FIFA. Les nations en quête de reconnaissance internationale ont toujours utilisé le football comme un espace privilégié de conquête politique de leur légitimité dans le concerts des Etats. Le choix d’un ancien responsable de la sécurité à la tête de la fédération montre que, pour Mahmoud Abbas, ce n’est pas une question secondaire.

Laporte dans le texte

Bernard Laporte méritait bien un livre. L’homme de rugby cache de multiples visages, aussi à l’aise dans les affaires que sur un terrain. Michel Biet nous détaille tout cela, ainsi que ses relations parfois brumeuses... Mais pas grand-chose sur son credo politique, moins d’Etat, plus de privé, qui fait dire au Syndicat de l’encadrement de la Jeunesse et des Sports que la disparition de cette administration est « programmée (...) par paupérisation ».

Michel Biet, Derrière Laporte , Les éditions du Moment

Vacarme sportif

Très bon numéro publié par la revue Vacarme , doté d’un lourd dossier (à charge ?) sur le sport. « Comment critiquer une pratique qui exalte la force, la patrie et la compétition sans sombrer dans le mépris du populaire, l’esprit de sérieux ou la haine de soi » ? Parmi les participants on croise aussi bien Vikash Dhorassoo que des profs d’EPS.

Vacarme, en librairie, 6 euros, www.vacarme.org

Regards n°57, décembre 2008

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