Accueil > monde | Par Naike Desquesnes | 8 avril 2008

Des armes aux urnes : les maoïstes népalais relèveront-ils le défi démocratique ?

Le 10 avril prochain, un vent de démocratie soufflera sur le petit royaume du Népal : après 240 années de monarchie, les népalais s’apprêtent à élire leurs représentants à l’Assemblée constituante et à faire de leur royaume une République toute neuve. Mais le climat actuel est tendu : les maoïstes, qui ont accepté de jouer le jeu des élections après la fin de la guerre civile en 2006, sont accusés de violences tandis que la région du Téraï est le spectacle d’affrontements ethniques.

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Difficile pour le royaume du Népal de garantir des élections tranquilles et pacifiques. Vendredi dernier, Katmandou fut touchée par trois explosions. Cet attentat non revendiqué visait visiblement à perturber le bon déroulement des élections et s’ajoute aux nombreuses violences qui ponctuent la campagne électorale.

Le 7 avril, le représentant des Nations Unies a appelé le parti maoïste à mettre un terme à leurs pratiques d’intimidations sur les candidats des partis adverses. Plusieurs membres du parti communiste traditionnel ont été hospitalisés à Kathmandu suite à des attaques armées de la ligue des jeunes maoïstes. En décembre 2007, l’ex-ministre Pradeep Gyawali avait déjà exprimé sa méfiance : « Nous avons des soupçons quant à l’intégrité des maoïstes et leur entière volonté d’intégrer le système démocratique et d’abandonner totalement la violence ».En réalité, les maoïstes, que le gouvernement provisoire accuse souvent de tous les maux, ne sont pas les seuls à bafouer les règles électorales : La Mission des Nations Unies au Népal (MINUNEP) a signalé des abus de la part d’autres partis qui recrutent et paient des enfants pour l’organisation des meetings.

La date des élections est toutefois maintenue au 10 avril, après deux reports consécutifs. Invoquant un mode de scrutin biaisé puisque seulement 335 des 601 sièges de l’Assemblée constituante sont attribués à la proportionnelle, le chef du parti maoïste, Prachanda, avait menacé de boycotter les élections en novembre. Acceptant finalement de participer aux élections, il avait confié à la BBC que le parti « s’engageait dans une démocratie multipartite et dans une compétition pacifique durant les élections. » L’assemblée élue sera chargée d’écrire la nouvelle constitution, laquelle instituera l’abrogation de la monarchie, votée par le parlement provisoire en 28 décembre dernier.

Outre les troubles de ces derniers jours, le sort des ex-combattants maoïstes actuellement en prison constitue un autre facteur de tensions. Des milliers de guérilléros sont concernés par une réintégration dans la société civile qui n’aura lieu qu’après l’élection de l’Assemblée constituante. Ian Martin, militant des droits de l’homme et représentant des Nations Unis, à la tête de la MINUNEP, a ouvert en janvier un chantier de recensement et de réintégration des ex-combattants dans la police armée. En échange, les maoïstes s’engagent à restituer les terres et les biens saisis pendant la guerre civile. Le premier ministre népalais et chef du gouvernement provisoire, Girija Prasad Koirala s’oppose à cette intégration des maoïstes dans l’armée. Il craint une trop grande politisation ainsi que des révoltes dans les rangs de l’armée du pays.

A la question maoïste s’ajoute la question ethnique, dans un pays où 103 ethnies différentes cohabitent. Et les tensions dans la région du Terai illustrent les problèmes de représentation que provoque la tenue imminente des élections : la communauté Madhesi, qui constitue environ un tiers de la population du Népal, revendique aujourd’hui sa place dans l’arène politique. Sous-représentés au gouvernement et dans la fonction publique, inexistants au sein de l’armée, les Madhesis ne sont pas considérés comme népalais car leur langue et leur culture se rapprochent de celle des régions indiennes voisines. Le « mouvement Madhesi », dont l’une des branches demande l’indépendance de la région du Terai, s’est divisé - au grand dam des partis traditionnels : en plusieurs partis afin d’organiser le vote sur des critères ethniques.

Faire tomber la monarchie est une chose, la construction d’une république démocratique en est une autre. Au Népal, les femmes, les populations pauvres des basses castes et certaines tribus sont parfois empêchés d’aller voter. Bien que les maoïstes aient longtemps milité contre le système de castes et pour l’émancipation des femmes, la société népalaise conserve une structure féodale et traditionnelle. A défaut d’un contexte idéal, on peut espérer que les différents partis politiques respecteront le jeu électoral, le jour du vote. Pour le moment, rien n’est moins sûr.

Naïké Desquesnes

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