Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 9 octobre 2008

Politique étrangère : se refaire une image

Des élections, pas la révolution - Le bilan de Bush en matière de relations extérieures est calamiteux. Barack Obama devra en tenir compte s’il veut reconstruire un peu l’image du pays. Ce qui passera par plus de diplomatie dans tous les cas. Et par moins de sang.

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L’émergence des deux géants asiatiques, notamment de la Chine, ces dernières années, conjuguée aux difficultés rencontrées par les Etats-Unis dans leurs guerres irakiennes et afghanes, a parfois provoqué un certain emballement... Mais contrairement à ce que beaucoup souhaitent et même s’ils peinent à sortir d’une période économique et sociale difficile, les Etats-Unis ne sont pas - encore - redevenus une puissance « comme les autres ».

Et ce n’est a priori pas pour tout de suite, même si d’ici une trentaine d’année, la Chine devrait se situer à niveau égal de puissance économique, avec une masse démographique 4 ou 5 fois supérieure. Chacun des deux pays en a d’ailleurs bien conscience et, tout en faisant primer ses intérêts commerciaux, prend garde à maintenir des espaces de coexistence politique pacifiés [1]. Histoire de ne pas trop insulter l’avenir...

Vocation de shérif mondial

D’un point de vue militaire, la supériorité de l’arsenal des États-Unis n’est guère remise en question et ils devraient rester encore pour quelques décennies cette hyperpuissance seule capable d’intervenir sans mandat international où elle veut quand bon lui semble. A priori, ni Obama, ni McCain n’entendent renoncer à cette vocation, auto-attribuée, de « shérif » mondial de la « démocratie », à la fois constitutive de l’identité américaine et toujours très utile pour masquer et justifier l’accaparement de ressources, notamment pétrolières... Mais ils savent que Georges W. Bush en a largement abusé au cours de ses deux mandats et devront composer avec un bilan exécrable : enlisement en Irak et en Afghanistan, tensions avec l’Iran et le Pakistan, défaite d’Israël au Liban, frictions - par Caucase interposé - avec une Russie hérissée, frondes boliviennes et vénézuéliennes en Amérique latine...

Corollaire de ces situations dégradées, l’antiaméricanisme n’a cessé de progresser partout dans le monde. Poussant la Maison Blanche à réagir dès le début de la seconde mandature, selon Catherine Croisier : « En 2005, Condoleeza Rice a fait une tournée dans les pays européens pour tenir des discours d’apaisement ; ils ont renouvelé leur carte diplomatique en plaçant des ambassadeurs plus soft dans les pays avec qui les relations étaient crispées ; il y a eu, très tardivement, une tentative d’implication dans le processus de paix israélo-palestinien [référence au sommet d’Annapolis en novembre 2007, ndlr] ; et ils ont fait quelques concessions sur la question environnementale. »

Des « gestes » ridicules si on les juge à l’aune des dégâts causés par l’occupation de l’Irak et par celle, maintenue, de la Palestine par leur principal allié dans la région, Israël.

Bagdad-Kaboul-Ramallah

Car c’est là, en quelques années, entre Bagdad, Kaboul et Ramallah, que l’Amérique a vu son image se dégrader considérablement dans tout le monde arabe et au-delà. Et c’est là-bas, de Téhéran à Islamabad, que le prochain président va devoir faire très vite des choix importants.

Sur ce terrain, les différences entre les candidats sont claires : John McCain devrait poursuivre les guerres de Bush, il en conteste les méthodes mais pas le fond, et peut-être en engager d’autres (Iran). Dans son entourage figurent Robert Kagan et William Kristol, deux personnalités importantes de la mouvance des néoconservateurs.

Barack Obama est, lui, opposé à l’engagement de l’armée américaine en Irak et a promis un retrait échelonné des troupes. Pour autant, s’il se montre également plus prêt au dialogue avec l’Iran que son adversaire, il n’a laissé place à aucun espoir sur la question palestinienne, allant déclarer devant le puissant AIPAC (American Israel Public Affaires Committee) que Jérusalem devait rester « la capitale d’Israël ». Pas sûr que cet alignement sans nuances sur la position d’un Etat colonial soit la meilleure voie pour redorer l’image des Etats-Unis.

Notes

[1Lire Chine/ Etats-Unis. Fascinations et rivalités, de Stéphanie Balme et Daniel Sabbagh, éd. Autrement, 2008, 17 euros.

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