Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er décembre 2006

Des jeux bien orchestrés

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Le sport et la musique sont certainement les activités culturelles les plus répandues parmi la jeunesse occidentale. La culture populaire, notamment dans nos sociétés avancées de consommation, s’appuie désormais en grande partie sur ces deux supports, qui présentent de nombreux traits communs (voire des jonctions comme la danse), celui en particulier de prolonger l’adolescence comme habitus mental. Ces pratiques de masse (des harmonies ouvrières de l’entre-deux-guerres aux ateliers hip-hop des MJC, sans oublier les éternels conservatoires) entretiennent en outre un rapport essentiel avec le processus de starification, complexe pyramidal structurant la passion mobilisatrice du public (devant son écran ou dans le stade, que ce soit pour Johnny ou Zidane). Certains noteront avec ironie que la musique constitue une discipline artistique, dont l’acte créatif se veut pérenne, et que le sport ne représente qu’une performance de l’instant, bref le vieux débat de la définition de la culture. Néanmoins, qu’on le regrette ou non, la frontière entre les deux univers s’avère si mince que l’on bascule de plus en plus facilement de l’un à l’autre (le phantasme, souvent catastrophique, de ces sportifs qui tentent leur chance dans la chanson).

L’Angleterre a ainsi parfaitement réussi la synthèse entre le foot et le rock. Dans un pays où le football incarne un second royaume, où l’on hérite à vie d’un club fétiche (Robbie Williams n’est-il pas devenu l’actionnaire majoritaire du Port Vale FC, petite équipe de sa ville natale évoluant en troisième division ?), les rapports incestueux se révélèrent dès le départ si forts que personne n’éprouva le besoin de les formaliser. Les supporters s’emparent d’un succès du moment, généralement sans aucun rapport avec le ballon rond, l’adoptent et le transforment via les tribunes en l’hymne officiel du club.« You’ll never walk alone » devint par exemple la chanson emblématique de Liverpool, après sa reprise par Gerry and the Pacemakers (groupe qui partageait le même manager que les Beatles) en 1963 (le titre avait déjà eu les honneurs de Frank Sinatra et d’Elvis Presley). Les fans de Chelsea pour leurs part jetèrent leur dévolu sur « Double Barrell », classique reggae n°1 des charts outre-Manche en 1970.

Juste retour des choses, les Cockney Reject, formation Oi (du punk prolo), sortirent en mai 1980 une reprise explosive de « I’m forever blowing bubbles », l’hymne de West Ham, le club ouvrier londonien par excellence, à l’occasion de la finale de la Cup (remportée par les hammers 1 à 0 contre Arsenal).

L’histoire ne s’arrête pas là. La musique et le sport propagent une obsession identique, énorme enjeu économique, pour les tenues vestimentaires distinctives et les modes de vie qui leur sont associés. Le succès du hip-hop aux Etats-Unis est intimement lié à une culture de rue spécifique des ghettos noirs, où régnaient le basket-ball, ses tenues XL, et évidemment les sneakers (nos tennis) : n’oublions pas RUN DMC chantant « My Addidas » ! Les cultures urbaines se multiplient et se diversifient, se métamorphosent, jusqu’à déborder sur la nature, à l’instar de ces sports de glisse (du skate au surf : rappelez-vous les Beach Boys : en passant par le snowboard, etc.). L’amour d’un style musical s’accompagne donc désormais d’une forme de pratique sportive bien particulière (par exemple les skateurs punk latino de « Wassup rockers »). On s’éloigne sensiblement des us et coutumes traditionnels du sport associatif de « papa », même si le bal de fin d’année reste toujours l’incontournable figure imposée transgénérationnelle... N.K.

HISTOIRE D’ARCHIVES

Le sport français manque d’archives. Les fédérations et clubs n’ont guère développé le réflexe conservatoire ou dépositaire. La situation s’est améliorée depuis l’essor, ces dix dernières années, de la recherche historique (l’historien « invente » autant qu’il découvre ses sources). Deux journées d’études s’étaient tenues en juin 2005 à Science Po et à Roubaix sur la question, l’occasion d’effectuer un premier bilan. Les actes en sont enfin disponibles.

Colloque Le Sport, de l’archive à l’histoire, Presses Universitaires de Franche-Comté

SOS ARBITRES

Le statut des arbitres est de plus en plus précaire dans le sport actuel, et les agressions dont ils sont victimes de plus en plus nombreuses. Une loi a été adoptée en octobre dernier à l’Assemblée nationale. Bon côté de l’affaire : l’arbitrage est défini comme une mission de service public. On y parle aussi de renforcer l’indépendance des arbitres vis-à-vis des fédérations sans expliquer vraiment comment procéder (surtout si se maintient le tabou de l’argent). Enfin, en cas d’incidents graves ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de 8 jours, il sera possible de réclamer 75 000 euros d’amende et cinq ans d’emprisonnement pour les responsables. Cela ne risque pourtant pas de changer grand-chose, vu la violence verbale des réactions des entraîneurs et des commentateurs sportifs à leur égard. Dommage que l’on n’ait pas retenu la diffamation dans les « actes d’incivilité ».

Paru dans Regards n°35, décembre 2006

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