Accueil > idées/culture | Par Marie Nossereau | 1er décembre 2006

Devant la télé : l’arène de france, foire d’empoigne

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Faire partie d’un camp. Ou d’un autre. Répondre « oui » ou « non ». Avoir un avis sur tout. Et bien arrêté, s’il vous plaît. Pas de chichi. Pas d’hésitation. Ne soyez pas des intellos, non, les intellos passent pour des cons à trop se poser des questions. De « Faut-il croire aux phénomènes inexpliqués ? » à « Les vieux doivent-ils laisser la place aux jeunes ? » en passant par « L’homme menace-t-il la planète ? », voilà des vrais sujets, bien lourds, bien balancés, provocateurs en diable. Faciles à gober, comme cacahuète au café du Commerce. De ces sujets de société qui « touchent les Français ». Avec l’Arène de France, tous les mercredis en deuxième partie de soirée sur France 2, Stéphane Bern nous entraîne dans le monde merveilleux des discussions stériles, de l’éloquence bon marché, des saillies vides de sens et des disputes même pas drôles. Quelque part entre « Ciel, mon mardi » et « C’est mon choix ».

Le principe de l’émission est simple. Deux « équipes », constituées de personnalités qui ont parfois un rapport avec le thème abordé (on a vu en septembre dernier l’humoriste Christophe Alévêque soutenir mordicus qu’il fallait « enfermer les psys » et le chanteur Francis Lalanne défendre « les privilèges » en France), s’affrontent « dans un feu d’artifice d’éloquence » (c’est le slogan de l’émission). Dans chaque équipe, un avocat, un vrai, commence par plaider la thèse défendue par son camp, sur le modèle des joutes organisées à la conférence du stage du barreau de Paris. « L’éloquence et la présence d’avocats donnent certes un peu d’originalité à ce programme, commente-t-on chez Carat TV. Mais c’est anecdotique. Nous n’avons pas affaire à un nouveau concept d’émission, c’est le moins que l’on puisse dire. » Et après les avocats, place au « débat ».

L’objectif des deux équipes : ramener dans leur camp la majorité du public, qui vote grâce à un boîtier télécommandé. Le mercredi 27 septembre, « Faut-il donner tous les droits aux homos ? » La question est épineuse et le débat flirte tout du long avec le beaucoup plus simple « Pour ou contre les pédés ? » Le camp du non le clame d’emblée, par la voix de son avocat : « Les homosexuels n’ont pas tous les droits, parce qu’étrangement, la nature en a décidé autrement... » Tonnerre d’applaudissements, que voilà un argument constructif ! De toute façon, le public est déjà conquis. Avant le débat, il répond « non » à la question à 61 %. Et après le débat ? C’est toujours « non », à 58 %. On se demande à quoi ça sert de discuter...

« Cette émission, c’est la vie, l’échange d’arguments de mauvaise foi comme entre copains », notait, fin octobre, Eric Stemmelen, directeur de l’harmonisation et de la programmation sur France 2. D’après certaines mauvaises langues, monseigneur Di Falco, invité le 25 octobre dernier pour « Peut-on critiquer les religions ? », aurait après coup manifesté son mécontentement d’avoir été placé d’office dans le camp du « non », sans même avoir été consulté par les « copains ». « On se demande bien pourquoi l’Arène de France est diffusée sur France 2 et pas sur TF1 dont elle reprend tous les codes habituels : polémiques, faux débats, multiplication des invités, mélange des genres... s’interroge-t-on dans une boîte de prod concurrente. Le principe du pour ou contre, on voit ça depuis quinze ans à la télé... »

De fait, après quelques semaines d’existence seulement, l’émission a déjà du plomb dans l’aile. L’Arène de France a réussi, en seulement dix diffusions, à faire fuir plus d’un million de téléspectateurs, soit quasiment la moitié de son public. Avec, le 6 septembre pour sa première, 29,4 % de parts d’audience, soit 2,2 millions de curieux, et déjà plus que 16,9 % de parts de marché et 1,3 million d’affidés le 8 novembre dernier. Chez Carat TV, on ajoute que l’Arène de France attire un public plutôt âgé, « ce qui n’est pas de bon augure du point de vue des recettes publicitaires ».

Selon certaines rumeurs, Patrick de Carolis, le président de France-Télévision, qui avait affirmé en début de saison qu’il donnerait « du temps aux nouvelles émissions pour s’installer », aurait lui-même trouvé les sujets « stériles », « caricaturaux » et « racoleurs ». Et prié Stéphane Bern de redresser la barre, de procéder à des ajustements, de mieux choisir ses invités et, surtout, les thèmes de ses débats. Il semble que le conseil soit d’ores et déjà pris en compte. Et c’est sans doute le prochain défi à relever dans l’Arène de France : en finir avec la foire d’empoigne et renouer avec le débat citoyen. Qui d’ailleurs ne ferait peut-être pas moins d’audience...

L’Arène de France, France 2, tous les mercredis en deuxième partie de soirée

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