Accueil > économie | Par Claire Wehrung | 1er octobre 2008

« Développer des séjours dans les villages les plus pauvres »

Face aux voyages low cost, formules all inclusive & Co, Marie Duhammel a créé une agence de voyages solidaires. Pour que le voyage soit la rencontre de l’autre et pas seulement de « l’ailleurs ». Maroc, Mali, Equateur, Burkina Faso, Albanie... Récit d’une aventure durable.

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J’ai créé l’association de voyages responsables et solidaires Taddart en 2002, à la suite d’un voyage organisé. J’ai été choquée du fossé creusé entre les touristes et la population locale. Dans le tourisme « de masse », il n’y a ni rencontre, ni échange. Seulement du folklore et des hôtels de luxe. Je voulais proposer une autre forme de tourisme. C’est la rencontre d’un guide berbère dans le désert marocain qui a été décisive : il voulait développer des séjours villageois dans les zones rurales du haut-Atlas, exclu de l’activité touristique pourtant vectrice de développement. Je venais justement d’être licenciée pour « raison économique » d’une société multimédia où j’étais chef de projet. J’ai pensé que c’était le moment ou jamais de créer une association pour un tourisme équitable.

Je suis retournée au Maroc avec l’idée de développer ces séjours villageois dans les zones les plus pauvres. Mais j’ai rapidement compris que c’était impossible : ces populations pouvaient à peine subvenir à leurs propres besoins, il était donc hors de question de leur proposer de recevoir des touristes. Mais je voulais quand même les aider. J’ai donc choisi des villages où le potentiel d’hébergement était plus fort : les familles avaient une chambre disponible, un point d’eau pas trop éloigné... Comme ça, les habitants ne révolutionnent pas leur quotidien pour le tourisme. Ils doivent rester indépendants et continuer l’agriculture pour permettre ce tourisme équitable, où l’échange et les rencontres authentiques sont encore possibles.

Les familles qui accueillent les touristes perçoivent 75% de ce que paye le voyageur. 20% vont à notre association, et les 5% restants vont à un village plus défavorisé. C’est de cette manière que nous aidons les zones trop pauvres pour être en situation d’accueil. Nous soutenons leurs projets d’intérêt collectif : la construction d’une école, d’un dispensaire de soin, d’un point d’eau... Cette pratique a révélé un autre avantage : la population concernée se sent plus investie puisque c’est son projet qui a été mené à bien, et non celui d’une structure occidentale. Nous ne faisons que leur reverser une partie des bénéfices d’un village voisin. Chacun garde son indépendance. C’est autour de cette notion que nous avons pensé ces séjours chez l’habitant : on leur dit que leurs savoirs nous intéressent. Notre discours est tellement différent de ceux des agences de tourisme de masse qu’ils sont étonnés quand on parle de tourisme solidaire et qu’on explique qu’en France on est à la recherche de ce qu’on a perdu : un monde rural.

Nous avons trois objectifs : d’abord, permettre aux pays du Sud d’avoir une activité supplémentaire et donc des revenus accrus. Ensuite, faire découvrir aux voyageurs des lieux délaissés et donc épargnés par les catalogues ! Pour finir, soutenir les projets des villages les plus démunis.

Pour l’instant, Taddart n’est géré que par des bénévoles. L’argent perçu sert à financer le local, les frais de développement, les taxes d’impôt... J’y passe tous mes midis, mes soirées et mes week-ends. Je ne peux pas encore vivre de cette activité, je travaille ailleurs, mais je continue à y croire fermement. Une prise de conscience se dessine progressivement. Le problème reste les prix de ces séjours équitables, accrus à cause du transport aérien. Mais là aussi il faut peut-être changer nos habitudes : certaines familles partent plusieurs fois dans l’année mais pour des courtes durées, pour une semaine loin, isolées dans un hôtel tout confort... loin de la réalité des populations locales. C’est là qu’il faut réfléchir à un autre tourisme. Voyager moins, mais mieux.

Propos recueillis par C.W.

Paru dans Regards n°55 octobre 2008

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